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Le coeur de Voltaire

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30 mai 2019

Au cœur du deuxième arrondissement, entre la rue Richelieu et la rue Vivienne, un ancien palais princier abrite depuis trois siècles les collections de la Bibliothèque nationale de France. Découvrez l’histoire de ce site à travers des documents méconnus disponibles sur Gallica.

Le 30 mai 1778 mourait François-Marie Arouet, plus connu sous le nom de Voltaire. Le philosophe se trouvait alors à Paris chez son ami le marquis de Villette, qui confia le soin d’autopsier et d’embaumer le défunt à un apothicaire dénommé Mitouard. Il lui demanda de prélever pour lui le cœur du grand homme, et aurait autorisé ledit Mitouard à prélever et conserver son cerveau. Le corps de Voltaire fut ensuite inhumé à l’abbaye de Scellières, près de Troyes, dont son neveu était abbé, avant d’en être transféré pour intégrer le panthéon le 11 juillet 1791.
 

Le marquis de Villette racheta le château de Ferney, où Voltaire avait vécu ses dernières années, et transforma une des chambres en sanctuaire, dont les murs furent ornés de quarante-et-un portraits d’amis de Voltaire veillant sur son souvenir. L’organe fut placé dans un reliquaire, gravé de l’inscription « Le cœur de Voltaire, mort à Paris le XXX may MDCCLXXVIII » et fut exposé jusqu’en 1785 sur un coussin de velours placé sur un autel.

Ayant dû vendre Ferney en 1785, Villette ramena le cœur de son ami dans son château à Pont-Sainte-Maxence. Son fils le conserva par la suite jusqu’à sa mort en 1859. Légitimiste, partisan du comte de Chambord et sans héritier direct, il légua tous ses biens à l’évêque de Moulins, Mgr de Dreux-Brézé. Les héritiers collatéraux firent appel et réussirent à entrer en possession de l’héritage en 1861. Cependant ils ne tenaient pas particulièrement à conserver la relique voltairienne. Le corps de Voltaire étant « propriété de la nation » selon la loi du 30 mars 1791, son cœur fut remis le 16 décembre 1864 par leur avocat au ministre de l’Instruction publique Victor Duruy et déposé à la Bibliothèque impériale sous ordre de Napoléon III.
 

Déposé provisoirement au Cabinet des Médailles, le reliquaire devait rejoindre le premier étage de la rotonde construite par Labrouste à la jonction de la rue des Petits-Champs et de la rue de Richelieu. Il fut prévu que le cœur soit placé dans le socle de l’original en plâtre de la statue réalisée par Houdon, accompagné des « médailles frappées en son honneur et les correspondances manuscrites et œuvres imprimées de l’immortel écrivain ».   
 

Henri Labrouste conçut donc la rotonde tout spécialement pour le cœur de Voltaire. Il dessina les décors muraux, les meubles destinés aux livres, et même le socle de la statue. Il confia la peinture du plafond à Pierre-Victor Galland, qui réalisa un ciel bleu agrémenté de nuages blancs. Cependant le projet d’un « mémorial » à Voltaire ne vit jamais vraiment le jour. Le cœur fut bien placé dans le socle de la statue, puis pris la poussière pendant les cinquante années qui suivirent à l’entrée de la Réserve.
 

En février 1924, l’administrateur de la Bibliothèque nationale, Pierre Roland-Marcel, décida de donner une place plus honorable à la statue et à sa précieuse relique. Il fit nettoyer le plâtre de Houdon et le fit placer  dans le salon d’honneur donnant sur la cour face à l’entrée principale. On procéda alors à la vérification du contenu, en présence du ministre de l’Instruction publique de l’époque, Léon Bérard. La plaque du socle, portant l’inscription « Cœur de Voltaire remis à la Bibliothèque impériale par les héritiers du marquis de Villette », fut descellée et le coffret en bois ouvert. Le cœur était toujours bien présent, sous un vieux morceau d’étoffe, accompagné d’un procès-verbal de sa dépose en 1864. Un nouveau procès-verbal lui fut adjoint, et le coffret rejoignit le socle.
 

En 2010, on déplaça la statue pour mener à bien les travaux de la phase 1 du Projet Richelieu. Une odeur forte se fit alors sentir, et on lança aussitôt une enquête sur l’état du cœur du philosophe : la solution alcoolisée avait visiblement fui. Le reliquaire fut pris en charge par le laboratoire de la BnF et l’on procéda à un nouveau traitement de conservation. Le cœur put ensuite réintégrer le socle de la statue, replacée en 2016 dans le salon d’honneur du site Richelieu, où les visiteurs peuvent à nouveau s’émouvoir de sa présence.
 

Quant à la rotonde Voltaire, à l’angle de la rue des Petits-Champs, elle fait désormais partie intégrante de la Bibliothèque de l’École nationale des Chartes, installée sur le site depuis 2016. Le décor de Labrouste a été entièrement restauré, et le mobilier conservé. Ce dernier accueille désormais la réserve de la bibliothèque de l’école. Ces espaces, non accessibles au public, peuvent être visités à l’occasion d’événement, comme les Journées européennes du Patrimoine. 

 

 

Commentaires

Soumis par SAINT LEBE le 04/07/2019

Très intéressant de savoir que le coeur du grand philosophe repose désormais dans un écrin de livres. Dès que je serai à Paris, j'irai le saluer.

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