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La télégraphie sans fil

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25 juillet 2019

L’Homme a toujours cherché à communiquer à distance, par divers moyens visuels (signaux de fumée, torches, cerfs-volants, drapeaux...), sonores (cris, tambours, tamtams, trompes, cloches…) ou encore par l'intermédiaire de pigeons voyageurs. La télégraphie sans fil apparaît à la fin du XIXe siècle. Elle est le fruit de plusieurs inventions européennes et américaines. Elle va nourrir l’imagination des écrivains se réclamant du courant littéraire du merveilleux-scientifique initié par Maurice Renard, qui donneront naissance à des machines bizarres et à des phénomènes étranges.

Val, "La TSF interstellaire" (Les Belles images, 6 novembre 1930)

En 1794, Claude Chappe (1763-1805) met au point le télégraphe optique composé de 92 signaux de correspondance, chiffrés grâce à des bras articulés. L’appareil est installé sur des tours ou sur des hauteurs. Près du littoral, il prend le nom de sémaphore.

En 1844, l’Américain Samuel F. B. Morse (1791-1872) invente un langage portant son nom utilisé principalement pour la navigation. Entre 1845 et la fin du XIXe siècle, le télégraphe électrique se développe, de même que le télégraphe à aiguille de Breguet et la télégraphie par câbles sous-marins.

En 1888, l’Allemand Heinrich Hertz (1857-1894) met en évidence les ondes électromagnétiques découvertes par l’Écossais James Clerk Maxwell (1831-1879). Elles prendront le nom d’ondes hertziennes. Deux ans plus tard, le physicien français Édouard Branly (1844-1940) constate les propriétés radioconductrices de la limaille (poudre) de fer. Il réalise un appareil capable de les détecter, appelé « cohéreur » par l’Anglais Oliver Lodge (1841-1950) qui expliquera le phénomène de radioconduction. Le 7 mai 1895, le Russe Alexandre Popov (1859-1906) met au point l’émetteur et l’antenne, éléments de base de la télégraphie sans fil. D’autres savants, ingénieurs et bricoleurs de génie se sont disputé les inventions et brevets.
L’Italien Guglielmo Marconi (1874-1937) réussit à faire la synthèse des travaux précédents. Il expérimente la première transmission sans fil ou « télégraphie sans fil », comme il l’appelle, et parvient à émettre les premiers signaux en 1895. Il fonde sa société en 1897 en Angleterre, la Wireless Telegraph & Signal Company. Après de multiples améliorations, il réussit en 1899 à envoyer un premier radio télégramme à travers le Pas-de-Calais. La TSF est née et trouve sa première application dans la communication avec les navires en mer. Cette même année, il effectue la première liaison Transmanche entre Folkestone et Boulogne. C’est à cette époque qu'est inventé le SOS (Save Our Souls ou Save Our Ships), alerte en cas de péril. En 1902, 70 navires sont ainsi équipés de TSF et peuvent correspondre avec 25 stations côtières. En 1907, la première ligne transatlantique en est équipée et bientôt toutes les lignes le sont également. Le premier sauvetage, grâce à la TSF, a lieu en 1909, suite à la collision entre les paquebots le Republic et le Florida.

Le Titanic
Le Titanic est équipé de la TSF comme tous les navires transatlantiques. C’est la société Marconi qui a été chargée de l’installation télégraphique du paquebot. Après la réparation suite à une panne de l’appareil, les deux télégraphistes, Jack Phillips et Harold Bride, sont occupés à envoyer des messages personnels ou d’affaires des plus riches passagers depuis le début de la traversée, le 10 avril 1912. Des messages urgents en provenance d’autres navires à proximité signalant des glaces dérivantes et icebergs sont réceptionnés mais non transmis au commandant Edward Smith. Peu avant la collision, le Californian, envoie un dernier message à 23 h. Le télégraphiste du Titanic coupe court : il est en liaison avec Terre Neuve et trop occupé à envoyer les messages des passagers. Le 14 avril à 23h40, le Titanic heurte un iceberg et coule environ 2 heures plus tard. Toutefois, la TSF a permis d’appeler à l’aide et ainsi de sauver des vies humaines.

La Tour Eiffel
La tour Eiffel construite pour l’exposition universelle de 1889 n’a pas bonne presse et est menacée de destruction. En 1903, Gustave Eiffel la met  à disposition du génie militaire et finance lui-même les essais militaires de TSF menés par un polytechnicien, le  Capitaine Ferrié. L’armée privilégie alors les signaux optiques de Chappe ou les pigeons voyageurs. La tour dispose de l’antenne la plus haute du monde. La distance de transmission atteint 400 kms. Le 21 janvier 1904, la tour Eiffel devient station de TSF pour la radiotélégraphie militaire.

La TSF et la Première Guerre mondiale
Dès le début de la Première Guerre mondiale, les émetteurs de télégraphie sans fil sont contrôlés par l’armée. Installé au pied de la Tour Eiffel, le centre radiotélégraphique de Paris est chargé par  Gustave Ferrié de l’écoute d’ondes ennemies. Homme-clé de la radio militaire, il est l’auteur de l’ouvrage La télégraphie sans fil et les ondes électriques. Le conflit fait progresser techniquement la TSF ainsi que la protection de l’information grâce à la cryptologie.

Poste de télégraphie de l'armée anglaise [photographie de presse]. Agence Rol (1914)

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, les postes équipés de détecteurs à galène permettent de capter les ondes émises depuis la Tour Eiffel et d’écouter des bulletins météorologiques et d’information. Au début, il s’agit de messages codés en Morse : tic… tic… tic… Vers 1921-1922, on peut entendre des voix ou écouter des émissions musicales. La TSF se transforme alors en radio.
Le public s’approprie peu à peu la TSF et la transforme en objet courant. L’objet fascine et trône dans les salons. La publicité s’en empare. Même les écrivains se penchent sur la TSF et la font entrer dans le champ littéraire.

La TSF dans l'imaginaire
Cette invention technique va nourrir l’imaginaire des écrivains de la première moitié du XXe siècle. Des utilisations plus ou moins farfelues et des personnages de savants fous vont naître. L’invention de la TSF va être détournée par des auteurs vers d’autres fonctions : lire dans les pensées ou communiquer par télépathie et même contacter des extraterrestres.
Raoul Bigot (1874-1928) fait paraître Nounlegos en janvier et février 1919 dans la revue Lecture pour tous. Il est réédité en 1921 aux éditions Pierre Lafitte sous le titre « Nounlegos, l’homme qui lit dans les cerveaux ». Nounlegos est un savant qui a inventé un « appareil spécial » électrique pour examiner le cerveau et lire dans les pensées. Il se rend chez le juge pour proposer ses appareils qui aideraient, selon lui, la justice à résoudre des affaires criminelles. Ils s’inspirent de la TSF, munis d’un émetteur et d’un récepteur. Le suspect est coiffé de l’appareil en forme de caisse. L’inventeur avec une visière sur le front manie l’autre appareil et trace des signes en forme de langage secret sur une feuille blanche à l’aide d’un stylet. Après des études de médecine, le savant se consacre à l’invention de cette machine capable de lire dans les pensées et au service de la justice.

Le roman Satanas de Gabriel Bernard paraît en feuilleton dans le Petit journal du 29 avril au 11 août 1922. Il présente les membres d’une confrérie, « les chevaliers de l’étoile », qui ont pour trait distinctif un organe en forme d’étoile rose leur permettant à la fois de communiquer par télépathie et de lire les pensées, comme un poste de TSF. C’est la TSF humaine qui permet aux cerveaux humains de communiquer à distance comme les ondes hertziennes. L’énergie télépathique se propage comme les ondes.
La bande dessinée « La T.S.F. interstellaire » de Val met en scène le professeur Bornilas qui a consacré toute sa fortune à l’invention d’un appareil émettant des ondes de 70 000 000 lieues pour atteindre la planète Mars et d’un récepteur. Mais le vieux professeur se désespère de ne pas recevoir de réponse. Sa fille et son élève mettent alors au point un stratagème en jouant le rôle de martiens et communiquent avec le professeur jusqu’au jour où de vrais martiens communiquent avec eux. Le savant ne sait rien du tour qu’on lui a joué et sa découverte fait le tour du monde.
Le télégraphe sans fil a réduit les distances entre les Hommes en leur permettant de communiquer entre eux. Les écrivains s’en sont emparé pour créer des histoires merveilleuses ouvrant ainsi la technique vers l’imaginaire.

Pour aller plus loin

Le merveilleux-scientifique. Une science-fiction à la française est une exposition gratuite visible sur le site François-Mitterrand du 23 avril au 25 août 2019, aux horaires d'ouverture de la BnF.
 
Lire les articles consacrés au "Cycle-Merveilleux scientifique" dans le Blog Gallica.
 
Pour lire des récits merveilleux-scientifiques dans les fonds Gallica, une carte aux trésors, sous la forme d'une bibliographie en ligne.
 
Pour se promener dans la richesse visuelle et iconographique du mouvement, un compte Instagram.

 

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