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Les premiers romans anglophones : explorations, récits d’aventures et frissons gothiques !

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5 avril 2019

L’âge d’or du roman anglophone est incarné par des auteurs britanniques comme Walter Scott et Charles Dickens et par des auteurs américains comme Nathaniel Hawthorne et Herman Melville, mais on connaît moins les précurseurs de ce genre qui doit son apparition aux récits d’aventures et aux romans épistolaires.

Jonathan Swift, Voyages de Gulliver, dessins par E. Morin, Paris : A. de Vresse, p. 8.

L’émergence du roman en Angleterre : un long cheminement
Les débuts du genre romanesque britannique résultent de traditions narratives diverses, qui vont des récits d’amours et d’aventures aux romans pastoraux ou de chevalerie mais aussi à d’autres formes d’écrits comme les essais, les sermons et les pamphlets. Le genre épistolaire n’est pas en reste, avec la publication de nombreux recueils de lettres, à caractère largement fictif, se voulant tantôt chroniques d’un milieu, tantôt récits de voyage. Il faut pourtant attendre le XVIIIe siècle pour que les essais littéraires narratifs se développent autour d’œuvres plus personnelles, dans un climat propice à l’expression de l’individualisme. Le récit devient alors un véritable espace de liberté aux mains du romancier.

 

William Peterfield Trent, Littérature américaine. Paris : A. Colin, 1911, p. 69. 

 
Héroïnes et héros de romans : initiations, voyages et aventures
La publication de Robinson Crusoe de Daniel Defoe en 1719 marque la naissance du roman anglais, même s’il existe de nombreux précurseurs, telle la célèbre Aphra Behn (1640-1689), aventurière qui fut agent secret de Charles II, première romancière anglaise avec Love Letters between a Nobleman and his Sister (1684-1687) et son célèbre roman anti-esclavagiste Oroonoko (1688). Après avoir voyagé en Europe, Daniel Defoe s’établit à Londres comme journaliste, où il dirige The Review. Son style simple et direct, ancré dans la réalité, lui permet de décrire les péripéties de personnages optimistes face à un monde complexe. Avec son adaptation libre des aventures authentiques du navigateur Alexander Selkirk, resté cinq ans isolé sur une île, Defoe donne au roman anglais un élan irréversible.
 

Daniel Defoe, Robinson Crusoé, adapté pour les enfants par Henri Duvernois.
Paris : P. Lafitte et Cie, 1900, p. 57.

 
Comme Defoe, Samuel Richardson marque l’histoire littéraire avec ses romans épistolaires, Pamela (1740-1741) et Clarissa (1747-1748), où la multiplication des points de vue nourrit l’entrecroisement des récits et suscite de nombreuses parodies, comme celle publiée par Henry Fielding autour d’une fausse prude dans Amelia (1741). Les héroïnes sont désormais au cœur des intrigues mais il faudra attendre le siècle suivant pour que les femmes prennent l’avantage sur les situations qu’elles rencontrent.
 

Jules Janin, « Les romanciers illustres, Samuel Richardson »,
Journal pour tous : magazine hebdomadaire illustré, 29 décembre 1855, p. 620

 
Mais au-delà des pérégrinations des personnages fictionnels qui passionnent les lecteurs de l’époque, c’est également à un voyage initiatique que l’on assiste sous la forme de récits de fiction. Jonathan Swift poussera plus loin ce type de récits dans Gullivers’ Travel (1726), conte philosophique auquel le Micromégas de Voltaire fait écho. À travers la figure de Gulliver, créature monstrueuse et lucide, Swift apporte un regard satirique sur les errements de la société anglo-saxonne.  
 

Jonathan Swift, Voyages de Gulliver. Illustrations de A. Robida.
Édition pour la jeunesse. Paris : H. Laurens, 1933, p. 5
 
Roze (illustrateur), Micromégas (Théâtre du Panthéon) de Voltaire, estampe,
Paris : Le monde dramatique, XIXème siècle

 
Prémices du roman américain
De l’autre côté de l’Atlantique, les écrivains américains, qui sont fortement influencés par la littérature britannique, s’ouvrent à de nouvelles formes d’écrits, plus indépendants. Si les premiers auteurs développent le thème de l’idéal religieux et social à travers des pamphlets et des traités, d’autres cherchent à conquérir une identité propre et formulent les valeurs américaines autour de grands thèmes comme la conquête de l’Ouest, que décrivent les romans de James Fenimore Cooper ou de légendes régionales, comme Washington Irving dans The Legend of Sleepy Hollow. De son côté, l’américain Charles Brockden Brown offre une nouvelle liberté au roman gothique américain avec Wieland ; or, The Transformation : An American Tale (1798), explorant l’ambiguïté du réel.

 

James Fenimore Cooper, Le dernier des Mohicans, Les Veillées littéraires illustrées. T. III, 1849, p. 128.

 
Des romanciers en quête d’identité littéraire
Avec une saga en 5 volumes publiés de 1823 à 1841, James Fenimore Cooper développe un regard sur les cultures de l’Ancien et du Nouveau Monde. Ses romans The Pioneers, The Last of the Mohicans (1826), The Prairie, The Path Finder et The Deer-Slayer ouvrent un questionnement sur le mythe fondateur. On y trouve évoquées les valeurs des terres vierges de l’Ouest, qui symbolisent la liberté, où l’homme peut éprouver une vision poétique de l’Amérique. Son influence sur les romantiques français sera importante, notamment sur Victor Hugo ou sur Balzac, qui confie son admiration dans ses Maximes & pensées :

 

Honoré de Balzac, Maximes & pensées, Bruxelles : A. Schnée, 1856, p. 37.

 
L’attirance pour l’étrange
Vivement intéressé par le folklore, Washington Irving a voyagé en Europe et rencontré Walter Scott, Lord Byron et Charles Dickens en Angleterre, où il compose The Sketch Book (1819), qui comporte le célèbre conte The Legend of Sleepy Hollow. Puisant son inspiration dans le terroir et dans le passé local, comme Irving, Nathaniel Hawthorne publie des recueils de nouvelles et de contes, ainsi que son roman le plus célèbre, The Scarlet Letter (1850), qui évoque le passé colonial de la Nouvelle-Angleterre et met en scène le péché et le remords.

Edgar Allan Poe, The raven, illustré par Gustave Doré. London : S. Low, 1883, p. 81.
 

Attirés par l’idéal, les grands espaces et le besoin d’absolu, les écrivains américains préparent le terrain à une renaissance du roman, affirmant la primauté de l’imagination et la glorification de l’individu. Ce nouvel optimisme est à la fois une extension de la tradition anglaise et une tentative d’inaugurer une tradition littéraire autochtone. Avec Edgar Allan Poe et ses châteaux de cauchemars, le romantisme américain ouvre la voie à la création d’un ailleurs fantastique. S’inspirant de l’héritage gothique, cet écrivain du Sud, qui a passé sa jeunesse en Virginie, est le maître de l’unheimlich. Les décors fantastiques abondent, les châteaux ou manoirs étranges et les revenants ne manquent pas dans ses contes et histoires terrifiantes, qui ouvrent les limites de l’inconscient et préfigurent la littérature policière. Ses poèmes, comme The Raven (1845), inspireront les Romantiques français, comme Charles Baudelaire, qui, fasciné par Poe et sa vie, traduira ses poèmes afin de les faire connaître au public :

 

Edgar Allan Poe, Les plus beaux contes ; traduction de Ch. Baudelaire. Paris :

G. Crès, 1925, p. 18.

 
 
 
Pour en savoir plus
Une journée d’étude est consacrée à la Naissance et diffusion du roman anglophone en France, jeudi 11 avril 2019, Site François Mitterrand, salle 70, 9h-18h, entrée libre et gratuite

Billet de blog Gallica "Les racines du roman américain", 10 janvier 2018.
 

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