"Parlons donc un peu Japon et japoneries, mais non pas du Japon de tous les jours, hanté par les touristes, vulgarisé par la photographie, par les réclames illustrées de l'agence Cook et de ses émules ; inépuisable matière à « croquis », « souvenirs » et « sensations » pour les amateurs d'exotismes de pacotille pour les misses jeunes ou âgées, en mal de littérature, qui débarquent en imposantes phalanges de chaque steamer arrivant de Vancouver ou de San-Francisco". Marcel Monnier, Le tour d'Asie. L'Empire du milieu T.2 (1899)

Le Japon ou la beauté de l'ailleurs

Autour des années 1880 se développe la pratique du voyage d’agrément. Les voyages autour du monde tout comme les récits de voyage sont à la mode et le Japon devient une des destinations phares de cette fin de siècle. Ce pays enthousiasme les voyageurs français de toutes conditions et de toutes professions. On trouve parmi eux des aristocrates las de la vie parisienne et en quête de nouveautés, Emile d’Audiffret, le comte Léon de Tinseau, le comte Ludovic Hébert de Beauvoir, le comte Raymond de Dalmas, le comte de Gabriac, le baron Joseph-Alexander von Hübner, Arthur de Claparède.

Une belle endormie au Japon, entre tradition et modernité

"Depuis ces dernières années, la Cour du Mikado a donné l'exemple de la transformation de la toilette féminine, suivant les modes européennes. Les Japonaises ne peuvent qu'y perdre. Qu'on leur laisse plutôt leur originale poésie." C’est sur ces mots empreints de regret que se conclut l’article intitulé "La beauté de la Japonaise" publié dans la rubrique "Belles d’ailleurs" de l’hebdomadaire illustré parisien, L’Art d’être jolie (30 juillet 1904). Depuis le milieu des années 1880, les jeunes femmes japonaises du meilleur monde et des grandes villes arborent une silhouette corsetée et des cheveux coiffés à l’européenne.

Chapeau melon et kimono

L’explorateur et écrivain, Eugène Gallois (photographie,1907) se rend au Japon en 1905, au lendemain de sa victoire sur la Russie : "Il est vrai qu'au moment de notre venue, le peuple japonais semblait grisé par ses succès contre les Russes et que cette joie se reflétait sur sa figure, s'accusait dans ses gestes. [...] ce pays dont la rapide évolution a, on peut le dire, dépassé toutes les prévisions et causé tant de surprises, quand on songe qu'il ne s'est pas écoulé un demi-siècle depuis son réel contact avec les nations européennes." (E. Gallois, Au Japon, impressions de voyage).