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Le peuplier tremble

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29 mars 2021

La moindre brise printanière le fait frissonner : c’est de la grande mobilité de son feuillage que le peuplier tremble tire son appellation commune, de même que son nom scientifique, Populus tremula.

Manfredus de Monte Imperiali, Liber de herbis et plantis, XIVe siècle.

Le peuplier tremble, souvent simplement appelé tremble, appartient au genre Populus, riche d’une trentaine d’espèces. Les peupliers s’identifient notamment à leurs feuilles alternes, le plus souvent ovales ou cordiformes. Dans un manuscrit du Liber de herbis et plantis (ou Tractatus de herbis), leur long pétiole leur permet de fuir le cadre imposé de la page et de s’épanouir dans les marges de cet herbier latin du XIVe siècle. Le peuplier y est loué pour les propriétés médicales de sa résine ou de ses feuilles, employées notamment pour lutter contre la goutte ou les douleurs auriculaires.

De taille plus modeste que ses cousins les peupliers noir ou blanc, le tremble se reconnaît à ses feuilles plutôt rondes et crénelées ainsi qu’à la forme aplatie de ses pétioles souples et flexibles. Ce sont eux qui confèrent à cet arbre la grande mobilité de ses feuilles dès que le vent se lève, et donc ce tremblement si caractéristique, auquel il doit son nom de longue date. Au XIVe siècle déjà, Guillaume de Machaut joue sur le nom du tremble, qu’il fait rimer avec les tremblements de peur de ses personnages dans le Dit du Lion : « Car aussi com la fueille ou tremble, Contre le vent fremist et tremble, Leur trembloient li cuer et jambes ».
Le « frémissement mystérieux » de cet arbre est source de fascination et n’est pas sans inciter à une douce rêverie forestière. Mais ce mouvement perpétuel peut aussi lui conférer un caractère inquiétant : la Mythologie des plantes d’Angelo de Gubernatis rapporte ainsi un proverbe russe qui évoque « un arbre maudit qui tremble, sans que le vent souffle. » Ce tremblement suggère aussi un caractère maladif, comme c’est le cas dans une fable satirique publiée dans le périodique l’Orientation médicale en avril 1933 : le tremble y sert à évoquer des tremblements « alcoolique » et « sénile ».

Les fleurs du tremble prennent la forme de chatons pendants, qui apparaissent avant les feuilles, dès le mois de mars. Les chatons mâles se reconnaissent à leur couleur rougeâtre. Au printemps, comme les autres peupliers, le tremble produit des fruits sous formes de capsules, contenant des graines couvertes de poils blancs qui seront dispersées par le vent.

Arbre forestier, le tremble a des racines moins profondes que celles les autres peupliers et un besoin moindre en eau. Il peut se reproduire rapidement et occuper clairières et lisières : sa capacité à drageonner – en se reproduisant grâce à des rejets naissant de la racine – y est pour beaucoup. Il s’épanouit également en montagne, dans les Alpes comme dans les Pyrénées où on peut le trouver jusqu’à 1700 mètres d’altitude.

Le tremble n’est pas le seul peuplier dont le vent se joue : de l’autre côté de l’Atlantique pousse le Populus tremuloides, ou peuplier faux tremble. Familier des climats froids, ce cousin du tremble, décrit notamment par André Michaux dans sa Flora Boreali-Americana, fait bruisser son feuillage dans les profondes forêts du Canada.

Pour aller plus loin :
La section consacrée aux arbres de la sélection Gallica : La nature en image – les plus beaux ouvrages de botanique illustrés

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