Les premiers imprimés adoptent l’esthétique et les principes de mise en page des manuscrits du XVe siècle. Le recours, fréquent, à une disposition du texte sur deux colonnes, l’importance des lettres capitales dans la structuration matérielle et intellectuelle du texte, la présence de marges généreuses dévolues, suivant les cas, à l’annotation ou à l’ornementation, sont autant d’habitudes héritées sans modification du livre manuscrit.

Trois grandes familles d’écritures calligraphiques coexistent à la fin du Moyen Âge. Le choix de l’une ou de l’autre faisait entrer le texte manuscrit dans un genre et en catégorisait l’usage. La calligraphie gothique était alors la lettre par excellence des manuscrits liturgiques ; la large "bâtarde", favorite des ducs de Bourgogne, servait à la copie de textes littéraires de langue française, tandis qu’en Italie, les premiers humanistes avaient inventé une graphie nouvelle, ronde et bien détachée, supposée favoriser la clarté de l’écrit autant que celle de la pensée. Les premiers typographes ont adopté sans la remettre en cause cette répartition symbolique en trois champs : la typographie gothique était prioritairement associée aux usages religieux, la romaine à l’héritage classique et, dans l’aire francophone, la bâtarde restait la lettre des œuvres littéraires de langue française.

Au XVe siècle, la page imprimée est souvent parachevée à la main, tant dans le texte même (capitales initiales, séparateurs de paragraphes, éventuelle insertion de notations musicales ou de mots en alphabets non latins, tels que le grec), qu’en ses franges (peinture des marges, enluminures). Les premiers imprimés mêlent fréquemment et intimement des procédés de production mécaniques et manuscrits.

Enfin, les premiers imprimés sont bien souvent édités sans page de titre, sans date ni nom d’imprimeur - là encore à l’image de la plupart des manuscrits. Nombre d’entre eux sont édités dans la langue des savants, le latin ; les textes en langue vulgaire représentent, dans les premières années du développement de l’imprimerie, une part mineure de la production. 

1455, Mayence : berceau de l’imprimerie européenne

Johann Gutenberg (Mayence, vers 1399 – Mayence, 1468) est reconnu comme l’inventeur de l’imprimerie européenne. C’est au terme de longues années de recherche dans les citées rhénanes de Strasbourg et de Mayence, et au prix de l’engloutissement de capitaux considérables, qu’il parvint à mettre au point dans les années 1450 la technique de la typographie à caractères mobiles. 

1465-1467, de Subiaco à Rome : l'Italie, second foyer de l’imprimerie en Europe

Environ dix ans après l'invention de Gutenberg à Mayence, l’installation de Konrad Sweynheym et Arnold Pannartz au monastère de Subiaco en 1465, puis à Rome en 1467, fait de l’Italie le deuxième pays, à accueillir cette technique novatrice de reproduction des textes qu’est l’imprimerie à caractères mobiles.

1468, Venise : cité marchande

Au XVe  siècle, Venise est une ville marchande prospère et un haut lieu du commerce européen. Jean de Spire, le premier imprimeur de la cité (à partir de 1468), ouvre la voie à des typographes de talent. Certains, parmi eux, contribuent à faire évoluer la forme du livre européen.

1470, Paris : foyer universitaire

En 1469, une quinzaine d’années après l’invention de l’imprimerie par Gutenberg, moins de vingt ateliers typographiques sont en activité en Europe, tous localisés en territoire germanique ou en Italie. La France est le deuxième pays, après l’Italie, à importer l’imprimerie, dans un contexte très spécifique. Deux théologiens prirent en effet l’initiative d’implanter en 1470 un atelier à Paris, à proximité du collège de Sorbonne, afin de répondre à des enjeux pédagogiques.

1473, Lyon : carrefour marchand

Les débuts de l’imprimerie parisienne ont été soutenus de manière volontariste par des professeurs de Sorbonne imprégnés d’humanisme. Le contexte du deuxième foyer d’imprimerie française, Lyon, est différent. Dans la seconde moitié du XVe siècle, Lyon est une ville marchande à la croisée des grandes routes commerciales de l’Europe du Nord et de l’Italie. Ville de foires, elle accueille des négociants français et étrangers, et leurs marchandises – dont naturellement, des livres.

1476, Bruges : Colard Mansion

Colard Mansion (actif de 1457 à 1484) fut un entrepreneur et producteur de livres installé en la ville de Bruges, qui relevait alors des Pays-Bas bourguignons. Traducteur et copiste, Mansion devint, sans cesser de produire de luxueux manuscrits, l’un des premiers imprimeurs brugeois. La technique typographique lui permit de tester d’élargir son offre commerciale. Colard Mansion a imprimé, essentiellement en français, des classiques de la littérature politique, morale et poétique relevant de la sphère culturelle bourguignonne. Il a également livré des œuvres plus techniques ou des textes liés à une actualité ponctuelle, visant ainsi un public diversifié et représentatif d’un assez large éventail socio-culturel : de la noblesse lettrée à la bourgeoisie urbaine, sans omettre le public, traditionnel et stable, des savants.

1473-1476, des Pays-Bas Bourguignons à Westminster : William Caxton

William Caxton (1421-1491) a une longue carrière derrière lui lorsqu’il devient l’introducteur de l’imprimerie dans les Îles Britanniques. Marchand, il est actif à Bruges dès les années 1440, où il représente les intérêts commerciaux de la Nation Anglaise. Il se familiarise avec le savoir-faire typographique à Cologne et décide d’en faire fructifier, en terre flamande, le potentiel commercial. Il a sans doute été à l'origine de l'intérêt pour la typographie de deux des plus grands copistes et libraires de manuscrits bourguignons : David Aubert à Gand et Colard Mansion à Bruges - le second seul s’engageant réellement sur les voies de la nouvelle technique.