Au moyen âge, les corporations étaient l'une des formes naturelles de l'état social. Par une conséquence logique des idées et des mœurs, comme de tout le système administratif, chaque métier, chaque
industrie, chaque classe, pour ainsi dire, s'organisait en une compagnie fortement constituée, avec des
chefs pris dans son sein, un trésor commun, des statuts et règlements obligatoires, dont l'ensemble a été
recueilli sous le règne de saint Louis, par le prévôt Etienne Boileau. Ces corporations généralement
agglomérées dans les mêmes quartiers et divisées en paroisses, formaient comme autant de sociétés particulières au milieu de la nation, comme autant de petits États dans l'État. Toutes, indépendamment de
leurs lois, avaient leurs coutumes et leurs fêtes, leurs lieux de réunions solennelles, leurs jours de réjouissance et de manifestations publiques, leurs méreaux, ou jetons de plomb, espèce de monnaie représentative, peut-être de sceau, frappée à l'image du patron et avec la figure symbolique de la profession, enfin la bannière du métier, derrière laquelle maîtres et apprentis se rangeaient avec orgueil aux grandes dates où il s'agissait d'affirmer son existence et de montrer ses forces à la face du soleil.

Tableau du vieux Paris. Les spectacles populaires et les artistes des rues / par Victor Fournel