Les sources du Roman de Renart se trouvent dans un genre littéraire érudit, le Bestiaire médiéval. Le renard est appelé "goupil", jusqu'au moment où il prend le nom du célèbre héros du Roman de Renart. Déjà considéré comme un animal fourbe et malfaisant par Aristote, par les fables antiques et par l'Evangile (qui donne son nom au cruel roi Hérode), le renard est au Moyen Âge le symbole de la ruse, de la perfidie et de l'hypocrisie : "Tous ceux qui s'adonnent à la ruse et à la fourberie sont appelés Renart" (Roman de Renart).

Les savants rédacteurs du Roman de Renart ont pris plaisir à se moquer, sous couvert de l’argument animalier, des traditions littéraires telles que les romans courtois, les chansons de geste, ou la poésie lyrique. A ces traditions érudites, les auteurs mêlent des éléments du folklore populaire, tout en se complaisant dans l’usage le plus grossier et le plus licencieux de la langue. Ils parviennent ainsi à unir leur auditoire par le rire féroce, parfois graveleux, mais libérateur. Malgré ses origines lettrées, le roman a été et demeure un grand succès populaire.

 

"Le renard est très fourbe et plein de ruse, et il ne suit jamais un chemin rectiligne. Physiologue affirme que lorsqu'il a faim et qu'il ne trouve pas de quoi manger, il se roule dans la terre rouge de telle sorte qu'il donne l'impression d'être tout ensanglanté, puis il s'étend sur le sol les pattes en l'air comme s'il était mort, il retient son souffle et gonfle la poitrine en cessant de respirer [.] Les oiseaux [.] s'imaginent qu'il est mort ; ils vont alors se poser sur lui, mais à ce moment il s'empare d'eux et les mange. Le renard représente le Diable, car celui-ci feint d'être mort pour tromper tous ceux qui vivent selon la chair." Pierre de Beauvais, Bestiaire.

Les fables d'Esope

Dès l'Antiquité, Esope (VIIe - VIe siècle av. J.-C.), considéré comme le créateur du genre de la fable, compose des centaines de fables. Les fables sont alors de petits textes en prose, circulant majoritairement de façon orale, sans visée littéraire et dont le style est plutôt familier. Les fables d'Esope représentent ainsi un réservoir d'inspiration littéraire inépuisable. On lui doit notamment l'histoire du corbeau et du renard, qui inspire, entre autres les rédacteurs du Roman de Renart et La Fontaine.

Guiard des Moulins, Bible historiale

Auprès de Noé, entra dans l’arche une paire de tout ce qui est chair, ayant souffle de vie, et ceux qui entrèrent étaient un mâle et une femelle de tout ce qui est chair, comme Dieu le lui avait commandé. (Genèse, 7, 15) Devant Noé et son épouse, les animaux de la création entrent dans l’arche afin de ne pas être anéantis par le déluge qui doit effacer la corruption de l’humanité. Un renard se faufile entre les pattes d’un couple de chevaux, semblant suivre son compagnon déjà à l’intérieur de l’arche.

Kalila wa Dimna (traduction par Abd Allah ibn al-Muqaffa')

Dans ce recueil de fables originaire d’Inde, Bidpaï, un philosophe, enseigne son roi par l’intermédiaire de fables mettant en scène des animaux, dont les deux personnages principaux, les chacals Kalila et Dimna. Ici un renard affamé saisit un tambour qu’il croit rempli de viande mais que le vent fait en réalité vibrer. Trompé, il s’aperçoit que ce dernier est vide, illustrant l’idée que les apparences sont parfois trompeuses.

Guillaume le Clerc, Bestiaire divin

Le goupil ne vit que de vol et de tricherie. Quand la faim le presse, il se roule sur de la terre rouge et il semble être tout ensanglanté : alors il s’étend dans un lieu découvert, retenant son souffle et tirant la langue, les yeux fermés et rechignant les dents, comme s’il était mort. Les oiseaux viennent tout près de lui sans défiance, et il les dévore. Ainsi le démon dévore l’imprudent qui ne se défie pas de ses ruses. Mais les hommes sages qui savent apprécier les moyens qu’il emploie, c’est à dire les buveries, les ivresses et les lècheries, pour surprendre les insensés, n’ont garde de se laisser prendre dans ses pièges.