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Colbert et la Bibliothèque

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29 août 2019

Au cœur du deuxième arrondissement, entre la rue Richelieu et la rue Vivienne, un ancien palais princier abrite depuis trois siècles les collections de la Bibliothèque nationale de France. Découvrez l’histoire de ce site à travers des documents méconnus disponibles sur Gallica.

Portrait de Jean-Baptiste Colbert, en buste, par Benoît Audran, XVIIe s.

Il y a très exactement 400 ans, le 29 août 1619, naissait Jean-Baptiste Colbert. Ce rémois accéda à la notoriété en devenant contrôleur général des finances de Louis XIV dès 1665, charge qu’il cumula ensuite avec le secrétariat d'État de la Maison du roi et celui de la Marine jusqu’à sa mort en 1683. Si ce grand ministre du roi Soleil a laissé sa marque dans le domaine économique, donnant même son nom à la variante française du mercantilisme que l’on nomme « colbertisme », son action ne s’est pas limitée à la finance.
 

Colbert tient une place notable dans l’histoire de la Bibliothèque nationale de France, à son époque Bibliothèque royale. C’est lui en effet qui l’installe au cœur du deuxième arrondissement, d’où elle n’est plus jamais partie. Il fut lui-même un bibliophile accompli, amassant avec soin l’une des plus belles bibliothèques privées de son époque.
 

La carrière de Colbert prend véritablement un tournant en 1651, lorsque Michel Le Tellier, secrétaire d'État à la Guerre, le présente au cardinal Mazarin. Ce dernier lui confie alors la gestion de son immense fortune, charge que Colbert assurera jusqu’à la mort du prélat en 1661. Outre l’argent, Mazarin collectionne les œuvres d’arts et possède une très vaste bibliothèque. Nul doute que les dix années passées au service du cardinal aient accentué son goût pour les livres.
 

Dès 1659, la bibliothèque de Colbert est connue pour être ouverte aux savants. Ses bibliothécaires sont Pierre de Carcavi puis Étienne Baluze, ce dernier jouant un rôle déterminant dans sa constitution et sa gestion. A cette époque, Colbert s’est installé rue Vivienne, en face du palais Mazarin. La toponymie parisienne a conservé ce souvenir : la galerie où est établi l’INHA aujourd’hui porte toujours le nom de « galerie Colbert ».
 
La postérité attribue à Mazarin cette phrase, adressé au roi peu avant sa mort : « Sire, je vous dois tout, mais je crois m'acquitter en quelque manière en vous donnant Colbert ». Si la formule est peut-être apocryphe, le fond n’en demeure pas moins juste.

Colbert devint rapidement l’un des principaux ministres de Louis XIV. Parmi ses nombreux domaines de compétences, il garde un œil sur la bibliothèque du roi.
 

C’est à son initiative qu’en 1666, la « librairie royale » quitte la rue de la Harpe pour rejoindre « les maisons au bout de ses jardins ». En effet Colbert installe la Bibliothèque royale dans deux immeubles qu’il a achetés à côté de son hôtel, rue Vivienne. La seule représentation de cet espace se trouve sur la gravure de l’Alliance de Mars et de Minerve, almanach royal de 1676. Peu accessible à cette époque, la Bibliothèque du roi s’ouvre aux lecteurs en 1692, sous l’égide de Nicolas Clément.
 

Célèbre pour son plan de classement des bibliothèques utilisé à la BnF jusqu’en 1996, Nicolas Clément a commencé sa carrière auprès du bibliothécaire de Colbert, Pierre de Carcavi. Celui-ci ayant été nommé garde de la Bibliothèque et du Cabinet des médailles du roi, il fit placer Nicolas Clément comme commis à la garde des estampes et planches gravées en 1670. Ce passage des personnes de l’une à l’autre bibliothèque et leur proximité géographique souligne l’influence colbertienne sur la Bibliothèque royale à la fin du XVIIe siècle.
 

En 1721, la Bibliothèque du roi déménage et s’installe rue de Richelieu, où elle se trouve encore aujourd’hui. Peu de temps après, le petit-neveu de Colbert, Charles-Éléonor de Seignelay, met en vente les 22 000 volumes dont il a hérité. Suite à la controverse concernant ces enchères, seuls les vélins et imprimés sont vendus, la Bibliothèque du roi en achetant un millier. Après négociations, les manuscrits sont « offerts » au roi en 1732, contre 300 000 livres. 6117 manuscrits anciens entrent ainsi à la Bibliothèque royale, dont 637 orientaux, 3582 latins, 877 grecs, des volumes en français, italien, espagnol, 784 chartes originales et 1617 volumes de papiers modernes. Après avoir été sa voisine et lui avoir fourni de grands bibliothécaires, la Colbertine se fond ainsi dans l’institution royale. Aujourd’hui encore, ses ouvrages sont toujours consultables au département des Manuscrits, rue de Richelieu.
 

Pour aller plus loin :
Richelieu. Quatre siècles d'histoire architecturale au cœur de Paris, dir. Aurélien Conraux, Anne-Sophie Haquin et Christine Mengin, BnF Éditions/INHA, 2017.
 

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