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Les boîtes scolaires : outils de propagande coloniale

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28 mai 2024

A la fin de la Première Guerre mondiale, les boîtes scolaires disparaissent, mais on continue à documenter les produits considérés comme utiles avec des "collections de vulgarisation". On cherche ainsi à asseoir dans les esprits la supériorité de l’Empire colonial français. C’est ce que nous verrons dans ce  troisième et dernier article.

Travaux pratiques à l'Institut national d'agronomie coloniale (INAC). Jardin colonial, Nogent-sur-Marne, 1934

Préparées au Jardin colonial, les "collections de vulgarisation" étaient distribuées à différentes institutions, et lui permettaient de faire connaître son rôle dans la gestion et la perpétuation de ces produits considérés comme des ressources.

La vulgarisation de la connaissance, un enjeu majeur en matière de botanique

Les boîtes scolaires apparaissent comme la première tentative, aboutie dans son format, de vulgarisation de la connaissance par le Jardin colonial de Nogent-sur-Marne. Lui succèderont des collections plus simplifiées techniquement, chacune composées de 50 échantillons de plantes utiles. 

En 1908, la gestion des échantillons botaniques au Jardin colonial était très contrôlée par les botanistes. Le service agronomique du Jardin colonial est chargé de préparer les échantillons destinés aux expositions. C’est ce même service de botanique qui s’occupera des Collections de vulgarisation et des échantillons qu’elles contiennent, avant la création d’un Service de vulgarisation spécialisé, deux ans plus tard. C’est ensuite à l’Institut national d’agronomie coloniale qu’elles seront préparées.

Travaux pratiques à l'Institut national d'agronomie coloniale (INAC), au Jardin colonial de Nogent-sur-Marne, 1934

En 1912, les boîtes scolaires sont comprises dans la section des collections et expositions consacrée à la distribution d'échantillons destinés à l'étude et à la vulgarisation du savoir botanique. Elles font partie des outils à destination des industriels et des commerçants de l'exposition coloniale. Ces collections sont demandées à la section des collections et des expositions du Jardin par les chambres de commerce, les musées, universités et établissements d'enseignement.

Il s’agit pour le Ministère des Colonies de faire perdurer un système d’extraction des richesses au sein des colonies de l’Empire. Mais les boîtes scolaires sont coûteuses et on essaie de maintenir un système où l’Empire s’enrichit. Ce paradoxe, une fois soulevé, explique pourquoi la fabrication des boîtes scolaires n’a pas perduré dans le temps.

Dans un rapport datant de 1921 adressé au Président de la République, M. Maginot insiste pour leur maintien, tout comme dans le décret qu’il présente sur le rôle du Jardin colonial en matière de vulgarisation botanique. La même année, le Jardin colonial prépare des outils moins chers à produire que les boîtes scolaires. Avec le temps, on alla jusqu'à supprimer le flaconnage en verre pour le remplacer par des sachets en colophane. On compte, en 1929, 575 000 échantillons distribués par le Jardin colonial, le but étant qu’ils rejoignent les collections pédagogiques de toutes les écoles.

Si les échantillons de plantes distribués par le Jardin colonial servaient aux professeurs de géographie, c'était en tant qu'illustrations des leçons de cartographie. Ainsi avec ce moyen de propagande visuelle, considéré d'ailleurs comme un enseignement par la vue, l'élève associait directement une plante à un pays, réduisant ainsi la complexité d'une zone géographique à une ressource considérée comme appartenant à l'Empire.

La distribution des boîtes scolaires était envisagée par Emile Prudhomme comme un moyen de préparer la création d’un Musée colonial scolaire. Ce dernier aurait été un lieu de transmission complémentaire aux collections pédagogiques des établissements scolaires.

Pour le Jardin colonial et plus largement pour l'Empire colonial français, il était important de minimiser les importations en provenance d’autres empires coloniaux. La France est, au milieu du 20e siècle, encore dépendante de l'importation de plantes, telles que le café, le cacao, le ricin, ou le jute, considérées comme des ressources pour son industrie et la consommation de la population métropolitaine. Emile Prudhomme édite dans les années 1920 deux versions, dont une augmentée, d'un livre présentant les plantes "utiles" des pays chauds. Ces éditions sont complémentaires aux échantillons botaniques (succédant aux boîtes scolaires) distribués aux instituteurs et servent d'aide à la préparation des leçons.

En fabriquant et en distribuant des Collections de vulgarisation et des boîtes scolaires, le Jardin colonial de Nogent-sur-Marne affirme son rôle dans la production et la circulation des connaissances botaniques. Les boîtes scolaires ont le mérite d’être très accessibles économiquement pour les instituteurs et institutrices et de faciliter la compréhension globale d’un sujet avec des schémas. Elles permettent aussi au corps enseignant ne pouvant pas organiser de sorties (pour des raisons d’emplacement géographique ou de manque de moyens divers) de montrer tout de même à aux élèves le sujet dont il est question lors de l’étude.

Emile Prudhomme, dans la conclusion de l'avant-projet de décret sur l'organisation de l'Institut agricole colonial qu'il rédigea en 1912, souligne l'importance de pouvoir organiser un réel service de distribution avec un personnel dédié. Pour augmenter la distribution des boîtes scolaires et des documents de vulgarisation, il demande que le Jardin bénéficie d'un budget du Ministère des Colonies plus conséquent. Jusqu'en 1912, on compte cinq boîtes scolaires réalisées, sur les 20 initialement prévues à la production. Bien qu'elles ne soient pas techniquement complexes à réaliser, les boîtes scolaires disparaissent par manque de moyens alloués à leur production après la Première Guerre mondiale.

De par la méthodologie de représentation dont elles témoignent et la réception que l’on en fait au fil de l’Histoire, les boîtes scolaires peuvent être lues comme des narrations. Elles racontent une manière particulière de s’entourer du vivant.

Ayant une origine complexe, située entre soin botanique et propagande coloniale, elles constituent un récit en relief de celle-ci. Percevoir la complexité de l’histoire réside encore de nos jours dans la transmission que l’on en fait.

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