Marc-Antoine Charpentier (1643-1704) a légué à la postérité une œuvre musicale d’une ampleur exceptionnelle, tant par la diversité des compositions que par leur nombre. Le compositeur, reconnu et apprécié à son époque, tomba dans l’oubli au XVIIIe siècle et ce n’est qu’au début du XXe siècle que ses œuvres furent peu à peu redécouvertes. Charpentier avait travaillé pour plusieurs personnages haut placés : Mademoiselle de Guise, le Dauphin, Philippe d’Orléans, duc de Chartres. Il collabora aussi avec Molière et sa troupe après la rupture de celui-ci avec Lully. Il dirigea la musique de l’église Saint-Louis des Jésuites à Paris, puis de la Sainte-Chapelle du Palais à la fin de sa vie. Cependant, ses affinités avec l’esthétique italianisante et de malheureux concours de circonstances le tinrent à l’écart de l’entourage de Louis XIV, bien que le roi lui accordât une pension et acceptât la dédicace de son opéra Médée, en 1694. Cela eut d’indéniables répercussions sur la diffusion et la publication de sa musique. En effet, du vivant du compositeur, bien peu de ses œuvres furent éditées : seuls un petit recueil d’Airs de la comédie de Circé et Médée parurent chez l'éditeur musical Ballard.

Tout au long de sa vie, Charpentier avait méthodiquement et soigneusement copié et classé ses œuvres. A son décès, l’ensemble de ses manuscrits revinrent à son neveu Jacques Edouard. Celui-ci, lui-même éditeur de musique, tenta de commencer l’édition de ce précieux héritage, publiant notamment un recueil de Motets melez de symphonie (1709). Mais la tentative tourna court. En juillet 1712, Edouard offrit par annonce dans le dans le Journal historique de Verdun de vendre ou de céder les vingt-huit volumes de musique manuscrite de son oncle, sans résultat.

C’est enfin la bibliothèque royale qui acquit la collection intégrale pour le modeste prix de 300 livres, le 20 novembre 1727. Les vingt-huit volumes des Meslanges de Charpentier sont ainsi parvenus intacts jusqu’à nous. Réunissant plus de cinq cents œuvres, cette collection comprend la presque totalité des compositions de Marc-Antoine Charpentier. La plupart demeurent des exemplaires uniques sans lesquels nous ne connaîtrions rien des débuts de l’oratorio introduit en France par le compositeur dès les années 1670 (par exemple, Historia Esther) ni des des premiers exemples de cantates françaises (parmi lesquelles Orphée descendant aux enfers). La collection comprend aussi les admirables Leçons de Ténèbres, mais également d’innombrables motets, des pastorales, des divertissements, des intermèdes et de la musique instrumentale, représentatifs de la diversité des intérêts de Charpentier.