Jules Michelin, paysagiste lithographe et aquafortiste (1817-1870)

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Publié par Monique Moulène le 7 octobre 2014 dans Collections

Jules Michelin, né à Paris en 1817, receveur au service des Douanes de son état, est par passion un artiste, un peu plus qu’amateur, peintre, et surtout lithographe et aquafortiste. Paysagiste quand ce genre triomphe et aquafortiste quand s’affirme le renouveau de l’eau-forte originale, soutenu de manière engagée par la Société des aquafortistes, il est tout à fait représentatif de son époque. Il est aussi collectionneur de céramiques et de gravures, comme le montre le catalogue de la vente de sa collection en 1898, après sa mort survenue à Limoges en 1870, et celle de sa veuve, née Adèle Barbier, héritière d’une fabrique de caoutchouc. Car, pour compléter ce portrait, il faut aussi présenter Jules Michelin comme le père de André et Édouard Michelin, fondateurs, dans la lignée de leur grand-père maternel, de la manufacture de caoutchouc de Clermont-Ferrand.

L’activité artistique de Michelin commence dans les années 1840 par une série de dessins présentés au Salon à diverses reprises à partir de 1844 et publiés dans L’Artiste en 1846. Mais c’est la lithographie qui devient rapidement son mode d’expression favori avec huit paysages lithographiés publiés également dans L’Artiste entre 1847 et 1852. Deux maîtres ont guidé ces débuts : Camille Roqueplan (1803-1855), lui-même artiste lithographe estimé, et Charles Ramelet (1805-1851), producteur de planches à caractère plus commercial.

Forêt de Sénart / Jules Michelin, 1852. Lithographie [4e état, non décrit] ; 17 x 22,8 cm.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10502101j

En 1852 Michelin abandonne définitivement la pierre lithographique pour la pratique, exclusive désormais, de l’eau-forte, initié dans cette technique par Roqueplan, mais aussi sans doute par Paul Huet et Louis Marvy. Dès 1862 il participe à la production de la Société des aquafortistes qui vient d’être fondée, animée par l’imprimeur Delâtre et l’éditeur Cadart. La Rivière d’Yères paraît dans la livraison de novembre. Michelin participera assidûment à l’activité de la Société par son travail personnel ou en collaborant avec Corot qu’il aide dans la morsure de ses plaques. En 1863, Cadart et Chevalier publient un recueil d’eaux-fortes de Michelin, seize planches plus un frontispice, essentiellement des paysages. L’Illustration nouvelle prendra le relais de la Société des aquafortistes à partir de 1868, toujours soutenue par la participation de Michelin, comme en 1869 avec la Promenade aimée de Talma, près Brunoy. Parallèlement il continue à présenter ses eaux-fortes au Salon : en 1869 il expose ses Souvenirs de voyage. Dans les années 1868-1870, il contribue aussi à l’illustration de deux livres, Le Musée universel d’Edouard Lièvre édité par Goupil, et les Sonnets et eaux-fortes publiés chez Lemerre où il illustre un poème d’André Theuriet, autre grand amoureux de la nature.

 

Le paysage est de loin le genre le plus présent dans l’œuvre de Michelin : des panoramiques, des arbres, de l’eau, des effets atmosphériques et très souvent un minuscule élément humain. Ces pans de nature sont saisis sur le motif avec beaucoup de spontanéité et de poésie. Régionaliste, Michelin montre dans ses gravures les paysages de ses deux contrées de prédilection, l’Auvergne et la vallée de l’Yerres entre Montgeron et Brunoy.

Le catalogue raisonné de l’œuvre de Michelin établi par Pierre Sanchez recense une petite soixantaine de lithographies et eaux-fortes conservées dans les collections du marchand Paul Prouté, dans les fonds d’institutions comme la New York Public Library, le Musée Adrien Dubouché de Limoges, le Musée des arts décoratifs et bien sûr au département des Estampes et de la photographie de la BnF qui vient de numériser cet ensemble. Ainsi pourra-t-on découvrir l’œuvre d’un artiste intéressant, rénovateur de l’eau-forte originale et romantique de la deuxième génération.

Monique Moulène, département des Estampes et de la photographie

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