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Les playlists de Gallica : du Caucase à l'Anatolie

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15 janvier 2019

Découvrez une nouvelle série de billets consacrés aux fonds sonores de Gallica. Chaque mois, musiciens, chercheurs, collectionneurs ou simples mélomanes partageront ici leurs coups de coeur musicaux issus de nos collections numérisées. Jonathan Ward, du blog Excavated Shellac, est notre premier invité.

Jonathan Ward est chercheur, producteur et collectionneur de disques 78 tours de musiques traditionnelles. Son blog Excavated Shellac est depuis 2007 une référence pour les amateurs d'enregistrements sonores anciens des quatre coins du monde. Son travail a donné lieu à la publication de plusieurs rééditions sur disques publiées par le label américain Dust-to-Digital : Strings (2010), Opika Pende - Africa at 78 rpm (2011, nominé aux Grammy Awards dans la catégorie "Meilleur album historique") et Reeds (2015).

Jonathan Ward is a researcher, producer, and collector of 78rpm discs featuring traditional music. Since 2007 his blog, Excavated Shellac, has been a reference for lovers of early sound recordings from around the world. His work has led to the production of several reissues on CD published by the American label Dust-to-Digital: Strings (2010), Opika Pende: Africa at 78 rpm (2011, Grammy Award nominee for Best Historical Album), and Reeds (2015).
 

Pavel Maisuradze : Baiaty Chiraz (Géorgie, 1909)


 

Il y a quelque chose d'irrésistible dans les enregistrements anciens du Caucase. Un nombre étonnament important de disques de musique locale a été fait dans la région entre 1902 et 1915 par plusieurs des grandes marques européennes de l'époque. Leurs campagnes d'enregistrement ont pris fin avec la Première Guerre mondiale et la Révolution Russe, ce qui donne encore plus de valeur aux disques qui ont survécu, surtout quand ils sont en bon état. Tbilisi, ville multiculturelle, était le centre de l'industrie de l'enregistrement dans le Caucase à l'ère du 78 tours. La Gramophone Company, qui a publié ce disque, a commencé à enregistrer dans la région en 1902. Elle a capté tout style de musique afin de toucher le plus grand nombre possible d'acheteurs pour ses gramophones et ses disques : des choeurs polyphoniques géorgiens, des musiciens de mugham azeris, des solistes de târ et d'instruments à vent locaux. De nos jours on entend du duduk, une flûte à anche double de la région, à la télévision ou au cinéma. Voici l'occasion d'écouter un morceau de duduk datant de mai 1909, enregistré par l'ingénieur du son de la Gramophone Company Franz Hampe au cours d'une longue expédition en Asie Centrale. Les archives concernant cette session d'enregistrement mentionne l'un des interprètes, Pavel Maisuradze. Ce disque a ensuite atteri dans les bacs d'un disquaire parisien de la rue des Batignolles, comme l'indique son étiquette.

There’s something compelling and seductive about very early recordings from the Caucasus. An astonishing amount of discs featuring local music were made in the region from 1902 to 1915, by several of the major European multinational recording companies. However, the First World War and the Russian Revolution curtailed recording in the Caucasus for nearly two decades, making the early discs that exist even more valuable and uncommon, especially if in playable condition. Tbilisi, a culturally heterogeneous city, was the center of early 78rpm recording in the Caucasus. The Gramophone Company, the company that issued this disc, began recording there in 1902. They captured all manner of music to reach the largest amount of potential gramophone and record customers: Georgian polyphonic choirs, Azeri mugham musicians, soloists on the tar and local reed instruments, among others. The duduk, the double-reed flute of the region, can be heard today in popular television programs and on feature film soundtracks. Here’s a chance to here a duduk performance as it was in May of 1909, recorded by Gramophone Company engineer Franz Hampe while on a lengthy excursion through Central Asia. The original documentation of this session lists only one of the performers, Pavel Maisuradze. Somehow, as we can see from the scan, this 78 also made it to Paris to a record store on Rue des Batignolles.

Kürt oyun havası - Erzurum barı (Turquie, 1929)


 

J'ai une véritable fascination pour les enregistrements anciens d'instruments à anche double, au point de leur avoir consacré un disque entier, Reeds. Parmi mes préférés figurent ceux de musique de danse turque dans lesquelle on entend de la zurna accompagnée de duval, un tambour similaire à la grosse caisse. La zurna est un instrument important dans la musique traditionnelle turque, destiné à être joué en extérieur. Ce morceau, enregistré en 1929 à Istanbul, dégage une énergie propre à ce type de disques, avec par moment des cris d'encouragement aux danseurs. Comme c'est parfois le cas, ses interprètes sont anonymes. Son titre “Kürt oyun havası” est purement descriptif ("danse folklorique kurde"). “Erzurum barı” indique qu'il s'agit d'une danse folklorique de la province d'Erzurum, en Anatolie orientale (“barı” signifie "danse folklorique" dans les provinces du nord-est de la Turquie). Sans pouvoir l'affirmer avec certitude, la voix que l'on entend dans cet enregistrement me semble très proche de celle d'un autre disque 78 tours de zurna de la marque Columbia attribué à un duo nommé Mahir et Ali. On ne connaîtra peut-être jamais leur véritable identité.

I have a fascination with early recordings of harsh, double-reed instruments, and even issued an LP featuring some of my favorite performances. Among my favorites are Turkish dance tunes featuring the double-reed zurna accompanied by the davul, a struck bass drum. The zurna is an integral instrument in Turkish folk music and is clearly meant for outdoor use. This piece, recorded in mid-1929 in Istanbul, is as energetic as these records come, with occasional encouraging shouts to the dancers. These discs, like this one, are sometimes uncredited. The piece itself, “Kürt oyun havası” is descriptive, meaning “Kurdish folk dance.” “Erzurum barı” indicates that it is a folk dance from the Eastern Anatolian province of Erzurum (“barı” is a word for folk dance from the northeast provinces of Turkey). While I can’t be positive, the voice on the recording is very similar to the voice on other Turkish zurna/davul 78s on Columbia credited to a duo named Mahir and Ali. We may never know their complete identities.

Aïrana serun (Kalmoukie, début des années 1910)


 

Les musiques des minorités ethniques sont l'exception plus que la norme en matière d'enregistrement sonore ancien. Toutefois, les premières marques phonographiques ont cherché à capter les marchés les plus larges possible et, bien que marginaux, des enregistrements de minorités ethniques ont été réalisés à peu près partout où ces marques se sont aventurées. Pathé souhaite très tôt concurrencer la Gramophone Company anglaise dans le Caucase et son répertoire de disques d'Asie Centrale, publié en 1910 (et dont il existe un exemplaire à la BnF), compte de nombreuses références. Celui-ci en fait partie. Je l'ai choisi pour sa mélodie simple et hypnothique. Ici encore, son interprète n'est pas crédité. Les enregistrements de la minorité kalmouke ne sont pas courants. Jusqu'en 1959, moins d'une trentaine de disques 78 tours de musique kalmouke était sortie sur le label d'état Soviet. Les Kalmoukes sont de religion bouddhiste, comme leurs ancêtres de l'ouest de la Mongolie qui ont migré dans le nord du Caucase au début du XVIIe siècle.

Ethnic minority music is usually the exception when it comes to early recording, and not the norm. However, it was clear that early recording companies wanted to exploit the largest markets potentially available, so while not a common practice, the recording of ethnic minorities occurred almost everywhere the recording industry made inroads. Pathé clearly wanted to challenge The Gramophone Company in the Caucasus. They had issued a significant catalog of Central Asian discs by 1910 (a copy of which exists in the BnF’s archives). This disc was in that same series, from the same time period. I chose it because of its simple, mesmerizing melody. Again, it’s another uncredited performance. Recordings of the Kalmyk people in the Caucasus are not common. In fact, even by 1959, the State-run Soviet record label had, of their many thousands of discs, issued fewer than thirty 78s of Kalmyk music. The Kalmyks are Buddhists, their ancestors from western Mongolia who moved to the Northern Caucasus in the early 17th century.

Pour aller plus loin
Nos pages Sélections consacrées aux fonds sonores
Excavated Shellac, le blog de Jonathan Ward

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