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Adolphe Belot (1829-1890)

Romanciers populaires du XIXe
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11 février 2018

Adolphe Belot a pratiqué les grands thèmes feuilletonesques de son temps : récits mondains, tragédies réalistes, aventures africaines, romans judiciaires ou mystères urbains. Mais il est surtout connu pour le scandale qu’il a provoqué en mettant en scène une relation homosexuelle féminine.

En 1870, Le Figaro doit interrompre la publication du feuilleton en cours, Mademoiselle Giraud, ma femme, sous la pression de lecteurs choqués par son sujet, l’homosexualité féminine. Son auteur, Adolphe Belot, est pourtant une célébrité du monde littéraire, dramaturge à succès, créateur de romans mondains et judiciaires, ami des Daudet et de Zola, mais cependant peu apprécié de l’élite culturelle : « M. Belot est un de ces écrivains qui, ayant encore moins de réputation que de talent, gagnent à attendre qu'on les discute », affirme ainsi Pierre Larousse en 1867.

 

 

Louis Marc Adolphe Belot voit le jour le 6 novembre 1829 à Pointe-à-Pitre. Cette origine géographique autorise certains critiques à expliquer dans un commentaire teinté de racisme le supposé penchant du futur écrivain pour l’indécence, comme Le Figaro en 1876 : « M. Adolphe Belot est né à la Guadeloupe. Ne lui sachez aucun gré de son style chaud et coloré, de ses conceptions vigoureuses, de ses situations osées, de ses sujets, c’est le sang créole qui coule dans ses veines ». Descendant d’une lignée de banquiers et de magistrats (son père est avoué auprès du tribunal de Pointe-à-Pitre), le jeune Adolphe fait ses études en France. Il suit à son tour des études de droit, à Paris, devient avocat à Nancy, mais dès sa première audience, il abandonne le métier pour voyager, tant en Europe qu’en Afrique et dans les deux Amériques.

 

 

De retour en France, il se consacre à la littérature. Il débute en 1855 avec un roman, Châtiment, mais se tourne assez vite vers le théâtre : sa première pièce, À la campagne, date de 1857. En 1859, il donne, en collaboration avec Pierre Villetard, Le Testament de César Girodot, une comédie qui « rajeunissait le vieux spectacle comique de la cupidité des héritiers et des légataires, par des combinaisons nouvelles et ingénieuses, par le mouvement, la verve satirique et la gaité ». C’est un énorme succès : jouée deux cents fois d’affilée, elle est inscrite par la suite au répertoire de la Comédie Française. Dès lors, il se lance dans la production d’œuvres théâtrales : Un secret de famille (1859), La Vengeance du mari (1860), Les Parents terribles (1861), Le Vrai Courage (1862), Les Indifférents (1863), Les Souvenirs (1865). Puis il revient au roman, qu’il publie sous forme de feuilleton dans un grand nombre de journaux : Le Figaro, Le Peuple Français, Le Journal de Paris, Le Dimanche, Le Petit Journal, L’Evénement, etc.

Il transpose aussi souvent, comme cela se faisait beaucoup au XIXe siècle, sa prose au théâtre : La Vénus de Gordes, Le Drame de la rue de la Paix, L’Article 47, etc. Il collabore surtout avec Alphonse Daudet pour adapter à la scène deux romans de ce dernier : Froment jeune et Risler aîné (1877) et Sapho (1885). Il devient un membre respecté des cercles littéraires mondains, faisant partie du Comité de la Société des Gens de Lettres. Vice-président honoraire de l’Association Littéraire internationale, il reçoit la Légion d’Honneur en 1867. Mais, joueur compulsif habitué des salles de casinos, il doit augmenter sa cadence d’écriture pour se refaire une santé financière. Victime d’une congestion pulmonaire suivie d’une congestion cérébrale, il meurt le 17 décembre 1890.

 

 

Son œuvre romanesque est diverse et abondante, près d’une cinquantaine de titres. Il rédige des romans de mœurs, comme sa série des « Mystères mondains » en 1875 : Les Mystères mondains, Les Baigneuses de Trouville, Mme Vitel et Mlle Lelièvre et Une Maison centrale de femmes. Il se lance également dans le roman réaliste sur un rythme feuilletonesque : son premier succès est La Vénus de Gordes (1866) écrit en collaboration avec le frère d’Alphonse Daudet, Ernest, qui relate un fait divers jugé en 1862, l’assassinat par deux amants du mari. Les descriptions fouillées de la vie quotidienne au village et leur réalisme inspireront Zola pour Thèrèse Raquin. Les deux hommes évoqueront même une adaptation théâtrale commune pour ce dernier titre, sans que le projet aboutisse.

Il fait aussi dans les aventures coloniales avec La Vénus noire (1877), ou détaille l’univers du jeu, qu’il connait bien : Une Joueuse (1879), Le Roi des grecs (1881)  ou Lune de miel à Monte-Carle (1887). « Personne, de nos jours, n'a mieux décrit que Belot cette passion enfiévrée qui divinise le hasard », écrit un journaliste à sa mort.

 

 

Un de ses grands thèmes est le roman qu’on n’appelait pas encore policier : « Belot s'était fait aussi une spécialité du genre judiciaire. Le Drame de la rue de la Paix (1867), La Vénus de Gordes, L'Article 47, furent de gros succès populaires. Il possédait à fond tout l'épique du boulevard du Crime. », peut-on lire dans sa notice nécrologique. Ainsi, dans Le Drame de la rue de la Paix (1867), on trouve, mêlés aux procédés habituels du roman feuilleton (drame de l’amour, suicide pour l’honneur, etc.), des éléments novateurs : reproductions de dossiers de l’enquête (notes officielles du commissaire de police, rapport du médecin légiste, interrogatoire du concierge), critique de la presse renchérissant sur les faits-divers, ainsi que le portrait d’un détective mal dans sa peau. On peut en rapprocher ses romans sur les mystères urbains : Les Etrangleurs (1879) et sa suite La Grande Florine (1879), Fleur-de-crime (1882) ou Les Cravates blanches (1886).

          

 

Mais si Belot est passé dans la (petite) histoire littéraire, c’est par son roman, Mademoiselle Giraud, ma femme, et le scandale provoqué par l’interruption de sa publication en feuilleton. Cela lui a cependant profité : la parution du récit en librairie quelques temps plus tard est un triomphe : l’ouvrage va connaitre en peu de mois plus de 33 réimpressions, et durant les années suivantes de nombreuses rééditions. Emile Zola préfacera d’ailleurs celle de 1879 (sous la signature de … Thérèse Raquin !). L’histoire narre les malheurs du narrateur qui épouse une jeune fille qui se refuse alors à lui. Il découvre qu’elle est l’amante d’une femme mariée. Il fera tout pour qu’elle lui revienne, jusqu’à l’irréparable. Une partie des critiques de l’époque condamne Belot en arguant du fait que parler de l’homosexualité féminine incite naturellement au « vice ». Pourtant il blâme fortement le saphisme, qui n’est pour lui qu’une relation de soumission d’une ingénue à une manipulatrice : « Vous vous trouvez ignorante, petite auprès d'elle ; elle en est arrivée, en captant tous les jours davantage votre confiance, en s'immisçant dans votre vie, en exerçant sur votre esprit une sorte de pression lente et continue, à vous obliger à ne voir que par elle, à vous ôter la conscience du juste et de l'injuste, à vous dominer, à vous asservir à ses caprices ». Ce roman a du mal à trouver sa place : condamné par la bonne société du XIXe siècle qui ne pouvait admettre la simple représentation d’une liaison lesbienne, considérée en soi comme pornographique, il serait aujourd’hui fustigé car discriminant envers une minorité sexuelle. Plus tard, Belot va jouer sur cette image de provocateur au parfum de luxure, avec des titres plus ou moins évocateurs : Chère adorée (1890), La Bouche de Madame X… (1882), La Femme de feu (1872), Les Boutons de rose (1890) ou Courtisane (1886).

 

 

Son succès est peut-être dû également à une prose lisse, sans aspérités, voire fade, qui ne heurtait personne. C’est ce qu’avait pointé Olympe Audouard, une écrivaine féministe de ces années-là : « Adolphe Belot me paraît être un sensuel, parfois ce sang créole qui coule dans ses veines surchauffe son cerveau ; dans ces moments-là, il écrit des œuvres passionnelles, des œuvres à la cantharide, mais il les écrit en homme du monde écrivant pour des femmes du monde, qui veulent bien avoir les sens émoustillés, mais qui ne veulent pas avoir les yeux choqués par un mot obscène, cru et de mauvaise compagnie. Il possède, du reste, un art étonnant pour traiter des sujets scabreux sans devenir pornographe. »

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