Les 100 ans de la bataille de Vimy

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Publié par Hélène Raymond le 10 avril 2017 dans Collections

Le département des Estampes et de la photographie a numérisé et mis en ligne sur Gallica une série de 14 photographies prises sur la la crête de Vimy en avril 1917. Les collections numérisées de presse quotidienne font pendant à cette vision instantanée, à la fois précise et énigmatique.

Crète de Vimy, Pas-de-Calais, soldats canadiens encadrant des prisonniers allemands, 1917

Le département des Estampes et de la photographie a numérisé et mis en ligne sur Gallica une série de 14 photographies issues des collections de l’agence de presse Rol, prises sur la la crête de Vimy en avril 1917. On y voit le front tenu par les troupes britanniques parmi lesquelles quatre divisions canadiennes précisément positionnées à Vimy. De fait, ce sont les soldats canadiens qui remporteront cette victoire, entre le 9 et le 12 avril 1917, dans le mouvement de la large offensive également victorieuse, d’Arras à Lens, menée par l’armée britannique.

 

La bataille vue par la presse quotidienne

Les collections numérisées de presse quotidienne font pendant à cette vision instantanée, à la fois précise et énigmatique, que nous donnent les photographies. Elles livrent le récit à chaud des événements. Ainsi voit-on, dans l’ensemble des titres de presse quotidienne française disponibles sur Gallica, la victoire d’Arras s’imposer progressivement en première page et comme sujet principal des éditions. Le 9 avril, l’offensive anglaise est mentionnée assez rapidement, dans Le Petit journal notamment. En première page le communiqué britannique est placé au même niveau d’importance que le communiqué français sur le front de la Somme où les soldats sont découragés par d’importants bombardements allemands. Ce même jour, La Presse insiste sur les signes avant coureurs de l’entrée des Etats Unis dans la guerre à côté des forces alliées. Une couverture plus importante le 10 avril dans tous les quotidiens dont L’Œuvre, L’Action française, Le Petit journal, Le Petit parisien, La Croix, L’Humanité, etc., rapporte les nouvelles arrivées, via Londres, des correspondants sur le front britannique.

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Crête de Vimy, soldats britanniques travaillant sur une voie ferrée, 1917

C’est véritablement le 11 et le 12 avril que l’ensemble de la presse développe le sujet, insistant sur le nombre de prisonniers allemands qui grossit d’heure en heure, près de 3 500 dans l’éditions du 11 avril de L’Action française, et 11 000 dans les colonnes « Dernière heure » du journal le même jour. Les prises militaires sont également détaillées, puis vient l’analyse de la supériorité britannique qui s’impose alors sur l’ennemi grâce à l’importante préparation de la bataille sur ce front d’Artois d’abord activé pour détourner l’ennemi de Verdun.

 

Images de la guerre

Dans la presse donc, pas d’image, c’est un constat que l’on peut faire, à l’exception notable du titre L’Excelsior, qui organise tout son projet rédactionnel autour de la photographie. La technique ne permet pas encore de reproduire, à faible coût, des images dans les journaux quotidiens. Le prix de L’Excelsior, à 10 centimes, est d’ailleurs nettement plus élevé que celui des autres quotidiens à 5 centimes.

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Excelsior : journal illustré quotidien, édition du 11 avril 1917

Pourtant, avec l’aviation, la photographie est l’une des données techniques nouvelles de la guerre. Pour l’offensive britannique d’avril 1917, les prises de vues aériennes pratiquées sur les positions ennemies en préparation de l’assaut prennent, dans le rapport qu’en fait le Général Cherfils pour La Croix du 11 avril, une importance comparable à celle du pilonnage des infrastructures. Parallèlement à cette recherche d’informations visuelles, c’est l’avancée discrète du front allié par voie souterraine, grâce à un réseau creusé par les divisions néozélandaises sur une distance de 10 kilomètres, qui constitue un pan majeur de la stratégie britannique et permet à 20 000 hommes de surgir, lors de l’offensive du 9 avril, sur la ligne de combat, prenant l’armée allemande par surprise. Au plan de la communication officielle aussi, la photographie est importante. Ainsi L’Univers, en décembre 1917, s’appuiera-t-il sur une exposition de photographies organisée par l’Armée pour faire, sous la plume de Georges Mallet dans l’article « Nos amis les canadiens », le récit rétrospectif et l’éloge des troupes canadiennes lors de la bataille de Vimy.

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Le Matin : derniers télégrammes de la nuit, édition du 27 juillet 1936

 

Un monument pour la mémoire

Comme le précise l’historienne Annette Becker[1], plus que son importance militaire proprement dite lors de l’offensive d’Arras en avril 1917, c’est son importance dans la mémoire canadienne, alors dominion britannique depuis 1867, qui fait la valeur historique de la bataille de Vimy. Les divisions canadiennes francophones et anglophones, plus de 60 000 hommes qui se battent ensemble, en prenant cette butte stratégique tenue par l’armée allemande depuis 1915 au prix de 11 000 morts, fondent sur cette victoire le mythe national, le lieu de naissance du Canada uni et de la nation pleinement indépendante de l’Angleterre.

C’est sur ce lieu, une centaine d’hectares donnés par la France au Canada en 1922, qu’est édifié le mémorial entre 1925 et 1936, conçu par des artistes et architectes canadiens et inauguré, comme le relate notamment Le Monde illustré, le 26 juillet 1936, cinq ans après le traité de Westminster, en présence d’officiels canadiens, du roi Edouard VIII et du président Albert Lebrun.

[1]: Annette Becker, est une historienne française spécialiste de la Grande guerre, professeur des universités à l'université Paris-Ouest-Nanterre-La-Défense et membre senior de l'Institut universitaire de France.

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