Les albums de coloriage sont aussi de véritables livres-objets, agrémentés de palettes, de godets de couleurs, de coffrets de crayon. Ces présentations rappellent qu'à l'origine, ces livres étaient plutôt réservés à une élite. Le papier utilisé ainsi que les modes d'impression, souvent en recto seul pour les plus belles éditions, gardent la mémoire de ce que « colorier » signifiait avant l'arrivée des feutres. Le coloriage était un exercice délicat, à l'aquarelle ou à la gouache, où le repentir n'était pas possible, la patience, de mise et où l'eau du pinceau devait être bien dosée pour ne pas détremper plusieurs pages. C'est ainsi que sur bon nombre de couvertures du XIXème et du début du XXème siècle, on voit des enfants appliqués, soigneux, installés à leur table et parfois accompagnés d'un adulte. Les titres de collections ne varient guère : « petit artiste », « futur artiste », « petit coloriste », l'enfant destinataire est bien au cœur des préoccupations, ainsi que la notion d'apprentissage, avec une gradation de la difficulté. C'est au départ surtout un exercice pour demoiselles et pour enfants d'au moins 6 ans (que l'on appelle encore alors « bébé »), et non pour de tout jeunes enfants. S'il faut attendre 1982 pour voir paraître au Seuil Le livre d'anti-coloriage de Susan Striker et Edward Kimmel, le côté irrévérencieux et malicieux des artistes en herbe s'affiche dès la couverture bien avant. Pinceau à la main, les garnements barbouillent tout ce qui passe à leur portée : les jouets, le mur bien sûr, le chien, et même le petit frère !