Boulainvilliers, Henri de (1658-1722)

Représentant de la réaction nobiliaire à la fin du règne de Louis XIV, il est l’auteur de plusieurs ouvrages, notamment l’Histoire de l’ancien gouvernement de la France et les quatorze Lettres sur les parlements ou États généraux, dans lesquels il se fait le défenseur du système féodal contre l’absolutisme capétien. Il fait également l’anlayse des causes historiques du déclin de la noblesse, qu’il fait remonter aux Croisades.

Vico, Giambattista (1668-1744)

Vico est un homme de lettres italien, titulaire à partir de 1699 de la chaire de rhétorique à l’université de Naples. Il se considère lui-même comme un philosophe politique, engagé dans la cité. Son œuvre majeure, la Science nouvelle, qui a pour objet le « monde des nations », se propose de trouver les fondements de la raison dans l’étude des communautés humaines et de leur évolution. Il fait ainsi apparaître la complexité de la notion de progrès et pose aussi les prémisses de la philosophie romantique de l’histoire.

Dubos, Jean-Baptiste (1670-1742)

L’abbé Dubos est un diplomate et historien dont l’ouvrage le plus connu est l’Histoire critique de l’établissement de la monarchie française dans les Gaules. Il y développe l’idée que la monarchie française a toujours été héréditaire et absolue, en opposition aux idées des partisans de la réaction nobiliaire comme Boulainvilliers.

Montesquieu, Charles-Louis de Secondat, baron de (1689-1755)

Juriste de formation, avocat, parlementaire puis président à mortier au parlement de Bordeaux, Montesquieu renouvelle la philosophie politique en confrontant ses concepts à l’étude concrète de la société. Les Lettres persanes utilisent la fiction pour faire une satire de la France du temps. L’Esprit des lois dégage les logiques politique, culturelle, géographique au principe des différents systèmes juridiques étudiés et défend le principe d’un équilibre entre les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. Attaqué par les jansénistes qui l’accusent de « spinozisme » il publie en 1750 une Défense de l’Esprit des lois.

Voltaire, François-Marie Arouet, dit (1694-1778)

Figure paradigmatique de l’intellectuel engagé, Voltaire est un infatigable militant de l’esprit des Lumières dont il compose le premier manifeste avec ses Lettres philosophiques (1733) rédigées durant une période d’exil en Angleterre. Les formes multiples que prend son génie littéraire : théâtre, contes, romans, essais historiques, philosophiques, etc., sont toujours orientées vers un but de critique et de transformation sociale. Il aborde directement la question politique dans le Traité sur la tolérance, ou encore ses commentaires à l’Esprit des lois de Montesquieu (en notes, signés "Volt.")

Hume, David (1711-1776)

Philosophe écossais, David Hume est surtout connu pour son Traité de la nature humaine et son Enquête sur l’entendement humain, qui font de lui l’un des fondateurs de l’empirisme moderne. Il est également l’auteur de Discours politiques ainsi que d’une monumentale Histoire de l’Angleterre en six volumes.

Rousseau, Jean-Jacques (1712-1778)

C’est comme musicien que Rousseau traverse la première partie de son existence. Aux alentours de sa quarantième année, il est bouleversé par une espèce d’éblouissement au cours duquel il entrevoit un système nouveau d’organisation sociale basé sur la certitude d’un état primitif, naturellement bon, de l’homme. C’est le début d’une œuvre écrite qui rencontre un écho considérable et suscite de nombreuses controverses. Il y propose de réformer touts les aspects du monde social : éducation, mœurs, institutions politiques, droit, religion. Une révolution si complète que Kant, son contemporain, verra en lui « le Newton du monde moral ».

Frédéric II de Prusse (1712-1786)

Célèbre pour son amour de la culture et son amitié avec les philosophes de son temps, en particulier Voltaire, il théorise le despotisme éclairé et l’incarne, dans la seconde moitié du 18e siècle, comme Catherine II de Russie et Joseph II d’Autriche. Ce type de gouvernement allie à l’hérédité de la fonction l’idée d’un contrat de bonne administration unissant le souverain aux populations. A la veille de la révolution française, l’adaptation de l’absolutisme à la philosophie des Lumières n’a pas opposé de véritable alternative à la transition vers un modèle de société démocratique.

Holbach, Paul-Henri Thiry d' (1723-1789)

Holbach collabore à l’Encyclopédie de Diderot pour de nombreux articles scientifiques. Il prend position contre la religion avec Le Christianisme dévoilé, et développe une philosophie politique qui rejette la référence au modèle social anglais et s’inspire des Insurgents d’Amérique. Alliant la contingence universelle et la liberté individuelle, l’effort humain doit aboutir à un pacte social fondé sur le bonheur et le bien être du plus grand nombre. Ses ouvrages politiques, Le Système social, La Politique naturelle, L’Ethocratie, sont compris dans l’approche globale du Système de la nature.

Kant, Emmanuel (1724-1804)

La philosophie critique de Kant place la raison, le jugement et la liberté au centre de son développement spéculatif. Aussi aborde-t-elle en plusieurs occasions la question politique. Il publie en 1785 Qu’est-ce que les Lumières, plaidoyer pour l’exercice libre du jugement au niveau individuel et collectif de la circulation des idées. Très attentif à la Révolution française, il publie en 1795 le Projet de paix perpétuelle qui porte une vision cosmopolite de la société. La Doctrine du droit et le Traité du droit des gens, inclus dans la Métaphysique des mœurs, complètent cet ensemble politique disséminé dans l’œuvre.

Turgot, Anne Robert Jacques, baron de l’Aulne (1727-1781)

Turgot compose ses premiers discours sur le « progrès de l’esprit humain » et les « avantages du christianisme » en tant que prieur à la Sorbonne. Vers 1750, il devient magistrat, participe à l’Encyclopédie et publie des textes sur la tolérance et la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Nommé intendant de la ville de Limoges en 1761, il expérimente des réformes libérales consignées dans ses Réflexions sur la formation et la distribution des richesses, qu’il tentera de mettre en œuvre à l’échelle du pays en tant que contrôleur général des finances de Louis XVI.

Linguet, Simon Nicolas Henri (1736-1794)

Avocat sous l’Ancien Régime, polémiste dans toutes ses activités, il publie Le Fanatisme des philosophes en 1776, pointant le dogmatisme de la raison et l’exaltation quasi-religieuse suscitée par les discours idéologiques. Rayé du barreau, il devient rédacteur au Journal de politique et de littérature. Il publie en 1789 un Mémoire contre le pouvoir arbitraire qui soutient le despotisme éclairé, et s’oppose au libéralisme économique installé par la révolution. Il se retire de la vie publique en 1792, mais sera accusé de soutien à la monarchie pendant la Terreur et guillotiné le 27 juin 1794.

Lolme, Jean-Louis de (1740-1806)

Juriste genevois, Jean-Louis de Lolme (ou Delolme) exerce d’abord la profession d’avocat, avant de s’exiler suite à la publication de son pamphlet Examen de trois parts de droit, où il exprime des opinions démocratiques. Installé en Angleterre, il compose d’autres écrits politiques, dont la Constitution de l’Angleterre (1771), où, à la suite de Montesquieu, il se fait le défenseur du système de monarchie constitutionnel à l’anglaise.

Condorcet, Marie Jean Antoine Nicolas Caritat marquis de (1743-1794)

Mathématicien célèbre pour ses travaux statistiques appliqués aux systèmes de vote (1785), économiste, philosophe, rédacteur de l’Encyclopédie, Condorcet est un représentant des Lumières engagé dans  lutte pour les libertés religieuse, économique, politique. Ses Réflexions sur l’esclavage (1781), ou ses Lettres d’un théologien (1775), participent aux débats avant-coureurs de la Révolution française. Il rédige son Tableau historique des progrès de l'esprit humain peu avant son arrestation par la Convention nationale. Il se donne la mort en prison le 29 mars 1794.