"Tous ceux qui s'adonnent à la ruse et à la fourberie sont appelés Renart" (Roman de Renart).

Le Roman de Renart n'est pas un roman, mais un recueil en langue romane de textes disparates, issus d'une longue tradition de récits animaliers en latin, inspirés d'Ésope. Bon petit diable ou redresseur de torts, obsédé sexuel ou démon hypocrite, Renart est un héros complexe et polymorphe. Malhonnête ou malicieux selon les branches du récit, il incarne la ruse intelligente liée à l'art de la parole, dans des épisodes qui prennent la forme habituelle du bon ou mauvais tour joué par le goupil. Chaque aventure offre de nouveaux rebondissements qui mettent en scène un monde animal aux caractères singulièrement humains. Cette satire prend divers aspects : parodie des chansons de geste et des romans courtois, mais aussi critique sociale, anticléricalisme et transgression de tabous. Renart ne respecte rien, ni amis ni ennemis, ni forts ni faibles, ni Dieu ni roi.

Rédigé par des auteurs anonymes entre 1170 et 1250, le Roman de Renart constitue le pendant satirique de la littérature épique et chevaleresque. Des œuvres plus tardives prennent le masque de Renart pour dénoncer avec âpreté la corruption et l'hypocrisie de la société, telles que Renart le Contrefait. À la fin du XIIIe siècle, Jacquemart Gielée reprend les mêmes personnages pour écrire une oeuvre d'édification morale, Renart le Nouvel, à la forme allégorique et symbolique où le goupil devient l'incarnation du Mal, maître du monde. En cette fin du Moyen Âge, le personnage de Renart est si populaire que son nom, écrit avec un < t >, entre dans la langue française pour désigner l'animal, remplaçant l'ancien terme de "goupil".

Aux sources du Roman de Renart...

Déjà considéré comme un animal fourbe et malfaisant par Aristote, par les fables antiques et par l'Evangile (qui donne son nom au cruel roi Hérode), le renard est au Moyen Âge le symbole de la ruse, de la perfidie et de l'hypocrisie : "Le renard est très fourbe et plein de ruse, et il ne suit jamais un chemin rectiligne. Physiologue affirme que lorsqu'il a faim et qu'il ne trouve pas de quoi manger, il se roule dans la terre rouge de telle sorte qu'il donne l'impression d'être tout ensanglanté, puis il s'étend sur le sol les pattes en l'air comme s'il était mort, il retient son souffle et gonfle la poitrine en cessant de respirer [.] Les oiseaux [.] s'imaginent qu'il est mort ; ils vont alors se poser sur lui, mais à ce moment il s'empare d'eux et les mange. Le renard représente le Diable, car celui-ci feint d'être mort pour tromper tous ceux qui vivent selon la chair." Pierre de Beauvais, Bestiaire.

Le Roman de Renart

Le Roman de Renart n’est en vérité pas vraiment un roman au sens moderne du terme. Il s’agit plutôt d’un recueil de textes écrits en langue romane aux XIIe et XIIIe siècles, par des auteurs presque tous anonymes. Ce long texte se compose de récits disparates, appelés « branches », issus d’une longue tradition de récits animaliers en latin qui remonte, entres autres influences, à Ésope et ses fables. Parfois répétitives et contradictoires, les branches sont néanmoins toujours divertissantes. Parmi les plus célèbres aventures du goupil, on peut mentionner Renart et Chantecler (branche II), Renart et Tiécelin (br. II), Renart et les anguilles (br. III), la pêche à la queue (br. III), le piège du puits (br. IV), Renart et Dame Hersent (br. II), Renart à la cour du roi Noble (br. Va), ou encore le siège de Maupertuis (br. Ia).

Et ses réécritures

Il semble impossible de mettre un point final aux aventures du goupil. Imitant la vitalité de son héros qui échappe toujours à la mort et surgit sans cesse sous de nouvelles apparences, le Roman de Renart continue d’inspirer de nombreux auteurs et de susciter les réécritures comme celles de Jacquemart Giélée, Rutebeuf, et d'un clerc de Troyes. Dès le Moyen Âge, ses aventures ont été traduites par Heinrich der Glichesaere (Reinhart Fuchs), en italien (Rainardo e Lesengrino), en néerlandais (Van den Vos Reinaerde et Reinaerts Historie. Le filou dont l’espièglerie a profondément influencé notre histoire littéraire a su conserver les faveurs de son public. Le Roman de Renart s’illustre comme œuvre d'un rayonnement extraordinaire et inspire jusqu'au Reineke Fuchs de Goethe).