La bibliothèque oumarienne de Ségou

Les 492 manuscrits cotés Arabe 5259 à Arabe 5749 du fonds des manuscrits arabes, conservés depuis 1892 au Département des manuscrits de la bibliothèque nationale, formaient la bibliothèque d’Ahmadu Sheku dont le nom complet est Ahmad al-Kabir al-Madani.

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Ahmadu Sheku était le fils d’al-Hajj Umar, chef de l’état musulman basé à Ségou dans la deuxième moitié du XIXe siècle. Cette bibliothèque unique de manuscrits avait été créée par son père al-Hajj Umar, chef de la confrérie Tijjaniya et leader de la guerre sainte contre les Bambaras de l’état du Masina, entre 1852 et 1864. Elle avait été emportée par le colonel Louis Archinard lors de la prise de la ville de Ségou en avril 1890. Acheminés en quatre caisses jusqu’à Paris, les manuscrits furent stockés dans le magasin des approvisionnements coloniaux avant d’être confiés à la Bibliothèque nationale en 1892.

Le fonds des archives et des manuscrits d’Umar Tal contient des ouvrages de théologie, de droit musulman, des ouvrages de piété, des exemplaires du Coran, ainsi qu’un ensemble intéressant d’amulettes et textes magiques. La bibliothèque contient aussi des documents importants concernant la guerre sainte menée par Umar Tal contre les Peuls de 1852 à 1864. Son fils Ahmadu Sheku jouit d’un grand prestige et se proclama commandeur des croyants. Il entreprit d’enrichir la bibliothèque créée précédemment par son père. Le règne d’Ahmad correspond à une période prospère qui vit converger des savants et des commerçants en provenance de l’Afrique de l’Ouest.

Al Hajj Umar

Umar Tal, fils d’un lettré musulman du royaume de Futa Toro, est né à la fin du XVIIIème siècle dans la moyenne vallée du fleuve Sénégal. Né entre 1794 et 1797, Umar a démontré précocement une vocation d’étudiant et de savant. Entre 1828 et 1830, il a répété le pèlerinage à la Mecque trois fois et reçu l’investiture du chef médinois de la confrérie Tijaniyya, Muhammad al-Ghali. Il retourne ensuite dans l’ouest africain, il passe une dizaine d’années à visiter de nouveaux états musulmans, surtout celui basé à Sokoto dans le Nord du Niger. Pendant cette période il acquiert de nombreux manuscrits de théologie, de droit islamique. Installé à Jegunko, il achèvera la rédaction d’un important traité, Kitab al Rimah, considéré comme le manuel de la confrérie Tijjaniya. En 1852, il déclare la guerre sainte contre un autre état musulman à majorité peule, jugé infidèle. La guerre sainte prend fin avec la mort d’al-Hajj Umar en 1864 à Masina.