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Versailles : l'art des fontaines

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5 juin 2020

Alors que le domaine de Versailles ouvre de nouveau aux visiteurs, Gallica vous emmène à la découverte de ses fontaines et de l'art de les mettre en eau.

A partir de 1661, au moment où le jeune Louis XIV décide l'aménagement du domaine et jusqu'à la fin du XVIIe siècle, les jardins du château de Versailles s'ornent de fontaines et de bosquets. Certains de ces jeux d'eau et sculptures ont disparu aujourd'hui, comme la Grotte de Thétis, le  Labyrinthe, le Théâtre d'eau, L'Isle royale, L'Arc de triomphe ; d'autres ont été transformés au fil du temps comme le bassin de Latone ou les bains d'Apollon.

On compte actuellement près de 2000 bassins et jeux d'eau qui témoignent de cet art des fontaines et de la maîtrise hydraulique.

 
C'est à la Renaissance que les fontaines sont réinventées. La redécouverte des travaux antiques sur l'hydraulique, comme le Pneumatique d'Héron d'Alexandrie, se conjugue avec une nouvelle esthétique du jardin, devenu lieu d'agrément, tel que mis en scène par le Songe de Poliphile de Francesco Colonna (1453-1523). L'ouvrage rencontre un vif succès et de très nombreuses fontaines réalisées le siècle suivant s'inspirent des gravures qui l'accompagnent. Ainsi la fontaine de la pyramide d'eau, réalisée par François Girardon entre 1668 et 1670 à Versailles, fait directement référence à l'univers du songe, avec ses dragons et ses créatures aquatiques.

En Italie, l'engouement pour les fontaines et les jeux d'eau se manifeste dès le XVIe siècle, pour agrémenter, de manière ingénieuse, les jardins des nouvelles villas qui se construisent. Les jardins de Tivoli de la villa d'Este, dont les travaux commencent en 1550, sont particulièrement représentatifs de ces jeux d'eau, en partie réalisés par Pirro Ligorio (1500-1583) et que Montaigne décrit dans son Journal de Voyage.

Le français Salomon de Caus (1576-1625) publie en 1615 La Raison des forces mouvantes décrivant des machines mues par des systèmes hydrauliques et réalise les jeux d'eau de l'Hortus Palatinus à Heidelberg, participant ainsi à la diffusion des connaissances et à l'engouement pour les effets d'eau en Europe du nord. Enfin, le château de Vaux le vicomte, que Nicolas Fouquet fait construire, comporte en 1661 un jardin aménagé par André Le Nôtre et des fontaines réalisées par les fontainiers Robillard et Denis Jolly.
 
Le domaine de Versailles que Louis XIV s'apprête à transformer est d'abord un domaine de chasse. Le parc initial est peu important et le site comporte des inconvénients : le château est en hauteur, sur une butte qui domine des zones marécageuses. Pourtant, il faut remédier à cet état naturel pour permettre l'installation d'un parc qui s'inspire des jeux d'eau déjà réalisés mais qui se veut unique par son ampleur, par le nombre de ses bassins et par ses fontaines à jets impressionnants comme celui de l'Encelade ou celui de l'obélisque – fontaine remaniée par Jules Hardouin Mansart en 1704 – qui atteignent 23 mètres de hauteur.

L'alimentation en eau pour assurer le fonctionnement de ces fontaines est le premier défi à relever. Plusieurs solutions et techniques sont éprouvées : pompage des étangs de Clagny, création d'un vaste réseau d'étangs inférieurs et supérieurs dans les environs de Versailles, ou mise en place de la machine de Marly en 1684 pompant l'eau de la Seine de ses 221 pompes.
 

Une fois acheminée jusqu'à Versailles, l'eau rejoint des bassins de stockage comme les réservoirs de Montbauron, qui alimentent, par conduites, des réservoirs proches du châteaux. Ceux-ci ont différentes hauteurs pour utiliser l'effet de la gravitation. On compte en effet 32 mètres de dénivelé entre le point culminant, les parterres devant le château, et le grand canal, et plus de 10 mètres entre les parterres et le bassin de Latone.

Plusieurs réservoirs sont construits comme le réservoir de la Tour d'eau, puis celui de la grotte de Thétis et trois réservoirs de glaise, dits réservoirs des Ailes, qui sont indiqués sur les plans des jardins. En 1684, on construit le château d'eau dont le toit a une capacité de stockage de 1200 m3 permettant la mise en eau du bassin du dragon, du bassin de Neptune et de la fontaine de l'Encelade.

Lorsque toutes les fontaines sont en eaux, elles consomment, en 1715, la totalité des 69 000 muids (un muid équivaut à environ 130 litres) d'eau en trois heures de temps. Le circuit d'alimentation du parc et des canalisations, détaillé par la Revue de mécanique en 1906, met en évidence le rôle nodal du bassin de Latone. Le bassin reçoit l'eau des parterres et des fontaines de la terrasse pour l'alimentation de ses nombreux jets principaux, puis la redistribue vers les bassins et fontaines en contrebas grâce à un réseau de canalisations, dit l'« araignée », en-dessous du bassin. Bassin central pour le circuit de l'eau, le bassin de Latone est également une pièce centrale du petit parc. Le groupe sculpté par Gaspard et Baltazar Marsy en 1670 est placé en 1686 sur des vasques concentriques et tourné vers le grand canal. L'ensemble représente Latone et ses deux enfants Apollon et Diane qui, moqués et pourchassés par les paysans de Lycie, implorent Jupiter. L'intervention de celui-ci se manifeste dans les métamorphoses des paysans en lézards et grenouilles.

Aux côtés du jardinier, du sculpteur ou de l'architecte, un autre corps de métier revêt une importance primordiale, celui du fontainier qui est aussi une charge transmissible. Le rôle du fontainier est multiple. A la fois ingénieur hydraulicien, concepteur de machines et de jeux hydrauliques ou plombier, comme l'indiquent les Comptes des bâtiments du roi, le fontainier s'occupe de l'entretien des fontaines et de leur mise en eau.

Plusieurs figures notables interviennent à Versailles comme Denis Jolly, qui assure une partie de la conception de la grotte de Thétis. Mais convaincu de fraude sur le plomb, il doit céder sa place à Claude Denis, maître fontainier, commandant des fontaines de la ville et des parcs. La famille Francine est également emblématique de ce métier. Thomas Francini, venu d'Italie, s'occupe des jeux d'eau du château de Saint-Germain sous Henri IV et son petit-fils, Pierre de Francine, est chargé par Louis XIV de la distribution des eaux dans le parc de Versailles.

C'est bien l'association de ces différents métiers qui permet l'élaboration de fontaines comme celle du bosquet de la salle de bal ou des rocailles, inaugurée en 1685, avec ses trois cascades encadrant des gradins de rocaille, faite de coquillages rapportés d'Afrique par le rocailleur Charles Berthier.

L'art des fontaines se manifeste également par la maîtrise de la technique du plomb, matériau constitutif des tuyaux. L'Art du plombier et fontainier paru en 1773 détaille l'assemblage des tuyaux de plomb entre eux grâce à la soudure à la louche. De l'étain liquide est versé depuis une louche sur les deux tuyaux à souder. On utilise ensuite un fer Mahon (figure D sur la planche ci-dessous extraite de l'ouvrage) qui donne à la soudure un aspect côtelé et, dit-on, propre à chaque artisan. La figure du plombier, telle que représentée au XVIIIe siècle, est ainsi assortie de ces outils emblématiques : la forge portative, la louche et le fer Mahon. A l'extrémité des tuyaux, des ajutages de différentes formes permettent de varier les effets d'eau : en pluie, en gerbe ou en gros bouillons.
 

Les fontaines constituent une mise en scène, un spectacle. Louis XIV utilise dès l'origine le cadre des bosquets et des jeux d'eau dans la glorification de son règne. Les fontaines sont mises en eau lors des promenades royales, le coup de sifflet permettant aux fontainiers d'actionner les jeux d'eau grâce à leur clé-lyre à l'approche du roi, afin de limiter la consommation en eau, dont l'approvisionnement reste problématique. Des fêtes dites « extraordinaires » sont aussi données dans le parc comme celle des plaisirs de l'Ile enchantée entre les 7 et 13 mai 1674 : courses, théâtre, musique et ballets prennent place dans les allées et bosquets et se concluent sur un spectacle nautique et un feu d'artifice. Les siècles suivants, les bassins et la mise en eau des fontaines continuent d'être le théâtre de fêtes et attirent toujours les visiteurs.

 

Pour fêter le retour des Grandes Eaux Musicales du Château de Versailles, Gallica part en Live dans le parc du château, et vous emmène découvrir l’histoire de ses fontaines ! 
 

 

Pour en savoir plus

L'approvisionnement en eau des jardins de Versailles sous Louis XIV par Luc Menapace
André Le Nôtre (1613-1700) par Nathalie Hersent

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