Confucius (v. 551-479 av. J.-C.)

Les écrits de Confucius sont une compilation des archives d'Etat chinoises, réécrites dans le sens de sa doctrine politico-morale. Le modèle monarchique s’y articule en une féodalité organisée selon les liens de parenté unissant les seigneurs au roi, lequel tient son autorité du Mandat du Ciel. En dehors des seigneurs et de leurs délégués liés par la forme familiale, la vie du peuple obéit à une organisation ritualisée. Piété filiale et sens du devoir sont les vertus cardinales de cette morale qui reste l’idéologie d’Etat de la Chine impériale jusqu’à la révolution de 1911.

Thucydide (v. 460-395 av. J.-C.)

Introduction incontournable à la réflexion politique, la permanence inépuisable de la guerre dans l’histoire humaine assure à l’œuvre de Thucydide une actualité toujours renouvelée. Inventeur du concept d’impérialisme entendu dans une acception purement politique, il donne de la Guerre du Péloponnèse un récit où l’analyse des actions historiques proprement dites est entrecoupée de relations rapportant des opinions publiques et des débats politiques. Les deux se répondent et se renforcent, révélant une conception réaliste et sombre de la nature humaine, guidée par la crainte et l’intérêt plus que par la raison.

Platon (v. 428-348 av. J.-C.)

Issu d’une famille d’aristocrates, Platon naît à Athènes au début de la guerre du Péloponnèse qui va entraîner, avec la victoire de Spartes, le déclin de la cité démocratique. A vingt ans, il rencontre Socrate qui le converti à la philosophie. La condamnation à mort du sage par les dirigeants athéniens marque, pour son jeune disciple, l’injustice du pouvoir et de son organisation. Elle initie une réflexion politique développée dans plusieurs textes majeurs de la philosophie occidentale au premier rang desquels on mentionnera La République, puis Les Lois et Le Politique.

Isocrate (436-338 av. J.-C.)

Ce contemporain de Platon, auditeur de Socrate, reçoit l’enseignement des sophistes. Après avoir fait quelques temps profession d’éloquence judiciaire, il devient maître de rhétorique. Il forme dans son école ouverte au début du 4e siècle av. J.-C. une génération d’hommes d’Etat et d’orateurs auprès desquels il aura une grande influence et qui feront sa richesse et sa renommée. Parmi ses discours les plus célèbres, dont seuls vingt ont traversé les siècles jusqu’à nous, ceux qui portent sur des sujets politiques sont Symmachique ou discours sur la paix, et Panégyrique ou éloge d'Athènes.

Xénophon (430-555 av. J.-C.)

Elève de Socrate, homme de lettres et homme d’épée, Xénophon est considéré comme le fondateur de la philosophie politique. Critique à l’égard de la démocratie comme de la tyrannie (Hiéron), il défend  la royauté. Il fait l’éloge de Sparte dans la Constitution des Lacédémoniens.  Dans les Revenus, il préconise le développement des mines et du commerce maritime et l’intégration des métèques. Dans la Cyropédie, il décrit l’éducation idéale de Cyrus, souverain de Perse. Ce livre constitue  le premier exemple de « Miroir du prince ».

Aristote (384-322 av. J.-C.)

Originaire de Macédoine, fils de médecin, Aristote fait ses études à l’Académie d’Athènes auprès de Platon dont il est le plus brillant disciple. Devenu précepteur d’Alexandre, puis fondateur du Lycée à Athènes, il développe sa philosophie parallèlement à une activité ininterrompue d’enseignement. Ainsi qu’il l’écrit dans l’Ethique à Nicomaque, sa pensée préoccupée de structure et de classification fait de la politique la « première des sciences, celle qui est plus que toute autre architectonique ». Son ouvrage majeur, La Politique, s’ouvre sur le constat que « l’homme est un animal politique ».

Démosthène (v. 384-322 av. J.-C.)

Démosthène est reconnu comme le plus grand orateur de l’Antiquité. Il vit à l’époque du déclin d’Athènes et de la dispersion grecque après que la guerre du Péloponnèse a dressé les cités les unes contre les autres. Dans ce contexte il lutte pour restaurer l’unité du pays. Patriote ardent, défenseur infatigable de l’esprit glorieux d’Athènes et du panhellénisme qu’il l’exhorte à porter dans les Olynthiennes, face à l’impérialisme de Philippe de Macédoine contre les visées duquel il compose ses Philippiques, Démosthèse se donne la mort en 322, après la défaite militaire.

Polybe (v. 200-120 av. J.-C.)

Originaire d’Arcadie, issu de la classe dominante, Polybe reçoit une formation militaire et assume des responsabilités politiques avant son exil à Rome, en 150 av. J.-C., où il est lié à la puissante famille des Scipions qui lui donne accès aux sources de son érudition. Considéré, avec Thucydide, comme le plus grand historien de l’Antiquité, Polybe est contemporain de l’expansion impérialiste de Rome qui marque aussi la perte d’indépendance de sa patrie. Ses Histoires, dont seuls les cinq premiers livres nous sont parvenus dans leur intégralité, constituent une analyse capitale de cette période décisive.

Cicéron (106-43 av. J.-C.)

Dans l’histoire occidentale, Cicéron est le premier homme d’Etat qui fut également théoricien de la politique. Il expérimente concrètement l’effet de la réflexion morale sur la pratique du pouvoir et inversement. Le dialogue du De re publica « sur la meilleure constitution et le meilleur homme d’état », contemporain d’une période de guerre civile où chacun s’interroge sur la forme du régime qui pourra ramener la paix, préfigure certains aspects de l’Empire. Il est rédigé au même moment que le De Legibus autre opus majeur de sa pensée politique.

Sénèque (v. 4 av. J.-C.-65 ap. J.-C.)

L’œuvre de Sénèque qui nous est parvenue presque intégralement constitue un témoignage majeur sur la philosophie stoïcienne. Son thème fondamental est la conduite morale de la vie pour le souverain bien de l’homme. Devenu précepteur de Néron en 49, il exerce sur lui une influence bénéfique pendant les premières années de son règne. L’empereur est alors très jeune et Sénèque est le véritable régent de l’Empire. Peu à peu écarté, il se retire de la vie politique en 62, avant de se suicider sur ordre de Néron en 65.

Dion Chrysostome (v. 40-120)

Originaire de Bithynie, Dio Cocceianus  est issu d’une famille riche grâce à laquelle il accède à une bonne éducation. Il connaît rapidement le succès comme rhéteur et ses qualités d’orateur lui valent le surnom de Chrysostome qui signifie « bouche d’or ». Observateur précis de la réalité qui l’entoure, son œuvre qui n’est pas d’une profondeur philosophique exceptionnelle a, en revanche, une grande valeur de document sur la civilisation hellénistique à l’époque impériale. L’opus majeur de sa pensée politique est le petit discours Sur la royauté proposé ici dans son édition de 1589.

Tacite (v. 58-120 ap. J.-C.)

Originaire de Narbonnaise, Tacite fait une brillante carrière politique à Rome. Proche de Trajan et d’Hadrien, éloigné du commandement militaire, c’est le prestige de son œuvre d’historien et moraliste qui permet son ascension. Dans ses textes et discours il glorifie les grands administrateurs, défend la domination romaine dans ce qu’elle a de libéral et préviens contre ses abus autoritaires qui l’affaiblissent face aux Barbares. La Germanie, les Histoires, le Dialogue des orateurs, allient réflexion philosophique, historique et recherche de la belle forme littéraire.

Marc-Aurèle (121-181)

Empereur romain, il eut à maintenir la Pax romana pendant son règne malgré des attaques sur tous les fronts de son immense empire. Philosophe stoïcien, il mène une réflexion dans ses Pensées sur le pouvoir et l’ambition : veut-on le pouvoir pour le pouvoir ou pour son exercice ? Quelle est la finalité de l’action politique ? Empereur philosophe, il se donne pour ligne de conduite d’agir selon la raison, en rendant justice aux autres hommes. De Sévérus, il a hérité l’idée d’un Etat démocratique, qui respecte les droits et la liberté de tous les sujets.

Thomas d'Aquin (1225-1274)

Théologien dominicain, il est considéré comme le maître de la philosophie scolastique. Ses conceptions politiques sont, comme le reste de son œuvre, nourries de ses lectures d’Aristote et en particulier de sa classification des régimes politiques. L’homme est un être social, la communauté lui est naturelle. A la suite d’Albert le Grand, son maître,  il considère la monarchie comme le meilleur régime politique pour poursuivre un but unique, le bien commun. La royauté est de plus conforme aux préceptes de Dieu (Scriptum super libros Sententiarum,  De regno ad regem Cypri).

Dante Alighieri (1265-1321)

Florentin engagé, il soutient les guelfes blancs contre la politique d'ingérence du pape Boniface VIII. Suite à la prise de Florence par Charles de Valois, représentant du Pape, il est condamné et exilé. Dans son traité De Monarchia, il fait l'éloge de la monarchie universelle, régime idéal pour maintenir la paix et garantir le bien de tous. Le peuple romain, héritier de l'empire, doit exercer l'autorité. Il distingue les domaines d'application de l'autorité du pape et de l'empereur : domaine spirituel et temporel. L'ouvrage sera mis à l'index jusqu'en 1881.