"Pour cette analyse nécessairement un peu longue et pour ses conclusions, j'ai à proposer à l'Académie tout un voyage dans un Paris qui est à peine connu, je dirai même à peine visible, pour les habitants des quartiers riches.
Placez-vous sur le pont de la Concorde, et regardez la cité. Quel admirable tableau d'histoire dans un paysage grandiose ! Sur la rive droite de la Seine, l'autorité du Souverain dans un palais majestueux en face de son conseil d'état, sur la rive gauche, la liberté du pays dans le palais du parlement; à droite, le brillant quartier de la richesse, à gauche, les hôtels de l'ancienne noblesse ; à droite, le
Louvre, palais des beaux arts, à gauche, l'Institut où je parle, palais de la science ; puis, au fond du tableau, une île qui porte au cœur de la grande ville, comme dans une arche, ces deux choses saintes, la loi et la religion, le Palais de justice et Notre-Dame! C'est là, pour presque tous les voyageurs et les écrivains, c'est là tout Paris. Mais ce beau Paris n'a pas 300,000 habitants. Là-bas, derrière les monuments, pénétrez dans des rues étroites, gravissez des montagnes, voyez ces maisons entassées, écoutez ces bruits de chariots, de marteaux, de machines ; entrez dans la patrie de la fumée et de la lime, dans le camp des tanneurs du faubourg Saint-Marceau, des ébénistes du faubourg Saint-Antoine, des passementiers du faubourg Saint-Denis, des mécaniciens de la Chapelle, des raffineurs de la Villette.C'est là une seconde ville dans une même enceinte ; c'est le Paris du travail que nous aurons maintenant à parcourir et à caractériser."

Paris, sa population, son industrie : mémoire lu à l'Académie des sciences morales et politiques, les 18 et 25 juin 1864 / par Augustin Cochin,...