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L'arnica

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22 mai 2023

Elle efface bleus et bosses et nous utilisons souvent des crèmes à base de cette plante, mais connaissez-vous vraiment l’Arnica montana ?

Joseph Roques, Phytographie médicale, ornée de figures coloriées de grandeur naturelle, où l'on expose l'histoire des poisons tirés du règne végétal et les moyens de remédier à leurs effets délétères, avec des observations sur les propriétés et les usages

L'Arnica montana est une plante vivace: elle possède un rhizome horizontal de couleur sombre. Ses feuilles forment une rosette à sa base; sur la tige se trouve souvent une ou parfois deux ou trois feuilles opposées, de forme oblongue et lancéolée. Les feuilles et la hampe florale sont velues.
Le plus souvent, un unique capitule jaune d’or vient la couronner, rarement plus mais les fleurs sont généralement en nombre impair (3, 5 et exceptionnelement 7). La fleur est composée en périphérie de nombreux fleurons ligulés et au centre de fleurons tubulés.

Mathieu Leclerc du Sablon, Nos fleurs, plantes utiles et nuisibles, dessinées d'après nature par A. Millot. Paris, 1892

La plante paraît parfois comme ébouriffée !

Henry Correvon, Flore coloriée de poche, à l'usage du touriste dans les montagnes de la Suisse, de la Savoie, du Dauphiné, des Pyrénées, du Jura, des Vosges, etc. :
144 planches coloriées, représentant 180 espèces, avec un texte donnant leur description et celle de 480 espèces non figurées
. Dessins par A. Jobin. Paris, 1894

Comme son nom l'indique, cette plante est surtout disséminée en moyenne montagne et dans les Alpes. En effet, l'Arnica préfère l’altitude entre 600 et 2800 m. Mais on la retrouve aussi en plaine dans quelques régions françaises comme la Bourgogne. Cette plante est strictement implantée en Europe, de la Scandinavie à l’Italie.
Ses habitats de prédilection sont les pelouses, prairies, landes tourbière, forêts clairsemées. Elle se plaît sur des sols riches en humus mais non fumés, frais, maigres et acides. On la trouve sur du granite, du basalte et très rarement sur des sols calcaires.

Amédée Masclef, Atlas des plantes de France utiles, nuisibles et ornementales : 400 planches coloriées...
et un texte explicatif des propriétés des plantes, de leurs usages et applications.... Tome 2. 
Éd. P. Klincksieck. Paris, 1891

Beaucoup de plantes ressemblent à l'Arnica, notamment les séneçons. Il ne faut notamment pas la confondre avec le Sénéçon doronic (Senecio doronicum) aux feuilles alternes qui se trouve dans les mêmes territoires et dans les Pyrénées ou l’œil de bœuf (Buphthalmum salicifolium) qui lui ressemble mais qui ne possède pas les propriétés aromatiques de l’arnica.
 

Georg Christian Oeder, Icones plantarum sponte nascentium in regnis Daniae et Norvegiae, in ducatibus Slesvici et Holsatiae et in comitatibus Oldenburgi et Delmenhorstiae.
Volume 1. Éd.  typis C. Philiberti (Hafniae), 1766-1777  

La plante est absente de la littérature antique car elle ne pousse pas en Grèce et est présente en Italie uniquement en haute montagne. Les propriétés anti-inflammatoires sont découvertes dès le XIIe siècle par l’abbesse bénédictine Hildegarde de Bingen, qui telle une chaman, voyait en visions et en rêves les plantes qui pouvaient soulager les malades. La plante est ensuite citée sous le nom de Arnich par Mattheus Sylvaticus (1317).
Au XVIe siècle, le médecin allemand Goettingue Franz Joël en préconise à son tour l’usage. À la même période le botaniste Tabernaemontanus indique que la plante est utilisée contre les blessures et les accidents du travail. En 1678, Johann Michael Fehr, médecin allemand, la nomme « panacée des chutes «  (lapsorum panacea). Citée dans de nombreux ouvrages au XVIIIe siècle La plante devient donc rapidement un remède populaire notamment en Autriche et en Allemagne. Sa renommée n'est déjà plus à faire quand deux médecins suisses, Albrecht von Haller (1768) et  Pierre Rodolphe Vicat (1776) la préconisent pour ces propriétés anti-coups et bosses.

Henri Baillon, Dictionnaire de botanique. Tome 1 / par M. H. Baillon ; avec la collab. de MM. J. de Seyne ;
dessins de A. Faguet. Éd. Hachette. Paris, 1876-1892

Son succès est tel que, de nos jours, l’usage de l'Arnica en homéopathie a entraîné sa raréfaction. Sa cueillette est donc à présent réglementée.

Aristide Dupuis et Oscar Réveil, Flore médicale usuelle et industrielle du XIXe siècle. Tome 1. Éd. A. Le Vasseur et Cie. Paris, 1887

Ses propriétés anti-inflammatoires en cas de contusions, ecchymoses, hématomes, luxations, rhumatismes, entorses, piqures d’insectes, limitent la douleur. Autrefois, on faisait macérer les fleurs dans de l’huile ou de l’eau-de-vie et ce liquide était appliqué en vigoureuses frictions sur les parties blessées du corps; parfois on frottait même directement une fleur sur la peau. L'utilisation des extraits de fleurs d'Arnica montana se fait en voie externe uniquement (pommade) mais son utilisation peut provoquer des allergies si les applications sont trop fréquentes ou trop dosées. Plante toxique, son ingestion provoque des vomissements, une perturbation du rythme cardiaque, voire une chute de la pression sanguine et est donc à éviter.
D'aucuns - comme un de ses noms vernaculaire (Tabac des Vosges) le suggère - en faisaient usage comme substitut de tabac :

Longtemps surnommé le quinquina du pauvre, il faut se rappeler que l'Arnica montana est toxique en ingestion; aussi, lors de vos prochaines promenades en montagne, veillez à ne pas cueillir cette jolie fleur jaune et à ne la consommer qu'avec les yeux !

Pour aller plus loin

Retrouvez d'autres plantes médicinales et alpines dans la sélection Botanique du parcours Gallica La Nature en images.

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