Mariana, Juan de (1536-1624)

Prêtre jésuite espagnol, fortement impliqué dans les polémiques religieuses du XVIe siècle. Il est l’auteur de De rege et regis institutione (Sur le Roi et les institutions royales), ouvrage qui fait polémique en raison des questions aboutissant à la justification de la révolte des peuples et du meurtre des tyrans. Lorsque Henri IV est assassiné en 1610, le livre est brûlé en place publique par ordre du Parlement de Paris (4 juillet) ; le Supérieur général interdira ensuite aux jésuites de défendre la théorie du tyrannicide.

Richelieu, Armand Jean du Plessis cardinal duc de (1585-1642)

Consacré évêque en 1607, Cardinal en 1617, Richelieu est attaché à Marie de Médicis, puis à Louis XIII après la prise du pouvoir par le jeune roi dont il fut le ministre principal jusqu’à sa mort. Précurseur de l’état moderne, il dévoue sa vie à l’unification du pays et à la restauration de l’autorité royale à l’intérieur et à l’extérieur des frontières. Son Testament politique nous livre la vision pragmatique d’un homme d’état pour qui « Les intérêts publics doivent être l’unique fin du prince et de ses conseillers. »

Suarez, francisco (1548-1617)

Philosophe, juriste espagnol dont les travaux et l’influence le rendent en son temps incontournable. Il a ses entrées au Vatican et à la cour du roi d’Espagne. Selon Suarez, les Etats ne pouvant ne suffire à eux-mêmes, il est nécessaire de mettre en place une communauté supranationale, régie par le droit naturel et le droit international. C’est sur ce dernier domaine en particulier que se portent la réflexion et les travaux de Suarez. Son plus célèbre ouvrage, Disputationes Metaphysicae, est considéré comme un des fondements de la modernité métaphysique.

Mazarin, Jules (1602-1661)

Italien de naissance, il rencontre Louis XIII et Richelieu lors des négociations pour le traité de Ratisbonne en 1630. Naturalisé français, il est attaché au service de Richelieu et lui succède, après sa mort, en tant que principal ministre d’Etat. Il est fait cardinal en 1641. Parain du dauphin Louis XIV, à la mort de Louis XIII la régente Anne d’Autriche le nomme 1er ministre de la France. Tout son effort va consister à consolider le pouvoir absolu du roi, à l’intérieur du pays et à l’extérieur par son habileté politique et par la guerre.

Le Bret, Cardin (1558-1655)

Cardin Le Bret, seigneur de Flacourt, est un jurisconsulte, conseiller d’État et chargé de plusieurs commissions sous le ministère Richelieu. Outre de nombreux arrêts et commentaires juridiques, il est l’auteur d’un Traité de la souveraineté du roi, de son domaine et de sa couronne (1632), qui fait de lui l’un des principaux théoriciens de l’absolutisme.

Filmer, Robert (1588-1653)

Sir Robert Filmer, philosophe et politicien anglais, il est le représentant des défenseurs des droits divins du roi et de la monarchie absolue, théorie qu’il justifie en convoquant notamment la Bible, Platon, Aristote et en étendant ses réflexions aux champs religieux, historique et juridique. Sa position radicale attire les critiques et les inimitiés des tenants du droit naturel et de théoriciens plus libéraux : Hobbes, Locke, Rousseau… Ce dernier fustige le Patriarcha et le décrit comme un « odieux système ».

Hobbes, Thomas (1588-1679)

Le Léviathan ou La Matière, la forme et la puissance d'un État ecclésiastique et civil (1651), texte fondateur de la philosophie politique moderne, est d’emblée envisagé comme tel par son auteur qui veut dépasser la référence platonicienne et repenser le corps politique (Etat, république) à la lumière de la raison. Il y traite dans une première partie de l’homme, fait de passions, que le langage permet d’ordonner au bien commun. Puis de l’Etat (Common-Wealth) qui repose sur un contrat entre les individus et les institutions politiques qui les gouvernent.

Silhon, Jean de (1596-1667)

Jean de Silhon est un philosophe, écrivain et homme politique français, il est secrétaire de Richelieu avant de devenir conseiller d'État. Il participe à la rédaction des statuts de l’Académie française en 1634, avant son inauguration, et en devient l’un des premiers membres. Très estimé de ses contemporains – Bayle le décrit « sans contredit l'un des plus solides et des plus judicieux auteurs de son siècle » – il correspond régulièrement avec Descartes. Parmi ses œuvres, signalons Les deux vérités (1626) et L'immortalité de l’âme (1634).

Balzac, Jean Louis Guez de (1597-1654)

Maître de la littérature épistolaire, l’un des premiers membres de l’Académie française, ce sont les ambitions politiques déçues de Guez de Balzac qui le poussent à se retirer en Charentes. Il y développe une correspondance dont l’éloquence est saluée par un succès considérable lors d’une première publication en recueil, en 1624. Son influence est posée. Il compose aussi des pamphlets et traités politiques parmi lesquels, Le Prince, qui dresse le portrait du souverain idéal, Aristippe, sur les mœurs de la cour, Le Barbon, contre les pédants, ou Le Socrate chrétien, panégyrique de la religion catholique.

Harrington, James (1611-1677)

James Harrington est un philosophe anglais républicain, opposé à l’autoritarisme de Cromwell. Il divise l’histoire en deux âges : celui du gouvernement par les lois, qui est celui des cités antiques, et celui du gouvernement par les hommes, qui prévaut depuis les invasions barbares. Le programme de Harrington consiste à rétablir l’ordre civique antique. Son ouvrage utopique The Commonwealth of Oceana décrit la république idéale telle qu’il la conçoit.

Pascal, Blaise (1623-1662)

Pascal reçoit une formation humaniste englobant les matières littéraires et scientifiques. A 16 ans, il est attaché par Richelieu au service de la couronne à laquelle il reste fidèle toute sa vie. A la suite d'une expérience mystique, il se rapproche du groupe de Port-Royal et commence la composition des Pensées. La critique du pouvoir qui y est  formulée s’accompagne d’un pragmatisme qui récuse la révolte, génératrice de violences et impuissante à établir un ordre plus juste. Son influence repose sur un grand art rhétorique et littéraire qui rend accessible à tous sa réflexion sur la condition humaine.

Bossuet, Jacques-Bénigne (1627-1704)

Précepteur du jeune Dauphin en 1670, Bossuet écrit plusieurs traités pour la formation intellectuelle du futur roi. Parmi ces œuvres, la Politique tirée des propres paroles de l’Écriture sainte (publication posthume en 1709) constitue une exposition de la doctrine de la monarchie absolue de droit divin, justifiée à partir de citations bibliques.

Spinoza, Baruch (1632-1677)

La philosophie de Spinoza est un cheminement vers la joie et la liberté, un passage de l’erreur qui enchaîne à la vérité qui libère. Violemment attaqué pour l’athéisme de sa doctrine morale, il compose le Traité théologico-politique (1670), pour critiquer les préjugés des théologiens et défendre la liberté de philosopher. Très isolé, il est soutenu par les libertins érudits qui introduisent sa pensée en France, et s’en nourrissent dans leur lutte contre la dogmatique chrétienne. Son Traité politique (1677), dans la continuité de Hobbes, propose une théorie du droit naturel et du contrat social annonciatrice des théories de la société civile

Pufendorf, Samuel von (1632-1694)

Fils de pasteur luthérien anobli pour son service de conseiller et d’historiographe à l’Electeur de Brandebourg, titulaire d’une chaire de droit naturel et de droit des nations à Heidelberg, Pufendorf crée la controverse avec sa vision critique de la Constitution de l’Empire germanique (1673). Il est connu pour sa théorie de la « sociabilité naturelle » et du droit naturel développée dans le Droit de la nature et des gens (1672), son analyse du pouvoir souverain et sa théorie d’un « double contrat », qui pose la soumission volontaire au fondement de l’institution du pouvoir.

Locke, John (1632-1704)

Philosophe empiriste anglais, Locke construit une œuvre politique tournée vers la vie sociale des hommes. Son Traité du gouvernement civil (1660), réfute dans une première partie la thèse absolutiste de Filmer, puis il développe une réflexion sur les « origines, l’ampleur et les fins du gouvernement civil ». On y trouve une analyse de la propriété, droit naturel tirant sa légitimité du travail, qui inspire la Déclaration d’indépendance des Etats-Unis. Son Essai sur l’entendement humain (1690), établissant empiriquement les fondements de la connaissance, aura une grande importance pour la naissance de l’esprit des Lumières.

Leibniz, Gottfried Wilhelm (1646-1716)

Philosophe, mathématicien, juriste, diplomate, théologien, Leibniz est précurseur de l’interdisciplinarité dans la méthode scientifique. Esprit pacifiste et homme politique actif, il rêve de réunir les états européens, de faire l’unité des savants, de rapprocher catholiques et protestants. Ses travaux sur la Jurisprudence, proposent une théorie des probabilités en droit. Sa philosophie problématise l’idée du progrès humain vers le bonheur de façon dynamique : chacun doit prendre conscience de sa participation à l’harmonie universelle. A la suite de son texte sur le Droit de souveraineté et d’ambassade, il devient Conseiller à la Cour de Hanovre.

Fénelon, François (1651-1715)

Précepteur du petit-fils de Louis XIV, Fénelon écrivit à son intention Les aventures de Télémaque, roman éducatif qui constitue une critique voilée du gouvernement de la France des années 1690, et qui entraîna sa disgrâce – ce qui ne l’empêcha pas de connaître un succès d’édition durable à l’échelle européenne. Très critique vis-à-vis de Louis XIV auquel il reproche son absolutisme et son bellicisme, Fénelon a composé d’autres écrits politiques tels que la Lettre à Louis XIV (1694) et l’Examen de conscience sur les devoirs de la royauté (1711), restés secrets jusqu’à sa mort.