Les grands textes de philosophie des XIXe et XXe siècles

La vie de la conscience et l’origine des idées, le développement des sciences et les réformes politiques provoquées par la Révolution française nourrissent les débats philosophiques du XIXe siècle.

Officier de cavalerie, il est député de la noblesse aux États-Généraux et vote l’abolition des privilèges le 4 aout 1789. Emprisonné durant la Terreur, il est libéré à la chute de Robespierre. Membre du Comité de l’instruction publique sous le Directoire, il devient membre du Sénat sous le Consulat, puis pair de France sous la Restauration. Il est élu à l'Académie française en 1808. Destutt de Tracy est le fondateur de l’Idéologie comprise comme science générale des idées.

Pour Saint-Simon, l’effondrement de l’Ancien Régime et la révolution industrielle ont plongé la France dans une crise politique, sociale et morale profonde. Afin de régénérer la société, Saint-Simon aspire à un nouveau savoir, une nouvelle science positive des relations sociales seule capable de fonder une nouvelle organisation politique unissant l’industrie et la science et dans laquelle s’harmoniseront les intérêts des entrepreneurs et des ouvriers.  L’œuvre de Saint-Simon  eut une grande influence sur certains industriels et banquiers du second Empire.

Fonctionnaire et homme politique, Maine de Biran fut notamment administrateur du département de la Dordogne, sous-préfet de Bergerac et député. Pour Maine de Biran, la réflexion sur l’habitude permet de distinguer au sein du sujet l’activité de la passivité. C’est dans l’expérience interne de l’effort que le moi se découvre comme sujet. Sa philosophie va influencer le spritualisme français du XIX° siècle.

Fourier critique la société industrielle et le système mercantile qui font le malheur de l’homme en rendant notamment le travail pénible et en opprimant les passions, seules sources du bonheur. Or, l’homme doit atteindre le bonheur en suivant sans contrainte les passions primitives qui constitue sa nature. Fourier prône donc une nouvelle organisation sociale, le phalanstère, constitué par un groupe de travailleurs. Le phalanstère, en libérant les passions et en rendant le travail attrayant, doit conduire l’humanité vers l’Harmonie sociale.

Fondateur du positivisme, Auguste Comte affirme que le développement des sciences doit trouver son couronnement dans une compréhension scientifique de la société qu’il appelle "physique sociale" ou encore "sociologie". Le désir de réforme scientifique de la société s’accompagne chez Comte d’une religion de l’Humanité considérée comme le grand être social qui dépasse les individus. Le positivisme eut beaucoup d’influence à la fin du XIX° siècle.

Mathématicien et philosophe, Cournot mène également une carrière de haut fonctionnaire. Il est le précurseur d’une application des mathématiques à l’économie. En philosophie de la connaissance, son analyse des concepts de hasard et de causalité débouche sur un modèle probabiliste de la connaissance.

Jeune magistrat, Tocqueville part en 1831 pour un voyage de dix mois consacré à l’étude du système pénitentiaire américain en compagnie de Gustave de Beaumont (1802-1866). Ce voyage, durant lequel il observe les institutions de la jeune démocratie américaine, inspire les réflexions politiques de La  démocratie en Amérique, dont le premier volume fut publié en 1835 et le second en 1840. L’ouvrage souligne notamment les tensions entre liberté et égalité qui menacent la démocratie.

Auteur d’une œuvre imposante et foisonnante, Proudhon fut député en 1848, emprisonné de 1849 à 1852, et s’exila en Belgique de 1858 à 1862. Opposé au socialisme utopique de Charles Fourier (1772-1837) et au socialisme de Karl Marx (1818-1883), Proudhon est l’auteur d’une philosophie sociale et d’une théorie de la justice qui ont eu une grande influence sur le mouvement ouvrier de son époque.

Agrégé de philosophie et haut fonctionnaire, Ravaisson fut inspecteur général des bibliothèques publiques, puis inspecteur général de l’enseignement supérieur. En 1870 il fut nommé conservateur des antiques et de la sculpture moderne au Musée du Louvre. Sa thèse de doctorat consacrée à l’habitude aura une très grande influence sur Henri Bergson (1859-1941).

Jules Lequier entre en 1834 à l’école Polytechnique où il fait la connaissance de Charles Renouvier (1815-1903).  Il est ensuite brièvement journaliste puis enseignant. Après un échec à la députation en 1848, Lequier se retire en Bretagne à Plérin. Son œuvre fragmentaire est une méditation de la liberté.

Ancien élève de l’Ecole polytechnique où il se lie d’amitié avec Jules Lequier (1814-1862), il fonde en 1872 une revue, la  Critique philosophique, politique et littéraire, puis en 1874 la Critique religieuse. Théoricien de la République, il publie un  Manuel républicain de l'homme et du citoyen. L’idée de liberté est au centre de sa philosophie.

Né en 1832, Lachelier, reçu premier dès le rétablissement de l'agrégation de philosophie en 1863, est nommé à l’École normale supérieure, où il enseigne quelques années, avant de passer dans l’administration comme inspecteur général de philosophie et président du jury d’agrégation. Fondée sur la méthode réflexive, sa philosophie se rattache au courant spiritualiste.

Elève de Jules Lachelier (1832-1918) à l’Ecole normale supérieure, Jules Lagneau intégre l’enseignement secondaire en 1876. Son enseignement et sa méthode réflexive influençent le philosophe Alain (1868-1951), son élève au lycée de Vanves.

Professeur au Collège de France, membre de l’Académie française (1914) et prix Nobel de littérature (1927), Bergson s’oppose au scientisme de son époque et à sa représentation mécanique de la vie de l’esprit et de l’évolution. La vie de l’esprit, qui est essentiellement durée, ne peut être saisie que par l’intuition et non par une intelligence d’ordre pratique. La philosophie de Bergson connait un succès public dépassant le cadre de la philosophie universitaire.