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Histoire des stations thermales

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27 juillet 2020

Très amateurs de balnéothérapie, les Romains ont toujours privilégié les lieux détenteurs d’eaux minérales dans leur politique de conquête territoriale. A la fin de la civilisation gallo-romaine, les stations thermales tombent dans l’oubli jusqu’à ce qu’elles soient redécouvertes au XVIe siècle.

Bagnères-de-Bigorre. Vue des Thermes Marie-Thérèse : [dessin]

Ce sont  tout d’abord les vertus des sources thermales de Eaux-Bonnes et de la station voisine des Eaux-Chaudes en Hautes-Pyrénées qui vont retenir l’attention des autochtones. En effet, le grand-père du futur Henri-IV, Jean d’Albret,  aurait constaté  leur effet bénéfique sur les blessures par arquebuse de ses soldats revenant de la bataille de Pavie. Sa fille Jeanne d'Albret y fit également des cures et s'en trouva bien. Et Henri-IV qui avait fréquenté les lieux pendant son enfance, en garde de si bons souvenirs que devenu roi, il y fait venir ses maîtresses. Si bien qu’en 1603, il nomma par édits et lettres patentes des surintendants chargés de gérer les eaux minérales du royaume de France. Ces mêmes sources sont également réputées guérir les maladies de poitrine, puisque Eaux-Bonnes fut également fréquentée dans sa jeunesse par la future épouse de Napoléon III, Eugénie de Montijo qui y revint ensuite en tant qu’impératrice.

Dans cette même région,  c’est Banières (Bagnères-de-Bigorre) qui recueille à son tour les suffrages de Michel Eyquem de Montaigne. Celui-ci a beaucoup souffert  des douleurs de la pierre (calculs dans la vessie) et de colique. Dans ses Essais, il  se targue d’avoir vu et essayé tous les bains fameux de chrestienté. 
Au siècle suivant, le duc du Maine, bâtard légitimé de Louis XIV et de Madame de Montespan, était atteint d’un vice scrofuleux qui l'avait laissé fort boiteux. La scrofule, plus connue sous le nom d’écrouelles, se caractérisait  par des fistules purulentes localisées sur les ganglions lymphatiques du cou. Ses rhumatismes l'empêchaient même parfois de marcher. Sur les conseils du  médecin du roi Fagon, sa nourrice Françoise d'Aubigné veuve Scarron  décide de l’emmener dans les Hautes-pyrénées en 1675. Dans des conditions de voyage très difficiles, sur des chemins escarpés, l'enfant voyageant en chaise roulante, ils parviennent à Barèges : l’amélioration spectaculaire de l’état de santé du petit duc de nouveau sur pied va contribuer à établir la réputation de ces eaux et dans le même temps à accroître l'influence de la future madame de Maintenon sur le roi.

Au XVIe siècle, Catherine de Médicis s'intéresse également à la station de Vichy (dans l'Allier, région Auvergne Rhône-Alpes) : elle charge Nicolas de Nicolay - qui cumule les fonctions de géographe, diplomate et valet de chambre des rois Henri II puis Charles IX  - d'une étude sur les eaux de Vichy  parue en 1567. Mais c'est surtout grâce à Madame de Sévigné qui souffre d’un rhumatisme goutteux que la station va connaître la notoriété. En 1676, à l'âge de 50 ans, elle se rend à Vichy pour y prendre les eaux. Le traitement thermal consiste d'abord à ingurgiter l'eau de la source
J'ai donc pris des eaux ce matin, ma très-chère : ah, qu'elles sont méchantes ! […] On va à six heures à la fontaine : tout le monde s'y trouve, on boit, et l'on fait une fort vilaine mine; car imaginez-vous qu'elles sont bouillantes, et d'un goût de salpêtre fort désagréable. On tourne, on va, on vient, on se promène, on entend la messe, on rend les eaux, on parle confidemment de la manière qu'on les rend : il n'est question que de cela jusqu'à midi. […] Je me suis assez bien trouvée de mes eaux; j'en ai bu douze verres  : elles m'ont un peu purgée, c'est tout ce qu'on desire.
mais  l'on peut aussi découvrir chez la célèbre épistolière un témoignage très précieux sur le déroulement d'une charmante douche  avec une acception bien-sûr ironique sous sa plume :
J'ai commencé aujourd'hui la douche; c'est une assez bonne répétition du purgatoire. On est toute nue dans un petit lieu souterrain, où l'on trouve un tuyau de cette eau chaude, qu'une femme vous fait aller où vous voulez. J'avais voulu mes deux femmes de chambre, pour voir quelqu'un de connaissance. Derrière un rideau se met quelqu'un qui vous soutient le courage pendant une demi-heure : c'était pour moi un médecin de Gannat […] Il me parlait donc pendant que j'étais au supplice. Représentez-vous un jet d'eau contre quelqu'une de vos parties, toute la plus bouillante que vous puissiez vous imaginer. On met  d'abord l'alarme partout, pour mettre en mouvement tous les esprits; et puis on s'attache aux jointures qui ont été affligées ; mais quand on vient à la nuque du cou, c'est une sorte de feu et de surprise qui ne se  peut comprendre; c'est là cependant le nœud de l'affaire. Il faut tout souffrir, et l'on souffre tout, et l'on n'est point brûlée, et on se met ensuite dans un lit chaud, où l'on sue abondamment, et voilà ce qui guérit.
 
Heureusement un traitement aussi barbare semble porter ses fruits.

 


Veue des bains de Vichy, 1738. Collection de la BIUS

 

Mesdames Adélaïde et Victoire, filles de Louis XV ont également contribué à faire connaître Vichy. Elles y vinrent en toute simplicité avec une suite de deux cent soixante personnes et soixante chevaux. Puis la duchesse d'Angoulême, fille de Marie-Antoinette et de Louis XVI, y séjourna également en 1814 dans le vain espoir de soigner sa stérilité. En 1861, Napoléon III arriva à Vichy pour y soigner des calculs dans la vessie. Chaque année, il revint y faire une cure.

Moins connu que Vichy, citons Pougues (Pougues-les-Eaux dans la Nièvre, région Bourgogne Franche-Comté) dont les eaux minérales semblaient accomplir des miracles : Henri III, le quatrième fils de Catherine de Médicis et de Henri II sur les conseils de son médecin Miron vint y  prendre les eaux  et se déclara guéri.  En 1603, Henri IV vient y soigner des coliques néphrétiques, puis la goutte. Presque tous les rois jusqu'à Louis XIV lui-même sont venus à Pougues.
En Normandie, les différentes sources thermales de Forges-les-Eaux étaient réputées pour soigner les maladies des voies urinaires, les affections utérines et la stérilité. Dans la décennie 1630,  Louis XIII et son épouse Anne d’Autriche y prennent les eaux. Le roi était atteint d’une maladie intestinale. Les historiens de la médecine ont émis l’hypothèse qu’il s’agissait  peut-être de la maladie de Crohn - c’est-à-dire d'une inflammation chronique du système digestif. La reine qui attendra vingt ans avant d’avoir son premier enfant  tente d’y soigner sa stérilité. Enfin en 1655, suite à ses nombreuses conquêtes féminines, le jeune roi Louis XIV semble avoir contracté ce que son médecin de l’époque se refuse pudiquement à reconnaître comme une maladie vénérienne.

Le 7 septembre 1655, Vallot va trouver résolument le roi et l'adjure de ne pas différer davantage à se traiter sérieusement. Il lui représente les terribles conséquences qui peuvent résulter de son indifférence, lui détaille toutes les infirmités qui l'attendent, finit par exiger un témoignage indéniable de confiance. Le roi, vivement ému, s'en remet à son médecin de tout ce qu'il pourra décider, et accepte, pour commencer, de prendre les eaux de Forges, que lui conseille Vallot. Peu de temps après, Louis XIV partait de Paris pour Fontainebleau, où l'on faisait apporter, tous les  jours, « par des officiers du gobelet à cheval », des eaux de Forges ; des relais d'hommes à pied en apportaient, en outre, toute la matinée, une « flottée », dont le roi usait à la manière ordinaire, non sans avoir été préparé par la saignée, après la purgation.
Dans les Vosges, Plombières connut une curiste célèbre en la personne de l'impératrice Joséphine qui tentait désespérément de donner un héritier à Napoléon 1er avant sa répudiation.
Dans cette même région, Contréxeville, connue pour les vertus de la source du Pavillon dans les cas de gravelle, attira de nombreux aristocrates comme le Comte d'Artois qui s'y fit même construire une maison.
 
On voit sans surprise que  les influenceurs de l’époque étaient les têtes couronnées ou leur proche entourage. Ce sont eux qui mirent les stations thermales au goût du jour. A une époque où la médecine était encore tâtonnante, les médecins attachés à la famille royale souvent impuissants devant les nombreux maux dont souffraient leurs illustres patients, n’hésitaient pas en désespoir de cause à les envoyer vers des sources disséminées dans diverses régions.
 

Pour aller plus loin, découvrez les sélections du parcours Se soigner par les eaux.
 

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