Sciences pour tous, épisode 3 : Camille Flammarion, l’astronomie dans tous ses états

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Publié par Marie Boissière le 16 juin 2017 dans Collections

Nicolas Camille Flammarion (1842-1925) est l’un des grands noms de la vulgarisation des sciences au XIXe siècle, auteur d’un très grand nombre d’ouvrages. Passionné d’astronomie, il a contribué à populariser cette discipline, devenant à la fin du siècle l’astronome le plus célèbre de la planète !

Mr Flammarion, Comte de la Baume Pluvinel, Bosler, Roland Bonaparte, Général Ferrié / Agence Meurisse, 1921

Arrivé à Paris en 1856, il commence à travailler en apprentissage chez un graveur. Grâce à des cours du soir (notamment ceux organisés par l’association polytechnique), il termine ses études en 1858. Passionné d’astronomie, il entre au bureau des calculs de l’Observatoire de Paris en tant qu’« élève astronome ». Mais en 1862, alors qu’il a tout juste vingt ans, la publication de son premier ouvrage, La Pluralité des mondes habités, fait scandale. Il défend en effet la théorie que d’autres planètes puissent être habitées (théorie qui, pourtant, comptait déjà dans les siècles précédents des défenseurs aussi prestigieux que Kepler, Galilée ou Descartes !). Flammarion quitte aussitôt l’Observatoire : les circonstances de cette exclusion sont mal connues mais le contenu du livre n’a sans doute pas plu au directeur, Urbain le Verrier. Pourtant l’ouvrage connaît un grand succès et Flammarion reçoit même les félicitations de… Victor Hugo !

Flammarion a de la ressource : engagé par le Bureau des Longitudes, il entre également à la rédaction d’une revue célèbre de vulgarisation, Cosmos. Comme beaucoup, Flammarion publie ainsi des articles dans de nombreuses revues de vulgarisation ou généralistes (Le Siècle, La revue du XIXe siècle, ou encore L’Illustration). Mais, en 1882, il fonde sa propre revue mensuelle, L’Astronomie. Ses ouvrages ont un grand succès. Ainsi son Astronomie populaire, parue en 1880,  atteint en 1900 le nombre de 100 000 exemplaires vendus. L’ouvrage reçoit également, à sa parution, le prix Montyon de l’Académie française. Flammarion publie chez des éditeurs célèbres comme Hachette ou Hetzel, et bien sûr chez Marpon et Flammarion que son frère, Ernest, fonde.  

À partir de 1865, il donne également des cours et des conférences, notamment à l’association polytechnique ou à la Société des Conférences du boulevard des Capucines, sur l’astronomie mais aussi d’autres sujets, comme l’aéronautique. Cependant, son activité ne se limite pas à Paris : dès 1868, il donne des conférences en Belgique, puis en Italie, et en 1875 il sillonne la France dans une grande tournée de conférences en Bourgogne, Auvergne, Bretagne et Normandie.

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Mr. Flammarion devant la mappemonde des astres / Agence Meurisse, 1921

Parmi tous les sujets, celui qui le fascine le plus est la planète Mars. Evoquée dans La Pluralité des mondes habités, elle fait également l’objet de l’un de ses premiers articles dans Cosmos. Il dresse en 1876 une carte de la planète, prenant en compte ses observations et celles de tous ses prédécesseurs depuis le 17e siècle. Dans la controverse sur les canaux de Schiaparelli (l’astronome italien affirmait avoir observé un réseau de canaux à la surface de Mars), Flammarion choisit évidemment de défendre l’existence de ces derniers – qui conforte sa théorie de l’habitabilité de Mars – même s’il admet ne jamais les avoir observés lui-même. En 1892 il fait paraître un ouvrage entier sur La Planète Mars et ses conditions d'habitabilité.

L’astronomie est également bien présente dans ses romans qualifiés de « sidéraux » : Uranie et Stella. Comme une dizaine d’autres de ses ouvrages teintés de philosophie, ils sont cependant marqués par la passion de Flammarion pour le spiritisme. Cet engouement, qui le pousse à organiser par exemple en 1898 plusieurs séances de spiritisme avec le médium italien Eusapia Palladino, était déjà fort dans sa jeunesse, puisqu’à 19 ans il était déjà membre de la Société parisienne d’études spirites, fondée par Allan Kardec. Cette volonté de mêler astronomie et spiritisme, en rupture avec la tradition rationaliste, est cependant peu appréciée des savants, ce qui lui vaut des critiques. Flammarion veut en effet créer une nouvelle voie dans la vulgarisation de l’astronomie en donnant place à la philosophie, l’imagination, et à la poésie : « à côté de l’admirable astronomie mathématique, à côté de la mécanique céleste, écrit-il, il y avait pourtant place pour une recherche plus idéale, plus poétique, plus vivante ».

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Urania, affiche de G. Galli  / 1890

L’astronomie n’est pas uniquement affaire de livres. Ayant été lui-même un astronome sans instrument, Flammarion déplore à la fin de son Astronomie populaire l’absence d’un lieu parisien propre à faire des observations. Qu’à cela ne tienne : en 1882, un admirateur et astronome amateur, Louis-Eugène Méret, lui fait don d’une propriété à Juvisy-sur-Orge pour « en faire profiter la science » ! Flammarion la transforme en observatoire, y installant en 1884 une coupole et une lunette astronomique. Celui-ci est inauguré en juillet 1887 par l’empereur du Brésil, don Pedro d’Alcantara II. Le 28 janvier 1887, il fonde la Société astronomique de France qu’il préside.

 

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Mr. Flammarion étudiant les astres / Agence Meurisse, 1921

Dans une visée vulgarisatrice, il prend la direction scientifique d’un projet de Cosmorama (avec notamment l’architecte Galleron) pour l’Exposition universelle de 1900. Aussi appelé « Panorama des mondes », il s’agit d’un pavillon de l’Astronomie sous la forme d’une immense sphère soutenue par quatre arches, ayant pour but de présenter l’état du savoir astronomique contemporain sous diverses formes : musée Flammarion, salle de conférence, exposition, panorama céleste sphérique, panorama stéréoscopique, et panorama cinématographique.

L’année 1911 est marquée par la publication de ses Mémoires biographiques et philosophiques, juste avant la célébration de son jubilé scientifique en 1912 : on fête alors les cinquante ans de son premier livre, et les vingt-cinq ans de la Société astronomique de France. Le discours d’Henri Poincaré, célèbre mathématicien et ancien président de ladite société, en est le point d’orgue : « Il est venu un poète qui a su décrire les paysages des cieux, les faire aimer de ceux qui ne les connaissent pas ou de ceux qui ne savaient pas bien les regarder ; ce poète, c’est Camille Flammarion. Il chante, et les solitudes célestes s’animent ; les astres ne sont plus des points mathématiques obéissant passivement à des équations différentielles, ce sont des mondes, parés de magnifiques couleurs […]. »

Après la mort de l’astronome, le 3 juin 1925 à Juvisy, ses pairs lui rendent hommage en baptisant la petite planète (astéroïde) n°1021, découverte le 11 mars 1924, Flammario !

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