Les canards étaient souvent élaborés selon une trame identique : il introduisait une sentence, exposait les faits et concluait en forme de morale. Les canardiers dénonçaient désordres moraux et troubles sociaux. L’édification morale passait par la sanction des transgressions, rétablissant le bon ordre de la nature. Le rappel des valeurs chrétiennes pouvait être accompagné de conseils sur l'éducation des enfants.

 

Crimes et passions coupables

Les crimes, un sujet prompt à séduire le lectorat, rappellent la nature imparfaite de l’homme, peu capable de se diriger lui-même, surtout si, en proie aux passions, il se détourne de Dieu. Un grand nombre de canards font de l’amour extraconjugal le « mobile » par excellence. L’amour illicite détourne l’homme de la foi et du sens du devoir. La femme, quant à elle, est souvent présentée comme la tentatrice, dont l’influence conduira au meurtre de l’époux, voire au parricide. Le vray discours d'une cruauté exercée par une damoiselle envers son marit, son père, sa sœur et deux de ses neveux détaille la mécanique du drame jusqu’à l’inéluctable. Les meurtres ne restant pas impunis, la condamnation sert d’exemple. Une fois la sanction tombée, la « pauvre damoiselle », se repentant, « supplia l’assistance de bien enseigner & instruire leurs enfans en bonnes mœurs, & en la crainte de Dieu, et addressant la voix aux enfans les exhorta de prendre exemple […], et qu’ils eussent toujours la crainte de Dieu devant les yeux ».   

Expression de la morale

Les canardiers, se faisant prédicateurs, condamnent les mœurs d’un « siècle corrompu ». Dans Supplice d'un frère et d'une soeur decapitez en greve pour adultere et inceste, après les références faites à l’Antiquité – l’interdit remontant loin dans le passé –, le crime est exposé, sans crainte des longueurs, entraînant le lecteur dans une attente anxieuse de la suite jusqu’au dénouement attendu. L’édification morale passe par la sanction rétablissant le bon ordre de la nature, rappelant les valeurs chrétiennes. Ainsi, par l’intercession de Dieu, « qui n’a voulu laisser longtems cachée & impunie une si detestable mechanceté en a donné quelques indices par l’enfleure du ventre de la demoyselle », le châtiment s’abat sur ceux qui ont transgressé, la honte ne retombant ni sur la cité ni sur la famille des condamnés, dont le père est présenté comme un « gentilhomme d’honneur » et « craignant Dieu ».

 

L'ordre rétabli

L’arrestation d’innocents par la justice est fréquente dans les canards. Sauvés in extremis par la Providence, ils s’en remettent à la grâce de Dieu, et les méchants finissent punis, comme l’illustre le Discours veritable de la miraculeuse delivrance d'une fille de chambre condamnée à la mort, laquelle avoit esté faussement accusée d'un homicide par un qui luy vouloit ravir son honneur. Avec la punition exemplaire qui fut faicte de l'accusateur, le 15 juin 1606, à S. Didier proche de Nancy en l'Orrayne.

 

De la bonne éducation des enfants

Parmi d’autres péchés poussant aux crimes, notons l’oisiveté, l’appât du gain ou l’envie. Les canards prodiguent des conseils aux parents sur l’éducation de leurs enfants, et à ces derniers, ils rappellent l’impérieuse nécessité de respecter leurs aïeux. La triste et lamentable complainte du capitaine La Quinte et de ses compagnons exhorte ainsi les pères et mères à « remedier à cela [une mauvaise vie], par remonstrances, courroux & chastiments, & et surtout leur mettre souvent devant les yeux l’excellent tableau de la craincte de Dieu ».