L’invention de l’estampe à l’aube du XVe siècle constitue un phénomène essentiel pour l’histoire de l’art en Occident, permettant enfin de diffuser des images multipliables à l’identique, cinquante ans avant l’invention de l’imprimerie par Gutenberg. Une partie de ces estampes incunables gravées sur bois et au burin, venant d’Europe du Nord, est aujourd’hui accessible sur Gallica. En quelques décennies ce nouvel art se perfectionne et voit l’émergence des premiers grands maîtres de l’estampe dès la fin du XVe siècle : Martin Schongauer en Allemagne et son élève Albrecht Dürer, génie inégalé. Au début du XVIe siècle la production commence à s’organiser, apparaissent les premiers graveurs d’interprétation au service des grands peintres, à l’image de Marcantonio Raimondi pour Raphaël. Les usages de l’estampe se diversifient, telles ces gravures sur bois collées dans des couvercles de coffrets, et le marché se sectorise : ainsi à Paris dans la seconde moitié du XVIe siècle se concentre rue Montorgueil une production de grandes gravures sur bois semi populaires.

Martin Schongauer (1450?-1491)

Fils d’un orfèvre originaire d’Augsbourg, Martin Schongauer naît à Colmar, probablement vers 1450 et est actif dans la région du Rhin supérieur jusqu’à sa mort en 1491. Peintre illustre, dont l’œuvre la plus célèbre est la Vierge au buisson de roses (1473, église des Dominicains de Colmar), il fut aussi un graveur d’exception. Il a sans doute suivi une première formation dans l’atelier paternel, qui lui permet d’acquérir une maîtrise parfaite du travail du métal et du burin.

Les coffrets à estampe

Dénommés parfois, à mauvais escient, coffrets de pélerinage ou coffrets de messager, ces coffrets à estampe sont de dimensions modestes, gainés de cuir et munis de ferrures d'acier. Leur intérêt principal réside dans la présence d'une estampe contrecollée à l'intérieur : gravées sur bois, coloriées au pochoir, ces estampes qui présentent le plus souvent des scènes religieuses ont été produites à Paris entre 1490 et 1550 et sont donc de véritables incunables de la gravure sur bois. Quinze coffrets de ce type sont aujourd'hui conservés dans les collections de la BnF, sur les quelques 130 exemplaires recensés dans le monde.

Les incunables de l'estampe

Parmi les quelques deux cents incunables de la gravure du département des estampes et de la photographie, soixante-dix-sept d’entre eux ont été exposés en 2013 au Louvre pour évoquer l’apparition de l’estampe en Occident au XVe siècle. Représentant  essentiellement la production de l’Europe du Nord (Allemagne, Pays-Bas, France) ces estampes offrent divers exemples des techniques expérimentées par les premiers graveurs : xylographie, gravure sur métal en relief et gravure au burin, et montrent l’évolution de ce nouvel art des toutes premières gravures sur bois en Allemagne vers 1400 jusqu’au début de la carrière de Martin Schongauer.

Albrecht Dürer (1471-1528)

Peintre et graveur allemand installé à Nuremberg, où il naît en 1471 et meurt en 1528, Albrecht Dürer est l’un des plus grands artistes de son temps. Il reçut d’abord une formation d’orfèvre dans l’atelier paternel, avant d’entrer en apprentissage auprès du premier peintre de Nuremberg, Michael Wolgemut. Il compléta par la suite sa formation par plusieurs voyages, un à travers l'Europe du Nord, deux à Venise et un en Flandres, ce qui lui permit d’opérer une synthèse pleinement maîtrisée entre l’art nordique et l’art italien.

Marcantonio Raimondi (1480?-1534?)

Marcantonio Raimondi, orfèvre et graveur au burin bolonais, est considéré comme l’un des premiers graveurs d’interprétation de l’histoire de l’estampe. Il défraya la chronique en contrefaisant au burin, à Venise, des gravures sur bois de Dürer, ce qui lui aurait valu des poursuites judiciaires. Mais il doit surtout sa renommée à la célébrité du grand peintre de la Renaissance Raphaël dont il fut à Rome l’interprète attitré de 1510 à 1527, et à ce titre eut toujours une place privilégiée dans les collections d’estampes dès le XVIe siècle. Dans son atelier se formèrent les graveurs Agostino Veneziano et Marco Dente.

Les estampes de la rue Montorgueil

Autour de 1550-1560, de nombreux imagiers, marchands d'estampe et graveurs s'établissent rue Montorgueil, dans le quartier de Saint-Eustache. Leur production se caractérise, d'un point de vue technique, par l'usage de la gravure sur bois, d'un point de vue artistique par l'influence marquée de l'École de Fontainebleau autant que des graveurs flamands. Elle se décline en gravures de dimensions importantes, à sujet religieux et souvent conçues en séries de six pièces. Témoins d'une imagerie populaire, ces estampes avaient semble-t-il pour destination la décoration ou la catéchèse. Tirées en nombre, peu d'exemplaires nous sont cependant parvenus. Paru en 2015, le catalogue "Gravures de la rue Montorgueil" offre un inventaire complet de cette production et de ses éditeurs.