Guerre sous-marine à outrance

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Publié par Luc Menapace le 1 février 2017 dans Collections

En janvier 1917, l’empereur Guillaume II déclare qu’il lancera une guerre sous-marine à outrance le 1er février 1917. Il pense ainsi retourner le cours de la guerre.

La Science et la Vie, tome XI, numéro 32, avril-mai 1917, p. 486

En 1914, le sous-marin existe déjà depuis plusieurs décennies, mais le conflit mondial va lui donner une place majeure. Dès la fin du 18ème siècle, des inventeurs bricolent des machines « sous-marines » avec des tonneaux. L’apparition des navires à coque métallique et propulsion motorisée aboutit aux premiers vrais sous-marins comme Le Plongeur en France, ou le Hunley chez les sudistes, premier-sous-marin à couler un navire, en 1864.

Cinquante ans plus tard, les grandes marines européennes possèdent chacune quelques dizaines de sous-marins, pour garder les ports et les côtes. Pourtant, dès septembre 1914, un sous-marin allemand coule trois croiseurs anglais en une heure. Les Allemands décident alors d’utiliser l’arme sous-marine pour briser le blocus anglais de leurs côtes. La flotte allemande de haute mer se trouve confinée dans ses ports après les batailles du Dogger Bank (1915) et du Jutland (1916).
 

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Émile Hinzelin, Histoire illustrée de la guerre du droit. 1914. Tome 3, Paris, A. Quillet, 1916

Le 4 février 1915, l’Allemagne décrète une première fois la guerre sous-marine à outrance pour couper les Alliés de leurs approvisionnements venant des colonies et des pays neutres. Mais des incidents émaillent cette campagne, dont le plus célèbre est le torpillage du paquebot Lusitania où périssent une centaine d’Américains. Devant les protestations, l’Allemagne doit suspendre sa campagne dès le 18 septembre 1915. Elle la relance en 1917 car les effets du blocus allié se font cruellement sentir en Allemagne après trois ans de guerre. Elle vise même les navires des Etats neutres, dont le plus important, les Etats-Unis. L’Allemagne accepte de courir le risque d’une guerre avec ce pays car elle pense pouvoir vaincre avant l’arrivée des Américains.
 

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La Science et la Vie, tome VI, numéro 18, septembre 1914-janvier 1915
Périscope repéré!

Elle décrète une zone de blocus en Atlantique et Méditerranée et y coule tous les navires qu’elle y croise. Les pertes alliées et neutres sont très importantes et poussent les Etats-Unis à déclarer la guerre à l’Allemagne le 6 avril 1917. Les sous-marins allemands agissent surtout en Manche et aux alentours des îles britanniques. Les Allemands envoient aussi des unités démontées par voie ferrée jusqu’à Pola, en mer Adriatique, où ils sont remontés. Les Alliés dressent le barrage d’Otrante pour empêcher Allemands et Austro-Hongrois de sortir de l’Adriatique. En effet, les Allemands disposent de bases navales en mer du Nord (Bremerhaven, Cuxhaven, Emden, Helgoland, Wilhelmshaven), mais aussi en Baltique (Dantzig, Kiel, Libau), Adriatique (Kotor, Pola), mer Noire (Constantinople), Belgique (Bruges et ses deux avant-ports d’Ostende et Zeebrugge, que la marine britannique attaque l’un comme l'autre en 1918 avec un succès mitigé).
 

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La Science et la Vie, tome XI, numéro 30, décembre 1916-janvier 1917, p. 42

Les sous-marins torpillent ou canonnent les navires, mais mouillent aussi des mines sous-marines aux abords des ports. Pour contrer cette menace, les Alliés ont recours à plusieurs techniques : camouflage des navires, navigation en zigzag, patrouilles navales et surveillance aérienne. Mais la plus efficace est aussi la plus ancienne : le convoi. L’organisation de convois protégés par des destroyers, l’armement des navires marchands font chuter les pertes alliées. Les sous-marins allemands doivent faire face à des grenadages, à des bombardements aériens. Les Alliés finissent par couler plus de sous-marins que les Allemands n’en construisent, et à construire plus de navires que les Allemands n’en coulent.
 

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La Science et la Vie, tome XIII, numéro 38, avril-mai 1918, p. 396
Le convoi aura raison de l’offensive sous-marine allemande.

L’arme sous-marine n’a pas retourné le cours de la guerre, et, à l’armistice, l’Allemagne doit livrer tous ses sous-marins aux Alliés. La reddition de cette flotte est renforcée par l’interdiction de posséder des sous-marins, inscrite dans le traité de Versailles (1919). Mais l’histoire ne s’arrête pas là : le Troisième Reich relancera la guerre sous-marine à un niveau encore jamais égalé, mais là encore, l’arme sous-marine ne sauvera pas le régime nazi de la ruine.

 

 

 

 

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