Maria Sibylla Merian, femme et illustratrice

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Publié par Pauline Laurent, Luc Menapace le 13 janvier 2017 dans Collections

Le 13 janvier 1717 mourait Maria Sibylla Merian, une des premières femmes illustratrices dans le domaine de l’histoire naturelle.

Johann Rudolf Schellenberg, Mar. Sibylla Merian, [Zurich], [1769]

Maria Sibylla Merian naît le 2 avril 1647 à Francfort-sur-le-Main, et meurt le 13 janvier 1717 à Amsterdam. Elle est la fille de Matthaüs Merian l’Ancien, illustre graveur originaire de Bâle.  Issue d’une famille d’artistes, elle est initiée à la peinture, comme ses frères Matthaüs le Jeune et Caspar. Après le décès de son père, en 1650, sa mère se remarie avec le peintre Jacob Marrell, qui encourage sa pratique du dessin et de la peinture. Dans l’atelier de son beau-père, Maria Sibylla côtoie d’autres peintres comme Abraham Mignon. Elle épouse l’un des élèves de Marrell, Jean-André Graf, peintre originaire de Nuremberg. Elle est la cousine de Jacob Christoph Le Blon, inventeur d’un procédé novateur d’impression en couleur. La maîtrise de l’illustration par Maria Sibylla est indissociable du milieu familial et professionnel dans lequel elle vit.
 

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Maria Sibylla Merian, [Mûres], dans Der rupsen begin, voedzel en wonderbaare verandering, Amsterdam, 1730
Maria Sibylla Merian montre ici les différents stades de la vie du papillon : œuf, chenille, chrysalide dans son cocon, papillon. Les feuilles du mûrier servent à nourrir le bombyx du mûrier, ou ver à soie, dont l’importance économique est majeure.

Le premier ouvrage qu’elle fait paraître en 1675 est le Neues Blumenbuch, recueil de planches de fleurs. Ses ouvrages suivants vont combiner des spécimens botaniques et ce qui sera l’œuvre de sa vie : l’étude des insectes. Elle s’intéresse particulièrement à la transformation des insectes, ou comment une chenille donne un papillon. Elle en traite dans Der Raupen wunderbare Verwandlung und sonderbare Blumennahrung, paru en 1679, et traduit en néerlandais sous le titre : Der rupsen begin, voedzel en wonderbaare verandering. Ses connaissances s’appuient sur ses observations et sa pratique du dessin d’insectes depuis son enfance, mais aussi sur la lecture de ses contemporains entomologistes : Insectorum sive minimorum animalium theatrum de Thomas Moffet, De insectis in methodum redactus de Jan Goedart, ou Historia insectorum generalis de Jan Swammerdam.

 

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Maria Sibylla Merian, Metamorphosis insectorum Surinamensium ofte Verandering der Surinaamsche Insecten, Amsterdam, 1705

Sa vie personnelle est tout aussi extraordinaire. Ayant eu deux filles qui deviendront illustratrices elles aussi (Dorothea et Johanna Helena), elle s’installe à Nuremberg avec son mari mais s’en sépare au bout d’une vingtaine d’années. Elle se déclare veuve, alors que son mari est encore vivant, et se retire dans une communauté labadiste en Frise avec ses deux filles. Mais la communauté est dissoute et elle s’installe à Amsterdam où elle devient préceptrice de Rachel Ruysch, fille de l’anatomiste Fredrik Ruysch. Elle fait la connaissance de Nicolaes Witsen, bourgmestre d’Amsterdam et directeur de la Compagnie néerlandaise des Indes Orientales, qui lui finance un voyage au Surinam, colonie néerlandaise d’Amérique. Maria Sibylla part avec sa fille Dorothea étudier les insectes dans leur milieu naturel de 1699 à 1701 mais elle tombe malade et doit rentrer en Europe.
 

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Maria Sibylla Merian, [Caiman avec serpent, Caiman sortant d'un oeuf, Serpent], dans [Illustrations de Veranderingen der Surinaemsche Insecten...], Amsterdam, Joannes Oosterwyk, 1719
Maria Sibylla Merian ne limite pas son talent aux insectes. Elle montre ici un caïman, courant au Surinam.

Elle se consacre alors à son ouvrage majeur paru en 1705 : Metamorphosis insectorum surinamensium. Les insectes qu’elle a vus au Surinam sont mis en scène dans de grandes gravures mises en couleur à la main ; ils sont représentés sur des spécimens botaniques : ananas, banane, cacao… L’ouvrage se vend mal mais fera sa célébrité posthume. Les autres éditions et traductions tirées de son œuvre sont en effet publiées après sa mort. Sa fille Dorothea fait paraître Erucarum ortus, alimentum et paradoxa metamorphosis dès 1717. Paraissent ensuite Dissertatio de generatione et metamorphosibus insectorum Surinamensium en 1719, Histoire générale des insectes de Surinam et de toute l’Europe en 1730…

Maria Sibylla Merian aura marqué l’histoire de l’illustration naturaliste à une époque où les femmes y étaient rares. Son voyage au Surinam la place au rang des explorateurs naturalistes, d’autant plus qu’elle se passionna pour les insectes, animaux fort peu considérés à l’époque. Voici une femme vraiment peu ordinaire !

Commentaires

Soumis par Philippe HAVILAND le 26/02/2017

Très intéressante découverte d'une femme passionnante et méconnue. Mais pourquoi réduire, dans le titre, sa caractérisation à sa seule qualité d'illustratrice, alors qu'elle semble mériter tout autant celui de naturaliste (au moins selon les critères de son temps). Intitulerait-on une présentation de l'oeuvre de Buffon en le caractérisant comme homme et illustrateur ?

Soumis par Annemarie OHLER le 05/04/2017

Je ne savais pas que cette année on fête Maria Sybilla Merian.

Sa biographie me suit depuis mon enfance. Une des seules femmes naturalistes. J'ai lu sa biographie enfant. Et aujourdhui, 4 dizainies plus tard, je la découvre comme la première qui a observé la Pipa, crapaud du Suriname, avec un mode de reproduction tout à fait originale!

 

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