Nourri d'un besoin toujours plus important d'images, le XVIIIe siècle fait figure d'âge d'or de la gravure française. Art de société et art à la mode, pratiqué par les artistes comme par les amateurs, la gravure s'attire les faveurs des collectionneurs en ce qu'elle permet de constituer, à moindres frais, une collection d'art où se trouvent reproduits les grands tableaux et dessins de l'époque. Fleurissent aussi bon nombre d'estampes illustratives, qu'il s'agisse pour les peintres-graveurs d'illustrer les grands textes littéraires de Molière ou de La Fontaine, ou bien pour les illustrateurs de livre, profession récente, de produire des images à caractère scientifique et technique, destinées à accompagner les ouvrages encyclopédiques tels que l'Encyclopédie ou l'Histoire naturelle de Buffon. Cet essor de la gravure s'accompagne du renouveau et d'une multiplication des techniques. Au burin et à l'eau-forte traditionnels viennent s'ajouter des procédés d'imitation des techniques originales : gravure en couleur, au repérage, en manière de crayon ou de lavis... Cette virtuosité et cette variété servent naturellement une diffusion de plus en plus large des images, qui culmine sous la Révolution française dont la gravure véhicule à grande échelle l'idéologie et les symboles.

François Boucher (1703-1770)

Peintre, graveur et dessinateur prolifique, François Boucher commence sa carrière comme illustrateur chez le marchand d'estampes Jean-François Cars, après un court apprentissage dans l'atelier de François Lemoyne. En 1722, le collectionneur Jean de Julienne lui commande une partie des eaux-fortes qui composent les Figures de différents caractères d'Antoine Watteau. Après un séjour à Rome en compagnie des Van Loo, il revient à Paris en 1731 et la même année est reçu à l'Académie royale de Peinture. Il s'impose rapidement comme un peintre à la mode et reçoit de nombreuses commandes. Auteur de nombreux décors, maître du style rocaille, Boucher réalise aussi de très nombreux décor et devient premier peintre du roi en 1765.

Michele Marieschi (1710-1743)

De la vie du peintre et graveur vénitien Michele Marieschi, on sait peu de choses. Il aurait été l'élève de Canaletto, et son oeuvre, composé de caprices et de vedute, offre effectivement certaines similitudes avec celle du grand maître. Fils d'un graveur sur bois, Marieschi passe plusieurs années de sa vie en Allemagne, comme peintre de décor. Revenu à Venise, il y grave en 1741 une suite de vingt et une eaux-fortes intitulée Magnificentiores Selectioresque Urbis Venetiarum Prospectus, dont le département des Estampes de la BnF conserve deux suites, l'une en feuilles, l'autre reliée.

François-Antoine Aveline (1718-178.)

Issu d’une famille de graveurs, François-Antoine Aveline reprend tout d’abord l’activité de son père Antoine Aveline, décédé en 1743. Il grave au burin, sur une préparation à l’eau-forte, les six Suites d’ornements dits aussi Livres de Formes, la suite des Heures du Jour ainsi que de nombreuses illustrations et vignettes.

Gilles Demarteau (1722-1776)

Gilles Demarteau est né à Liège où il se forme comme orfèvre. Installé à Paris, il invente, en même temps que le graveur Jean-Charles François, vers 1755, la gravure en manière de crayon. Celle-ci lui permet de réaliser des facs-similés de dessins d’une extraordinaire fidélité, faisant l’admiration de Diderot. Durant sa carrière, il réalise ainsi des reproductions de nombreux dessins de maîtres, avec une prédilection marquée pour l’œuvre de Boucher. Son abondante production, continuée par son neveu Gilles-Antoine Demarteau, dont elle est indissociable, est ici présentée dans sa quasi-intégralité.

Pierre-François Basan (1723-1797)

Davantage reconnu comme entrepreneur de gravure que comme graveur, Basan achète un fonds de planches et accède à la notoriété comme marchand d'estampe. Sa qualité d'expert lui vaut d'encadrer la mise en estampe des cabinets Choiseul et Poullain et de diriger les ventes Le Prince (1782), Van Loo (1772), Wille (1784) et la très importante vente Mariette en 1775. Il est également l'auteur, en 1767, d'un Dictionnaire des graveurs anciens et modernes. S'il a peu gravé lui-même et s'est souvent contenté d'intervenir, au burin, sur des pièces préparées par des collaborateurs, Basan réunit une collection de près de 900 recueils d'estampes, et le catalogue de vente de son fonds de marchand en 1802 dénombre plus de 1 800 pièces.

Jacques-Firmin Beauvarlet (1731-1797)

Jacques-Firmin Beauvarlet, né à Abbeville, s’installe en 1750 à Paris où, jusqu’à la fin de sa carrière, il grave des portraits, des scènes de genre, des scènes bibliques ou mythologiques, interprétant la plupart des peintres de son temps : Van Loo, Boucher, Fragonard, Greuze…Graveur prolifique et jouissant d’une certaine notoriété, parfois décrié et jalousé, il a formé de nombreux élèves.

Louis-Marin Bonnet (1736-1793)

Louis-Marin Bonnet entre en 1755 dans l’atelier du graveur Jean-Charles François où il s’initie aux procédés inventés par ce dernier, notamment la gravure en manière de crayon. Passant ensuite dans l’atelier de Demarteau, il contribue à perfectionner cette technique. On lui doit également l’invention de l’impression aux deux crayons et l’impression en manière de pastel, mais aussi d’encadrements dorés qui furent très à la mode à la fin du XVIIIe siècle. Véritable entrepreneur de gravure, il grave régulièrement d’après Boucher, d’après Huet ou d’après Leprince, et souvent en couleur. Son œuvre, pléthorique, compte plus de mille pièces – dont le département des Estampes de la BnF conserve environ un quart.

Jean-Jacques Lagrenée (1739-1821)

Issu d’une famille d’artistes, le peintre et graveur Jean-Jacques Lagrenée bénéficie d’une solide formation et effectue une belle carrière. Il séjourne dans sa jeunesse à la cour de Russie, puis à Rome. Son œuvre gravé peut être partagé en deux périodes : de 1760 à 1765, il réalise des eaux fortes inspirées de tableaux de son frère Louis Jean François Lagrenée ou de peintures italiennes. Attiré par les innovations techniques, il expérimente,  de  1782 à sa mort, la gravure au lavis. Ses sujets sont bibliques ou antiques. Il réalise également de nombreuses compositions et frises décoratives.

Louis-Jean Desprez (1742-1804)

Deprez, né à Auxerre, est un peintre, graveur mais aussi un architecte. Influencé par les ruines grecques du Sud de l’Italie, où il étudie, il s’y fait remarquer par Gustave III de Suède qui lui confie plusieurs projets et le nomme Premier architecte du Roi en 1788. Il reste en Scandinavie, où plusieurs de ses projets voient le jour, jusqu’à la fin de sa vie. Sont ici notamment présentés les quatre planches de Tombeaux antiques, les planches du Projet d’un reposoir (1770) ainsi que sa fameuse Chimère.

Yves-Marie Le Gouaz (1742-1816)

Né à Brest, il est nommé en 1770 graveur de l’Académie des Sciences. Travaillant en collboration avec son épouse Marie-Jeanne, sœur de son professeur Nicolas Ozanne, Il est essentiellement auteur de scènes de marines (Le Choix du Poisson) et de vues de ports, parmi lesquelles le recueil Nouvelles vues perspectives de ports de France, ainsi que de planches plus techniques réalisées pour l’Académie.

Jean-Pierre Norblin de la Gourdaine (1745-1830)

Peintre, dessinateur et graveur française, Jean-Pierre Norblain de la Gourdaine est d'abord l'élève de Francesco Casanova. Il étudie à partir de 1769 à l'Académie Royale puis à l'Académie Royale des Elèves Protégés en 1770-1771. Il s'installe en Pologne en 1774, travaillant au service de la famille Czartoryski. Il fonde en 1790 une école d'art à Varsovie, s'y marie à deux reprises, et acquiert la nationalité polonaise, ne revenant en France qu'en 1804. Son oeuvre gravé témoigne d'une forte influence de Rembrandt, visible notamment dans les thèmes abordés et son travail sur les clairs-obscurs. Acquis en 1867 de son fils et composé par Norblin lui-même, il compte plus de quatre-cents épreuves.

Jean-Louis Delignon (1755-1804)

Graveur en taille douce, Jean-Louis Delignon réalise principalement des vignettes pour des libraires et participe à d’importantes suites gravées,  sous la direction de Moreau le Jeune notamment. 

Philibert-Louis Debucourt (1755-1822)

D’abord peintre de genre, agréé auprès de l’Académie royale de sculpture et de peinture en 1781, Debucourt s’oriente à partir de 1785 vers la gravure. Maître incontesté de l’estampe en couleurs, il exprime l’étendue de son talent et de son art dans des compositions telles que La Promenade de la Galerie au Palais royal, en 11787, ou La Promenade publique, en 1792,  qui mettent en scène les distractions d’une société en train disparaître. Après la Révolution, il simplifie son procédé, qui de gravure en couleurs devient ancrage en couleurs,  puis réalise de nombreuses gravures de reproduction et illustrations à l’aquatinte, en travaillant notamment pour des journaux.

Jacques-Louis Copia (1764-1799)

Jacques-Louis Copia naît à Landau, ville alors française, et s’installe à Paris. Témoin de la Révolution, il se fait connaître avec un portrait de Marat assassiné, d’après l’œuvre de David. Il utilise l’eau-forte et le burin, avant d’adopter le procédé du pointillé. Il rencontre vers 1793 le peintre Pierre-Paul Prud’hon dont il devient le principal interprète. Son œuvre comprend des estampes révolutionnaires, des portraits, des sujets galants, des vignettes.

Wilbrode-Magloire-Nicolas Courbe (17..-18..)

« Les représentants de la Nation ont acquis des droits éternels à la vénération publique » : ainsi est introduite la Collection complette des portraits de MM. les députés à l'Assemblée nationale de 1789, publiée par l’éditeur Dejabin en 1790. Graveur en taille-douce, contemporain de la Révolution, Courbe en a été le principal fournisseur. Deux-cent cinquante portraits de députés gravés à l’eau forte et au burin, sur les 600 que compte la collection, sont présentés ici. Ils se composent d’un buste de profil dans un médaillon rond, au-dessus d’un socle où l’on peut lire le nom du personnage. Une collection contemporaine et concurrente fut la Collection Levachez, sur le même principe.