Le livre, cet « assemblage d’un assez grand nombre de feuilles portant des signes destinés à être lus » (Le Nouveau Petit Robert) n’a pas toujours eu la forme tenue pour classique en Occident — celle du codex, apparue au début de l’ère chrétienne : volume constitué de cahiers et pourvu d’une couverture permettant de le tenir fermé. Il a pu se présenter en d’autres temps et lieux sous la forme de tablettes d’argile, de stèles de pierre, de rouleaux de papyrus, de tablettes enduites de cire, de feuilles de végétaux, d’étoffes, etc. Sans oublier que de nos jours il peut aussi se résumer à un enregistrement numérique lisible sur écran.

L’histoire de cet objet nous en dit beaucoup sur sa conception, son influence et sur les usages qui ont pu en être faits. La forme codex, qui a caractérisé le livre manuscrit de la fin de l’Antiquité et du Moyen Âge, puis le volume imprimé de la « galaxie Gutenberg » (Marshall McLuhan) — lequel a inauguré les Temps modernes et nous imprègne encore —, marque incontestablement un apogée du développement de l’écrit. Un apogée où chaque avancée civilisationnelle trouve sa traduction voire son origine dans un ou plusieurs livres.

Un apogée où les grands artisans et artistes du livre, auteurs, enlumineurs, copistes, relieurs, parcheminiers, mais aussi plus tard écrivains, imprimeurs, éditeurs, graveurs, créateurs de caractères ou de décors, illustrateurs, papetiers, inventeurs, semblent avoir tous été animés par l’idée d’une cause utile voire noble à illustrer, celle de la diffusion la plus large, parfois même de la propagande.
Consciemment ou non, ces « gens du livre » ont successivement travaillé au service de l’Université et de ses doctrines, de l’Humanisme, de la Réforme puis de la Contre-Réforme, de la Monarchie absolue et de son classicisme, des Lumières, de la Révolution, du Progrès scientifique, économique ou social, de la Diversité culturelle ou de la Pensée unique, etc.
Toutefois, même à l’époque où les historiens l’ont dit « triomphant » (fin XVIIe–début XIXe siècle) en Occident, le livre n’a jamais été placé en situation de « monopole médiatique ». Il a pris toute sa place sur fond d’analphabétisme dans un monde dominé d’abord par la communication orale, avant de connaître la concurrence de la presse, puis de voir émerger, à partir de l’extrême fin du XIXe siècle , une succession de nouveaux supports (cinéma, téléphone, radio, télévision, informatique, Internet), qui ont pu mettre en question sa position, voire ont menacé, selon certains auteurs, son existence même. Ce serait pourtant une lourde erreur que de dire le livre « condamné ». Il ne s’est jamais produit ni vendu autant de livres dans l’histoire de l’humanité qu’en ce début de XXIe siècle. Il est donc au moins prématuré de ne l’envisager que sous l’angle d’une sorte d’« archéologie des médias ».
Non seulement la « fin de l’histoire du livre » n’est pas écrite mais « la culture livresque est un enjeu énorme » pour l’humanisme contemporain (Henri-Jean Martin), et l’existence même du livre constitue l’un des gages de la liberté de l’homme moderne.

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