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Qui était le véritable Cyrano de Bergerac ?

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Né il y a 400 ans, en 1619, Savinien de Cyrano de Bergerac est resté célèbre grâce à la pièce d’Edmond Rostand. Mais le dramaturge a pris bien des libertés avec son personnage. Et le véritable Cyrano, plus complexe et auteur d’une œuvre audacieuse et novatrice, mérite amplement d’être redécouvert.

La comédie héroïque d’Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac (1897), tout en reprenant des éléments de la biographie de l'écrivain, s’en écarte par de nombreux aspects. Comme le personnage d’Edmond Rostand, Savinien de Cyrano de Bergerac (1619-1655) était poète, militaire, bretteur, libre-penseur mais il n’est pas noble, pas plus qu’il n’est gascon. On ignore s’il savait parler aux femmes mais on sait qu’il leur préférait les hommes.

De fait, la vie de Cyrano est assez peu documentée. Certains chapitres n’en sont connus que par la préface de l’Histoire comique par Monsieur de Cyrano Bergerac, contenant les Estats et empires de la Lune, publiée vingt mois après sa mort en 1657. C’est son ami Henry Le Bret qui rédige cette biographie à caractère quelque peu hagiographique. Il loue son goût de la liberté, sa haine du dogmatisme et sa générosité, mais prend au passage quelques arrangements avec la réalité. Cet ami fidèle depuis l’enfance est en effet aussi un religieux, qui prête à l’athée libertin une conversion finale qui laisse dubitatif et passe sous silence sa préférence pour les hommes (se contentant de souligner sa « grande retenue envers le beau sexe »).

Cyrano n’est pas du tout Gascon. Il est né à Paris rue des Deux-Portes (actuelle rue Dussoubs dans le 2e arrondissement) et baptisé le 6 mars 1619 en l'église Saint-Sauveur. Sa famille bourgeoise, qui a connu une belle ascension sociale grâce à la spéculation financière, s’anoblit et achète les terres de Bergerac, situées dans la Vallée de Chevreuse, où il vit une enfance et une scolarité champêtre. Rentré à Paris pour faire ses études, il devient à 17 ans l’amant et le protégé de son aîné le poète et musicien Charles Coypeau d’Assoucy. À 20 ans, il s’engage dans la compagnie des mousquetaires de Carbon de Casteljaloux, surtout composée de Gascons (d’où le fait qu’on le croie tel). C’est une expérience décevante à laquelle il met assez vite fin après deux graves blessures au mousquet puis à l’épée, à la suite de duels.

 

Rentré de l’armée, il prend ses quartiers dans un Paris animé de cercles et de coteries, entre préciosité et effervescence intellectuelle. Il reprend alors des études en rhétorique et philosophie. Il se fait admettre au collège de Lisieux, puis dans le cercle de Gassendi. Il devient l’amant de l’écrivain Claude-Emmanuel Luillier, dit Chapelle, élève de Gassendi et futur ami de Molière. Il rencontre sans doute, en tout cas lit et admire de nombreux libertins érudits, notamment La Mothe Le Vayer, Jean Royer de Prade ou encore Tristan L’Hermite, « le seul Poëte, le seul Philosophe et le seul Homme libre » fait-il dire dans les États et empires de la Lune.

Cyrano mène alors, dans cette compagnie docte et libertine, une vie qui mêle liberté sexuelle, indifférence aux dogmes religieux et libre exercice de la philosophie. Seuls quelques-uns de ses textes sont publiés de son vivant. Son premier texte imprimé est un court « Avis au lecteur » du Jugement de Paris de Charles d’Assoucy en 1648. Il est ensuite probablement mêlé à la Fronde, et on lui attribue plusieurs mazarinades, par exemple Le ministre d'estat flambé (1649) ou Le conseiller fidèle (1649).

 

En 1653, il entre au service du duc Louis d’Arpajon. C’est ce dernier qui finance la publication chez le libraire Charles de Sercy, de La Mort d’Agrippine, une tragédie, ce dont l’écrivain le remercie dans son épître dédicatoire, ainsi que d’un recueil d’Œuvres diverses. La Mort d’Agrippine fait sensation, comme en témoigne les propos prêtés à Tallemant des Réaux : « Un fou nommé Cyrano fit une pièce de théâtre intitulée La Mort d'Agrippine, où Séjanus disait des choses horribles contre les dieux ». L'action de cette tragédie en cinq actes et en vers se situe sous le règne de l'empereur romain Tibère, en 31. On y suit le complot ourdi contre l'empereur par Agrippine, qui veut venger le meurtre de son époux Germanicus, Séjan, qui la convoite, et Livilla, maîtresse du préfet du prétoire. Le thème dominant est le mensonge comme moteur du discours des hommes. Les dieux en sont exclus, notamment dans une scène (acte II, scène IV, v. 635-640) qui fait scandale, où Séjan professe son athéisme :

« Ces enfants de l'effroi,
Ces beaux riens qu'on adore et sans savoir pourquoi,
Ces altérés du sang des bêtes qu'on assomme,
Ces dieux que l'homme a faits et qui n'ont point fait l'homme
Des plus fermes Estats ce fantasque soutien »

Les Œuvres diverses sont également précédées d’une épître à Monsieur d’Arpajon et d’un sonnet à Mademoiselle d’Arpajon (sa fille Jacqueline, qui fréquente le cercle de Madeleine de Scudéry). Le volume contient essentiellement des lettres de formes et d'inspirations diverses : poétiques, satiriques, amoureuses, philosophiques. La plupart sont adressées à des personnages réels : les poètes Scarron, Chapelle et d’Assoucy (sous le nom de Soucidas), le comédien Zacharie Jacob, dit Montfleury, François du Soucy de Gerzan, François de La Mothe Le Vayer fils. Cyrano publie ses lettres d’amour à des hommes en feignant qu’elles sont adressées à des femmes. Ces lettres soulèvent par ailleurs de nombreuses questions philosophiques, mais leur auteur ruse et déjoue la censure, en noyant sa pensée libertine radicale derrière l'extravagance, la pointe et le pur jeu verbal. Il excelle à faire entendre le non-dicible, l'interdit, grâce à un jeu complexe et souvent indécidable entre l'épistolier et ses lecteurs virtuels. Parmi les plus importantes sur le plan de la pensée de Cyrano, on peut citer les deux lettres « Pour les sorciers » et « Contre les sorciers ».

Dans le même volume on trouve Le Pédant joué, composé en 1645 ou 1646. Cette comédie en cinq actes et en prose est librement inspirée du Chandelier, de Giordano Bruno, dont une traduction était parue en 1633. C’est une comédie enlevée, pleine d'invention, où tout le monde, y compris Molière, a ensuite si largement puisé qu'elle en est restée méconnue. Une seule réplique, empruntée ensuite par Molière, est passée à la postérité : « Qu’allait-il faire dans cette galère ? ».
 

Cyrano meurt prématurément à l’âge de 35 ans, dans des circonstances assez mystérieuses. Il reçoit une pièce de bois sur la tête en sortant de chez le duc d'Arpajon, sans que l’on sache s’il s’agit d’un accident ou d’une tentative de meutre orchestré par l'entourage de ce dernier. S’ensuit une violente fièvre qui cause sa mort à Sannois, où il s’est réfugié, le 28 juillet 1655.

Les œuvres principales de Cyrano de Bergerac sont publiées à titre posthume, notamment son diptyque romanesque, Les États et empires de la lune et du soleil. Rédigés à partir de 1650, ces textes ont d'abord circulé sous forme manuscrite, avant de paraître deux ans après sa mort. En 1657, Charles de Sercy fait paraître un volume intitulé Histoire comique par Monsieur de Cyrano Bergerac, contenant les Estats & Empires de la Lune. Il est publié avec un privilège signé de Jean de Cuigy, secrétaire du roi, père de Nicolas de Cuigy, ami de Cyrano et de Le Bret, qui signe la préface. En janvier 1662, paraît un second recueil intitulé Les Nouvelles Œuvres de Monsieur de Cyrano Bergerac, contenant l'Histoire comique des Estats et empires du Soleil, plusieurs lettres et autres pièces divertissantes. Ces premières éditions sont toutefois très lacunaires et fortement révisées au regard des manuscrits retrouvés. Il faudra attendre le XIXe voire le début du XXe siècle pour trouver des éditions plus complètes, par exemple dans l'édition en deux volumes de Frédéric Lachèvre, Les œuvres libertines de Cyrano de Bergerac, parisien (1619-1655), en 1921, dans la série « Le libertinage au XVIIe siècle ».

 

Les voyages sur la Lune et le Soleil sont les deux volets d'un même projet romanesque, intitulé L'Autre monde. Un troisième volet intitulé « L'Étincelle » devait leur succéder. Ce diptyque peut être considéré comme un précurseur de la science-fiction. Il a sans doute inspiré Swift, Fontenelle et Diderot, sans qu’ils le reconnaissent vraiment. Cyrano a lui-même lu Lucien de Samosate et son Histoire véritable, ainsi que L'Homme dans la Lune (1638) de l'anglais Francis Godwin, traduit en français en 1648. Il admire également Giordano Bruno, brûlé vif pour avoir cru à la pluralité des mondes. Il a, enfin, de solides connaissances sur les avancées scientifiques et astrophysiques de son temps. En 1610 la lunette astronomique avait permis d'observer des montagnes dans la Lune et des taches sur le Soleil, et en 1636 Gassendi avait établi la première carte de la Lune ; en 1648 un Italien avait expérimenté une machine volante.

Le narrateur s'élève dans les cieux de manière très poétique, grâce à des fioles de rosée attachées à sa ceinture. Une fois arrivé sur la Lune tout s'inverse : on appelle la Terre la Lune, les vieux obéissent aux jeunes, la virginité est un scandale, les chevaliers sélénites portent à leur ceinture, en lieu et place des épées, des phallus d’or. On peut choisir de se donner la mort en paix, entouré de ses amis ; l’imagination soigne les maladies et la poésie est une monnaie. Assisté du démon de Socrate qui lui traduit le langage lunaire, le narrateur y débat de tout – mœurs, nature, croyances – sans préjugés. Romanesque, vision, imagination, réalité, expérimentation scientifique et ironie se mêlent.

Au début des États et Empires du Soleil, le narrateur Dyrcona, anagramme de D(e) Cyrano, est pourchassé par le parlement de Toulouse qui veut l'envoyer au bûcher au motif qu'il pratique la sorcellerie, alors qu'il ne fait que penser librement. Il est également poursuivi pour avoir écrit Les États et Empires de la Lune. En mettant en scène sa propre persécution, Cyrano revendique la force polémique de ses ouvrages.

Pour s'envoler de la tour où il est enfermé, Dyrcona imagine une machine spatiale constituée d'une boîte percée en haut et en bas, équipée d'une voile, et surmontée d'un vaisseau de cristal en forme de globe. Il entreprend alors un voyage initiatique durant lequel il décrit avec précision les mouvements des planètes et la formation de la terre. Sur le Soleil, les oiseaux, les arbres, les fruits conversent et raisonnent. Les oiseaux, athées impénitents, ont peur des étrangers et haïssent la guerre. Ils regardent les coutumes des hommes avec clairvoyance, s'étonnant de leur servitude face à l'oppression familiale, politique et religieuse. Ils contestent la singularité de l'espèce humaine dans le règne naturel et la supériorité de l'homme sur les animaux ; un véritable procès est ainsi fait par les oiseaux au narrateur pour son orgueil et ses atteintes à la Nature. Il réapprend ensuite à comprendre la Nature, dans des pages qui entrent presque en résonnance avec les préoccupations écologiques et antispécistes actuelles. Dyrcona rencontre ensuite (en rêve peut-être) Campanella, Des Cartes et quelques autres philosophes. Son voyage est une émancipation, un apprentissage de la liberté à travers la recherche d'une science de l'homme fondée sur l'énergie de la matière, sur le désir de sentir et d'être, profondément, homme, sans préjugés, et sans Dieu.

 

Les voyages dans la Lune et le Soleil de Cyrano annoncent la science-fiction moderne. Le narrateur y rencontre, de fait, des êtres extraterrestres, humains, animaux, végétaux, et rend compte des observations qu’il a pu y faire sur leurs sociétés et leurs modes de vie totalement différents de ceux des terriens. Cyrano y invente aussi la fusée à étages, le walkman et le livre audio, dans une langue pleine d’inventions et de calembours qui sont le revers solaire d’une profonde méfiance, rare chez ses contemporains, envers le langage.

Le récit de ces voyages imaginaires est aussi prétexte à montrer la relativité des mœurs et coutumes, à exposer une conception libertine du monde reposant sur le matérialisme, à remettre en cause les dogmes religieux et l’autorité royale. L’Autre monde tourne en dérision tous les systèmes de pensée, pour susciter chez son lecteur la distance critique. À l'inverse du roman d'apprentissage classique, la quête de la vérité se transforme en déstabilisation de tout énoncé de vérité : chacun de ses interlocuteurs énonce des vérités qui sont par la suite détruites par un autre interlocuteur. C'est ainsi un regard nouveau, qui, via une imagination heureuse, est posé sur notre monde. Sans genre assigné, entre utopie et fantaisie sensuelle, satire et philosophie, science-fiction et science pour rire, physique des astres et poésie onirique, Cyrano cultive l’ambiguïté d’intention et de réalisation.
 

Après sa mort, Cyrano de Bergerac a très vite été trahi et caricaturé, héroïsé et diabolisé, et ce aussi bien par ses détracteurs catholiques que par ceux qui furent ses amis ou ses amants. Dans sa facétie burlesque intitulée Combat de Cyrano de Bergerac avec le singe de Brioché, au bout du Pont-Neuf, dont la première publication, a dû suivre de près la mort de Cyrano en 1655, Charles Dassoucy le présente comme une sorte de mage ou de poète fou, colérique, au physique disgracieux, qui embroche par manque de lucidité le pauvre singe de foire d’un montreur de marionnettes. La relation amoureuse pour le moins houleuse entre les deux hommes s’était de fait terminée par une rupture brutale à la suite de laquelle Cyrano n’avait lui-même pas été très tendre, écrivant dans sa lettre satyrique intitulée « Contre Soucidas », un anagramme transparent : « Donc, ô plaisant petit singe, ô marionnette incarnée, cela serait-il possible ? mais je vois que vous vous cabrez de ce glorieux sobriquet ! Hélas ! demandez ce que vous êtes à tout le monde et vous verrez si tout le monde ne vous dit pas que vous n’avez rien d’homme que la ressemblance d’un magot. ». En 1677, Cyrano apparaît encore dans Les Aventures burlesques de M. Dassoucy comme un « extravagant et furieux soldat » aux mœurs douteuses : « Il n’avait pas encore dix-sept ans, l’ami C[hapelle], que feu B[ergerac], qui mangeait déjà son pain et usait ses draps, me donna l’honneur de sa connaissance. C’est pourquoi il ne faut pas s’étonner si j’en ai bien profité. »

En 1693, on peut lire dans le tome 2 des Menagiana, ou Les bons mots et remarques critiques, historiques, morales et d'érudition de M. Ménage : « les pauvres ouvrages que ceux de Cyrano de Bergerac ! (…) Je crois que, quand il fit son Voyage dans la Lune, il en avait déjà le premier quartier dans la tête. Il est mort fou. » ; et dans le tome 3 : « Bergerac était un grand ferrailleur. Son nez, qu’il avait tout défiguré, lui a fait tuer plus de dix personnes. » Mais Cyrano a aussi des défenseurs : Boileau, dans le chant 4 de son Art Poétique, déclare ainsi : « J’aime mieux Bergerac et sa burlesque audace / Que ces vers où Motin se morfond et nous glace. »

Au XIXe siècle, on lui rend enfin justice. Charles Nodier notamment s'emploie à le réhabiliter. Son article publié dans La Revue de Paris en août 1831, qui sera repris dans Bonaventure Desperiers ; Cyrano de Bergerac (1841), se conclut par un

« Pauvre Cyrano ! ».

Et dans l’introduction de sa Bibliographie des fous (1835), il démontre que Cyrano ne l'était absolument pas. Peu connu du grand public, il avait eu en revanche la malchance après sa mort prématurée d'être trop bien connu de quelques lettrés qui pillèrent et plagièrent son œuvre, tout en la dénigrant. Charles Nodier n’est pas tendre avec Voltaire notamment : « Dans ses estimations cavalières de tout ce que la littérature française avait produit jusqu’à lui, Voltaire a rangé Cyrano de Bergerac au nombre des fous, avec cette autorité magistrale qui s’attachait à toutes ses paroles […]. Voltaire était certainement fort compétent sur cette question, car il avait pris Micromégas dans le Voyage de la Lune, où Fontenelle avait pris les Mondes, et le bon doyen Swift, les Voyages de Gulliver. C’était là une excellente raison, dans la tactique de Voltaire, pour imprimer au livret de Cyrano un cachet ineffaçable de ridicule et de mépris ». Et il conclut par un éloge de Cyrano : « Accordez-lui le goût que lui auraient accordé l’âge et la réflexion, et Bergerac, vieilli de quinze ans, sera l’un des écrivains les plus remarquables de son siècle. […] Quant à ce livre […] on y trouve plus de vues profondes, plus de prévisions ingénieuses, plus de conquêtes anticipées sur une science dont Descartes débrouillait à peine les éléments confus, que dans un gros volume de Voltaire, écrit sous la dictée de la Marquise du Châtelet ? Cyrano a fait de son génie l’usage qu’en font les étourdis, mais il n’y a rien là qui ressemble à un fou.»

Théophile Gautier (dans La France littéraire, 1834, repris dans Les Grotesques, 1844, tome 1) admire aussi Cyrano, mais son texte un peu trop centré sur le nez de l’écrivain et sa réputation de matamore donne du grain à moudre à Rostand. Paul Lacroix, dit « le bibliophile Jacob » rédige également une belle « Notice historique sur Cyrano de Bergerac » dans son édition de l’Histoire comique des états et empires de la Lune et du Soleil en 1958 : « Il passait pour athée ; après sa mort on le fit passer pour fou et l’on n’en parla plus. »
 

Savinien de Cyrano de Bergerac aura donc été une figure à la vie très romanesque, soldat et philosophe, savant et poète, mais aussi un intellectuel complexe et libre, radicalement sceptique et d’un antidogmatisme à toute épreuve. Par-delà l'énorme succès de la pièce de Rostand, en 1897 et depuis, on assiste à partir de la fin des années 1970 à un renouveau des études autour de Cyrano et de son œuvre, auxquels ont été consacrés, en France et à l'étranger, une foison de thèses, articles, biographies et essais. Il inspire également de nombreux auteurs contemporains, par exemple Italo Calvino, qui écrit dans Pourquoi lire les classiques ? (Seuil, 1993, p. 71-73) :

« La qualité intellectuelle et la qualité poétique convergent chez Cyrano et en font un écrivain extraordinaire, au XVIIe siècle en France et dans l’absolu. C’est, intellectuellement, un libertin, un polémiste impliqué dans la mêlée qui est en train d’envoyer balader la vieille conception du monde (…). Littérairement, Cyrano est un écrivain baroque et c’est surtout jusqu’au bout un écrivain qui veut, plutôt qu’illustrer une théorie ou défendre une thèse, mettre en mouvement tout un manège d’inventions qui sont, au plan de l’imagination et du langage, l’équivalent de ce que la nouvelle philosophie et la nouvelle science sont en train de mettre en branle au plan de la pensée. »

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