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Découvrez le Jardin d'agronomie tropicale (2/3)

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Promenez-vous à Nogent-sur-Marne dans le Jardin d’agronomie tropicale à travers les collections de Gallica. L’ancien Jardin colonial, caché dans le Bois de Vincennes, révèle sa riche histoire.

Deuxième partie : un jardin colonial au centre de l’exploitation des colonies

Visite de l'empereur d'Annam en 1922

Un jardin d’essai au cœur de la compétition coloniale

L’Exposition de 1907 évoquée dans la première partie vise à valoriser un Jardin d’essai créé en 1899, devenu Jardin colonial.

Le terrain appartient alors au Museum  qui cède cette partie du Bois alors peu mise en valeur. Divers décrets marquent sa création, son organisation et fixent le statut de son personnel.

Paru dans l'Agriculture coloniale en 1914.

Jean Dybowski, son directeur, n’a de cesse de développer le Jardin. Ayant fait sa carrière dans les colonies, il avait publié un texte appelant à la création d’un jardin d’essai à l’image des jardins royaux de Kew (Royaume-Uni) ou de Berlin. Alors posté en Tunisie, il est pleinement conscient, comme les autorités de la IIIe République, de la vive compétition coloniale de la fin du XIXe siècle. Des personnalités politiques appuient le Jardin colonial comme Eugène Etienne, un des chefs de file du « parti colonial », qui y a désormais sa statue.

Statue d’Eugène Etienne financée par la Ligue maritime et coloniale française à côté du pavillon de la Guyane.

Le Jardin est le fruit de changements, d’agrandissements et d’ajouts successifs ; il est souvent difficile d’en suivre précisément  les localisations et les dates, notamment au niveau des serres ou du portique en demi-maxillaires de baleine, ici photographié en 1931

Il  se veut l’animateur de l’exploitation agricole des colonies qui participent à son financement, de l’Afrique occidentale française, à la Réunion en passant par la Martinique. Les publications locales relaient l’existence du Jardin de Nogent et ce qu’il peut apporter : recherche sur les plantes, envoi de semences ou de plants, essais et recrutement du personnel.

Le conseil d'administration du Jardin colonial en 1903

Les intérêts privés sont aussi présents comme le montrent les personnalités du Conseil d’administration. Il ne s’agit pas uniquement d’officiels (Tisserand de la Cour des comptes, Dalmas du Ministère des colonies) ou de chercheurs (Van Thiegem du Muséum et de l’Institut, Bonnier de la Sorbonne et de l’Institut) mais aussi d’entrepreneurs comme Menier (chocolat) ou Hamelle (café) qui financent des serres. La maison Vilmorin fournit pour sa part des plantations ou des semences aux colonies. Ce conseil d’administration est à l’image de ce qu’est la colonisation, entre découvertes scientifiques, administration du territoire et volonté de s’enrichir.

De nombreuses serres ont disparu (celles du premier plan).

Le Jardin colonial traite directement avec des particuliers mais le plus souvent avec des jardins d’essais dans les colonies qui relaient ensuite au sein de leur territoire, comme le Jardin d’Ivoloina à Madagascar.

Une recherche sur des espèces à valoriser

Sa particularité est de vouloir une recherche directement applicable auprès des exploitations agricoles des colonies. Son but n’est alors pas la découverte scientifique mais le développement de la production dans les colonies ainsi que la découverte de nouveaux produits à mettre en valeur. Il est souvent fait mention de « plantes utiles ».

L'opinion de Georges Scellier de Gisors, architecte de l'exposition coloniale de 1900.

Le Jardin est au cœur des débats du temps. Il contribue au déplacement mondial des espèces. Ainsi le Jardin impulse le développement de la culture du riz au Sénégal, venu d’Asie. Riz qui est encore aujourd’hui une base de l’alimentation sénégalaise et concourt à la dépendance alimentaire du pays à l’Asie. Les cultures coloniales comme le cacaoyer, le caféier, les arachides, le théier, le coton, les cocons de vers à soie et beurres végétaux sont au cœur de toutes les attentions. Les caoutchoucs sont testés pour les rendre plus productifs ou afin de savoir s’ils sont utilisables, puis testés dans d’autres pays comme  l’Algérie, où cette culture ne se développe pas.

Dans les années 1920, des débats émergent autour de la possibilité de remplacer les bois américains ou suédois par des bois tropicaux, testés dans « l’usine à bois » du Jardin. Beaucoup de produits sont étudiés, y compris des poissons dans le « Laboratoire des pêcheries », des mouches tsé-tsé ou des échantillons de terre. Des experts extérieurs sont consultés.

« Préparation des collections coloniales » en 1909.

Les listes des plantes fournies par le Jardin colonial sont diffusées dans la presse spécialisée comme « Le Génie colonial » ou « Le Journal d’agriculture tropicale ».  Une belle collection de photographies de plantes très diverses est constituée, notamment par Prudhomme, le successeur du directeur Dybowski. 
Le Jardin colonial est aussi à la pointe du conditionnement tant des semences que des plants dans les fameuses serres de Ward. Certains plants transitent par Nogent entre deux continents car ils ne peuvent pas toujours supporter un aussi long voyage.

Expéditions de plantes en 1909.

Le Jardin colonial de Nogent se veut aussi une vitrine en France et à l’étranger.
Il reçoit de nombreuses visites officielles et est  représenté à l’Exposition universelle et internationale de Liège en 1905 ou à l’Exposition universelle et internationale de Bruxelles en 1910.  Le Jardin est présenté de façon détaillée dans cette dernière.

L’éducation, une part importante du projet du Jardin colonial

Tout d’abord, les professionnels sont une cible via les conférences du directeur Dybowski sur les cotons ou via un bulletin mensuel L’Agriculture pratique des pays chauds (aussi Bulletin du Jardin colonial).

Une école est créée dès 1902 pour former des jeunes en agronomie tropicale, à l’image de ce qui est  fait pour l’agriculture métropolitaine. Elle est d'abord installée dans « le pavillon du Maroc », aujourd’hui détruit.

Le but est d’apprendre aux futurs cadres coloniaux à reconnaître les plantes, emballer les semences ou les plants, faire des greffes etc... L’école porte différents noms dans le temps, à l’image de la carrière de René Dumont, écologiste et agronome qui rompt avec une agriculture coloniale inculquée à « l’Institut national d’agronomie coloniale » et revient comme enseignant à « l’Ecole supérieure d’agronomie tropicale ». Ultime clin d’œil, l’ancien Jardin colonial porte désormais officiellement son nom : « Jardin d’agronomie tropicale de Paris – René Dumont ». Cela montre les évolutions d’une agronomie tropicale qui se détache de la colonisation. Aujourd’hui, le Cirad (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement) occupe une partie du lieu et accueille diverses associations et organismes autour du développement durable.

Pied d'arachide, photographie de 1909

Intéresser la population au projet colonial

Il s’agit aussi d’intéresser la population à la colonisation par le biais des expositions comme celles de 1907, de 1905 ou la kermesse organisée en 1927 lors de la Semaine coloniale. En dehors de ces évènements, des salles de collection présentent au fil du temps une accumulation de  végétaux, dioramas, statues, mannequins de cire, artisanat…  Nogent s’inspire du Musée colonial de Haarlem qui évoque les colonies néerlandaises de Sumatra et Java.

Le Jardin est ouvert au public dès 1903. Des visites sont organisées pour les écoles.  Et si les écoliers ne viennent pas au Jardin, il vient à eux par le biais des « boîtes scolaires » autour de plantes emblématiques comme le coton.

Découvrez la première partie sur l’Exposition coloniale de 1907 accueillie dans le Jardin et la troisième partie sur son destin lors de la Première Guerre mondiale.

Pour aller plus loin :

.  Un long article sur les débuts du Jardin colonial et son organisation dans Les Colonies françaises et Pays de Protectorat à l’Exposition internationale de Paris (1900).
Bibliothèque numérique du Cirad (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement)
.  Les précédents billets sur l’Ecole de Nogent, Les sources de l’agronomie tropicale et les collections de la bibliothèque historique du Cirad.

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