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Nicole Girard-Mangin, médecin et suffragette

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19 février 2019

Il y a cent ans, en 1919, mourait le docteur Nicole Girard-Mangin. Son nom est passé à la postérité car, à la suite d’une erreur des autorités militaires, elle fut  la seule femme médecin envoyée au front pendant la Grande Guerre. Cet épisode l'a d'ailleurs probablement incitée à se rapprocher du mouvement des suffragettes, premières féministes en ce début de XXe siècle.
Nicole Mangin est née à Paris en 1878. En 1896, à 18 ans, elle entame des études de médecine. Elle fait partie de ces générations d'étudiantes pour lesquelles la voie semble désormais ouverte. Certes l'année 1875 voit Madeleine Brès devenir la première Française docteur en médecine. Pour autant, cela n’aplanit pas vraiment le terrain pour les suivantes. Même si l’externat s’ouvre aux femmes en 1882, 90 internes soutenus par des médecins et chirurgiens signent une pétition s'opposant à leur candidature à l'internat, arguant de ce que
Les femmes n'ont pas  les  aptitudes  physiques nécessaires, n'ont pas non  plus les qualités morales, ni intellectuelles suffisantes, sans compter les inconvénients de la salle de garde...
Les débats sont houleux comme l'atteste un article paru dans le Progrès médical en 1884. Grâce à une contre-pétition émanant d'éminents confrères, un arrêté préfectoral de 1885 donne enfin satisfaction aux étudiantes. Pourtant, en 1887, à la Faculté de Paris, on dénombre seulement 12 Françaises sur les 114 candidates issues en majorité des pays de l’Est. 
 
Après trois années d'études, Nicole Girard-Mangin épouse un producteur de champagne et travaille à ses côtés. Ce n'est qu'après son divorce en 1903 qu'elle reprend ses études. En 1909, elle soutient sa thèse de médecine sur les Poisons cancéreux. Notre doctoresse oriente ensuite ses recherches vers une autre pathologie. En effet, dès le début du vingtième siècle, le corps médical se trouve confronté à un véritable fléau : la tuberculose à laquelle on impute 200 000 décès chaque année. Le collaborateur de Pasteur, le professeur Albert Calmette, imagine alors  un nouveau modèle de dispensaire qui cherche à s’adapter au caractère social de la maladie en intégrant des notions d’assistance, de prophylaxie et d’éducation. En 1914, le docteur Girard-Mangin assure la direction du dispensaire antituberculeux de l’hôpital de Beaujon sis à l’époque dans le 8e arrondissement de Paris et rédige un Guide antituberculeux cette même année.
 

N. Girard-Mangin, médecin en chef et sa chienne Dun

En août 1914, lorsque la première guerre mondiale éclate, le docteur Girard-Mangin se porte volontaire et, suite à une erreur de l’administration qui croit s'adresser à un homme, elle est mobilisée. Elle se garde bien de dissiper le malentendu et est affectée dans une unité de soins des typhiques à Verdun. Le typhus est une épidémie concomitante aux périodes de guerre avec ses mouvements de populations. La jeune femme refuse d’abandonner ses patients lors de l’évacuation de la zone de Verdun détruite par les bombardements. Le courage et le dévouement dont elle fait preuve sont salués dans la presse. Les démêlés de la jeune femme avec l’administration militaire – qui, lorsqu’elle réalise à qui elle a affaire, prétend la rémunèrer comme une simple infirmière - ne sont probablement pas étrangers à sa vocation naissante de suffragette. Elle accède toutefois au grade de médecin-major en 1916 et devient ainsi la seule femme médecin envoyée au front pendant la Grande Guerre. En 1918, une circulaire ministérielle régularise enfin la situation des femmes médecins travaillant dans les hôpitaux militaires.

 

Inauguration de l'hôpital-école Edith Cavell, 64 rue Desnouettes à Paris, le 11 octobre 1916 / [Agence Rol]

Fin 1916, la voici nommée à la tête du nouvel hôpital-école Edith Cavell à Paris. La mission de cet établissement est de former rapidement des infirmières professionnelles. On en manque cruellement à l’époque du conflit, même si la Croix-Rouge avait dispensé des formations sanitaires à ses 68 000 infirmières bénévoles. En effet, l’Etat-major ne prend conscience que tardivement en 1912 de l’insuffisance de son service de santé aux armées et pallie aux sous-effectifs avec l’emploi d’infirmières temporaires dans les hôpitaux militaires pendant la durée du conflit.

Après la guerre, cette féministe donne des conférences à la Croix-Rouge sur le rôle des femmes en 1914-1918 ; son parcours professionnel est d'ailleurs cité dans l'argumentaire des suffragettes qui militent pour le vote des femmes.
Alors que la presse a pu invoquer pudiquement une embolie, Nicole Girard-Mangin est probablement victime de ce que l’on n’appelait pas encore un « burnout ». Nerveusement épuisée, elle se donne la mort en avalant des médicaments à l’âge de 41 ans.

 

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