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Le voyage en Orient du duc de Luynes

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14 août 2018

Le site Gallica s’enrichit d’un nouvel opus : l’atlas et les planches du voyage en Orient organisé par le duc de Luynes. Il a été numérisé grâce à un don de M. Sébastien Michelot dans le cadre de l’opération « Adoptez un livre » organisée par les Amis de la Bibliothèque nationale de France, dans une sélection relative à Palmyre en cours de valorisation sur le site Bibliothèques d’Orient.

Pétra

Cet ouvrage constitue un jalon important dans le développement de l’archéologie française en Orient ainsi que dans celui de la photographie dans l’édition scientifique. De plus, la personnalité du duc de Luynes, grand mécène et archéologue lui-même, reste chère à la Bibliothèque nationale, qui reçut en don une grande partie de ses collections en 1862.

Le voyage en Orient

Au port de la Joliette, dans la soirée du 9 février 1864, nous avions achevé à bord du paquebot à vapeur des Messageries l’Amérique nos dernières dispositions de voyage. »

À l’âge de 62 ans, Honoré d’Albert, duc de Luynes (1802-1867), mécène, collectionneur, numismate et archéologue reconnu, entreprend une ultime entreprise scientifique. Deux ans après avoir donné ses collections à la Bibliothèque nationale de France, alors qu’il souhaitait désormais se tenir en retrait, affecté par les morts successives de ses proches, il met ses compétences et les moyens les plus importants jamais donnés au service de l’exploration de hauts lieux de la Bible : autour de la Mer Morte et sur les rives du Jourdain, sans oublier Jérusalem. Melchior de Vogüe l’explique dans son introduction :
Son intention était de donner dans un vaste travail […] le résumé des recherches du philologue, des méditations du penseur et du chrétien. »
Le Ségor, bateau conçu pour les mesures en Mer Morte
 
Il s’entoure du géologue Louis Lartet, de l’officier de marine Louis Vignes ayant participé aux campagnes de Syrie, du médecin et naturaliste Gustave Combe. Pour les besoins des mesures en Mer Morte, il fait fabriquer une embarcation en fer démontable, en tranches, pouvant se transporter à dos de chameaux, le Ségor (du nom d’une ville de la région, citée dans la Bible et dont il contribue à identifier l’emplacement). Il embarque notamment avec les marins et les soixante chevaux nécessaires à son expédition.
 
Ils arrivent à Alexandrie, prennent un nouveau bateau jusqu’aux côtes de la Syrie. À Jaffa, ils débarquent les marins et le Ségor, qui forment une première caravane, tandis que Luynes et le reste de l’expédition poursuivent jusqu’à Beyrouth. Ils rejoignent Jérusalem à cheval. Luynes prend des notes, relève les inscriptions, entreprend des prospections avec Lartet. Louis Vignes est chargé des photographies. À la mi-mars, Ils se rendent ensuite à la Mer Morte pour y faire leurs observations pendant presque trois semaines. Après un séjour à la Ville Sainte, ils traversent le désert de Judée, le wadi Arabah et arrivent à Pétra et à la Mer Rouge. Luynes rentre laissant Vignes achever l’exploration de la rive Est du Jourdain jusqu’à Palmyre.
 
L’année suivante, en 1865, Luynes charge l’architecte Christophe Mauss et l’orientaliste Henry Sauvaire d’explorer les ruines de Kerak et Chaubak dont il avait pu remarquer l’intérêt en terme d’"architecture militaire du Moyen-Âge".
 
La publication
 
Chacun consigne ses résultats dans un rapport spécial tandis que Luynes tient un journal du voyage truffé de notes et de références. Honoré d’Albert de Luynes meurt en 1867 laissant son voyage inédit. Il devait en publier la synthèse. À son retour, il avait pris le soin de confier les clichés pris par Louis Vigne à Charles Nègre afin d’en réaliser les épreuves.
 

Source du Jourdain
 

L’attention à la photographie au service de l’archéologie anime en effet le mécène, qui, en 1856, lança un concours sous la houlette de la toute jeune Société française de photographie. Si la photographie est apparue en 1839, les procédés ne permettent pas encore de multiplier (et donc de diffuser) une image ni de la pérenniser, les tirages pâlissant à la lumière. Le but du concours est de favoriser la recherche afin de "vulgariser par des procédés facilement pratique les documents utiles aux savant, aux archéologues et aux artistes".
 
Or à l’issue du concours, le procédé de Charles Nègre fut jugé comme permettant les plus belles épreuves à défaut de remporter le prix. Luynes s’en est sans aucun doute souvenu.
 
Melchior de Vogüé succède à Luynes à l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres en 1868. Il s’est illustré en parcourant le Levant et l’Asie Mineure au point d’y récolter près de 200 documents palmyréniens publiés dans le troisième volume des Inscriptions sémitiques. De 1868 à 1870, il repart dans le but de vérifier les emplacements exacts des sites repérés par l’expédition de 1864 et finalise l’ouvrage. Il est publié en 1875 sous la forme de trois volumes de texte : le journal de Luynes, les rapports et l’exploration complémentaire de 1865, le volume de géologie par Lartet et de l’atlas, portefeuille de planches.
 

Dans la suite de la grande expédition de Félicien de Saulcy, Voyage autour de la Mer Morte et dans les terres bibliques, exécuté de décembre 1850 à avril 1851, publiée en 1853, le voyage de Luynes s’enrichit de notes et d’observations dans les domaines aussi bien des sciences naturelles, de l’archéologie et de l’histoire que de l’ethnologie. Les inscriptions recueillies viennent nourrir le projet de corpus des inscriptions sémitiques, les spéculations alimentent le débat sur l’emplacement des villes citées dans la Bible et, avec Lartet, l’archéologie démontre pour la première fois de la présence de la Préhistoire en Palestine. Après l’expérience d’Auguste Salzmann d’éditer en 1856 un volume de prises de vue de Jérusalem, l’ouvrage de Luynes constitue une nouvelle étape dans l’expérimentation de la photographie appliquée à une publication scientifique dans la région.

 
La Bibliothèque possède plusieurs exemplaires de l’atlas, reliés différemment : le portefeuille sous sa forme originale (RES FOL-NFG-12 (Atlas)) a été acquis pour la Réserve des Livres rares, le FOL-O2F-502 (5) est entré par don. L’exemplaire numérisé sur Gallica, le FOL-O2F-502 (4) est celui entré par le Dépôt légal. Il présente pour particularité d’avoir reliées ensemble les 84 planches correspondant aux tomes I et II, les 14 planches du "Voyage du duc de Luynes" avec l'estampille du dépôt légal D.L. 1872 auxquelles ont été ajoutées, en tête de l'atlas, les XIV planches du tome III (estampille D.L. 1874-1875). Dans la couverture de la livraison 2 figure une autre estampille : D.L. 1871, n° 2. Il manque à ce volume la carte du tome I : "Réduction des cartes du cours inférieur du Jourdain, de la mer Morte, du Wady Arabah et du Wady el Jeib...", conservée à part aux Cartes et plans.

Les trois volumes de texte, en attente de numérisation sur Gallica, sont proposés dans le cadre d’"Adoptez un livre".

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