Mode & femmes, 14-18

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Publié par Véronique Minot le 3 mars 2017 dans Collections, Partenaires

C’est avec la Première Guerre mondiale que débute réellement le XXe siècle. L’ampleur de ce conflit bouleverse profondément la société française. La mode fait écho à sa manière aux changements qui sont alors induits dans la société. A l’occasion de sa réouverture le 28 février 2017, la bibliothèque Forney se propose d’explorer dans Gallica, à travers documents et costumes d’époque, l’histoire des femmes et du vêtement féminin en France durant cette période.

Dessin de Louis Ecart, Le Rire, journal humoristique, 11 mars 1916, Juven, Paris.

La guerre éclate  au tout début d’août 1914 au cœur des présentations de haute couture. Il s'avère très rapidement qu'elle va être plus longue que prévue. Si les maisons de couture continuent de présenter leurs collections aux quelques acheteurs étrangers encore présents, les grands magasins transforment leurs ateliers en ouvroirs où modistes et ouvrières confectionnent des vêtements pour les soldats. La revue de mode Les Elégances Parisiennes, publication officielle des industries françaises de la mode, propose même dans chacun de ses numéros une rubrique intitulée "Pour défendre nos industries" ! La mode évolue et puise largement son inspiration dans les tenues de l'armée : tailleurs, manteaux et costumes se parent de brandebourgs et adoptent des coupes et des couleurs proches de celles des uniformes, jusqu’aux chapeaux qui rétrécissent et oublient leur profusion de plumes pour une forme et une garniture plus épurées.

Chapeaux, modèles d’Odette, Les Elégances parisiennes, octobre 1916,
Planche XV, Supplément des Elégances parisiennes n°7.

Si la guerre modifie les silhouettes, elle exerce également une très forte influence sur les textiles et les couleurs. Les usines textiles du Nord de la France, bombardées, ne fournissent plus autant de lin ni de laine pour la couture : l'armée réquisitionne ce qu'elles produisent. Les prix s’envolent, excepté pour la soie. Lyon redouble alors d'efforts en termes à la fois de production et d'innovation, proposant aux créateurs des textiles nouveaux à base de soie. Ces nouveaux tissus confèrent aux modèles une fluidité et une souplesse jamais obtenues jusqu'alors. Les colorants connaissent le même sort que le lin ou la laine, mais les produits proposés en substitution ne sont que peu satisfaisants. La couture tente de lancer une mode pour les étoffes claires aux côtés du bleu marine, du vert russe ou du rouge, mais sans réel succès.

Tailleurs de soie, modèles des Elégances parisiennes Tissus de Bianchini-Férier,
Les Elégances parisiennes, avril 1916, Planche XII, Supplément des Elégances parisiennes n°1.

Depuis plusieurs décennies déjà, la mode évolue suivant les changements de société : progressivement, les tissus deviennent plus faciles d’entretien, les vêtements sont plus pratiques, plus souples. Dans les milieux aisés, les femmes changent de tenue moins souvent au cours de la journée. La guerre accélère cette tendance : les hommes sont au front ou mobilisés, les femmes occupent les postes qui étaient les leurs, comme par exemple dans les transports ou les usines, tout particulièrement celles d'armement. Leurs vêtements doivent donc s’adapter à leurs nouvelles fonctions : les tenues civiles s’inspirent alors directement de celles dites de travail. Apparaissent ainsi le costume-tailleur, qui se veut élégant en toutes circonstances, et surtout les poches. Si cette inspiration militaire fait écho aux combats du front, d’autres figures influencent également l'évolution du vêtement : ouvrières, mais aussi infirmières et veuves apparaissent dans les revues de mode.

Tailleurs simples. Le Style parisien, 1915, Planche XVII,
Supplément du Style parisien n° 2.

Si les vêtements indiquent autant le statut social que le métier de celles qui les portent, ils sont également le fidèle reflet des bouleversements qui frappent la société toute entière. Les hommes sont à la guerre, les femmes occupent les postes de travail (restés vacants) de leur époux, frère ou fils. Elles acquièrent ainsi une – très relative – indépendance. Journaux et magazines de mode s'emparent de ce sujet et véhiculent une certaine image de la frivolité féminine, jugée incompatible avec les souffrances du front et considérée avec sévérité, surtout à la fin du conflit. Le retour des hommes dans leurs foyers sonnera la fin de ces habitudes d’indépendance et les libertés féminines nouvellement acquises seront vouées à être combattues. Le vêtement sera le reflet de ce retour en arrière. La guerre aura été leoccasion dune réelle évolution de la condition féminine, mais le chemin vers l’émancipation des femmes restera encore long.

Exposition Mode & femmes, 14-18 du 28 février au 18 juin 2017, à la bibliothèque Forney ( 4 rue du Figuier, Paris). Ouvert du mardi au samedi, de 13h à 19h.

 

Véronique MINOT

Directrice adjointe de la Bibliothèque Forney

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