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Plus de mille dessins de Georges Wolinski (1934-2015) dans Gallica

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12 mars 2019

Les dessins de Georges Wolinski, entrés par don à la BnF en 2012, sont consultables par tous dans Gallica. C’est le premier grand ensemble de dessins de presse contemporains mis en ligne, avec l’accord de l’artiste et de ses ayants-droit. Une occasion de mieux connaître un dessinateur talentueux, féru de liberté.

Dès les années 2000, Georges Wolinski attire l’attention des pouvoirs publics sur le dessin de presse en France : de nombreuses collections de plusieurs dizaines de milliers de dessins méritent d’être conservées dans les meilleures conditions. Commentaires amusés et critiques averties sur l’actualité au jour le jour, ces œuvres éphémères sont des miroirs à multiples facettes de notre époque, réserves précieuses pour les chercheurs d’aujourd’hui et de demain. En 2007, sous l’égide de Georges Wolinski, le Rapport "Duvernois" sur la promotion et la conservation du dessin de presse est remis au ministère de la Culture et la Bibliothèque nationale de France est chargée de collecter et de valoriser ces œuvres originales. En 2011, Wolinski dépose l’ensemble de ses archives à la BnF et fait un don de plus de mille dessins l’année suivante. La numérisation de cet ensemble entré par don et son accessibilité via Gallica est une grande nouveauté dans l’histoire de la Bibliothèque. C’est en effet la première fois qu’un fonds contemporain de cette importance, couvrant une période très récente (fin des années 1950 aux années 2010), est mis en ligne avec  l’accord enthousiaste des ayants-droit.

Wolinski est une figure incontournable du dessin de presse en France. Réputé pour sa jovialité teintée d’une certaine mélancolie, il a su saisir l’esprit de son temps : après une enfance marquée par les années de guerre et une adolescence ouverte aux arts populaires américains (cinéma et bande dessinée), il aborde les années 1960, plein d’enthousiasme, emporté par l’élan de toute une jeunesse impatiente, déterminée à secouer les vieux repères, à inventer une nouvelle façon de vivre, faite d’une insolente liberté.  
 

  

C’est en 1960, lors de son service militaire en Algérie, qu’il découvre le tout nouveau journal satirique Hara Kiri, admirant tout particulièrement les dessins soignés et délirants de Roland Topor. Au cours d’une permission en France, il se rend à Paris, au siège du journal et propose ses dessins qui sont retenus et  publiés en 1961.

 
Fidèle à l’équipe de Cavanna et de Georget Bernier alias le professeur Choron, il noue une solide amitié avec les dessinateurs devenus célèbres tels que Topor, Reiser, Gébé, Cabu ou Willem. Avec eux, Il partage des moments inoubliables, faits d’expériences extravagantes et de prises de conscience fulgurantes sur la société d’alors, ses codes et ses limites qu’ils aiment à transgresser.

  

Après l’interdiction de l’Hebdo Hara-Kiri (n°94, 16 novembre 1970), Wolinski  poursuit l’aventure avec Charlie Hebdo (première époque de 1970 à 1982, puis deuxième époque à partir de 1992) où il trouve la mort le 7 janvier 2015,  lors de l’attentat contre le journal. Son style vif et enjoué plaît à un public de plus en plus large et l’incite à diversifier ses activités. Il dessine pour une quarantaine d’autres titres de journaux dont Libération, Le Nouvel Observateur, L’Humanité, Paris Match et Le Journal du dimanche.

Dès la fin des années 1960, il met son art au service du spectacle et de la publicité. En octobre 1969, pour la pièce de théâtre Je ne veux pas mourir idiot, il dessine les personnages, les affiches et les publicités dans Hara-Kiri. En 1975, il crée la pièce Le Roi des cons avec une mise en scène de Claude Confortès et dessine les affiches et les publicités dans Charlie Hebdo.
 

L’ensemble des dessins accessibles dans Gallica couvre 50 ans de création. On y trouve des dessins des années 1950 où l’on voit le jeune Georges chercher son style à travers des thèmes très variés : croquis sur une place de village, orchestre de jazz, étude d’architecture, dessins réalisés sur le vif, à Reggane, la base de son service militaire, au bord du désert algérien.

En 1959, lors de son service militaire, il assiste à un essai nucléaire. Frappé par ce spectacle, il transcrit son impression en un dessin saisissant (une tête de mort surgissant d’une boîte de TNT) qu’il propose en 1959 à un concours à Angers.
 

Lorsque Wolinski revient à Paris au début des années 1960, son style graphique est très dense : dessin à la plume et encre de Chine, grands formats, multiplication de personnages, illustration de textes littéraires comme ceux de Dante ou Victor Hugo. Ces dessins publiés dans les premiers numéros de Hara-Kiri nous font pénétrer dans des mondes étranges où se juxtaposent et se mêlent des personnages réalistes ou grotesques dans des situations cauchemardesques.
 
C’est en 1965 que Wolinski abandonne ce style luxuriant sur les conseils de Cavanna qui s’amusait des croquis enlevés et pleins d’humour dont il couvrait ses carnets de notes, lors des conférences de rédaction, au siège du journal Hara-Kiri. On sait, par la suite, le succès de son personnage masculin, filiforme, affublé d’un gros nez et d’une candeur malicieuse, courant derrière des jeunes filles en fleur.

Wolinski a publié plus d’une centaine d’albums, à partir des dessins de l’année, parus dans les journaux ou d’autres supports (Canal +, avec les aventures de Scoopette, la nympho de l’info, 1994). Le dessin d’une jeune fille suspendue à une branche d’arbre est tout à fait représentatif de l’art qui a fait son succès et sa réputation : un danger menace, une inquiétude surgit alors que tout ne semble que beauté, innocence et plaisir.
 

 
Curieux de tout, doué d’un sens aigu de l’amitié, Wolinski a répondu à des commandes très variées, remplissant des carnets de croquis, rapportant de voyages lointains des reportages dessinés, créant des compositions pour des jeux de société et des produits dérivés, etc. C’est dans cet esprit d’ouverture qu’il s’est improvisé dessinateur de prétoire lors du procès De Broglie en 1981.

 

L’ensemble des œuvres originales de Georges Wolinski, consultables dans Gallica, comprend des dessins publiés (dont nombre sont encore à identifier : dates, titres de publication), des croquis rapides à peine esquissés et des compositions plus élaborées, restées inachevées où l’on voit le travail se faisant : sur une composition au crayon graphite, l’artiste « remplit » les formes, restituant volumes et profondeur.

  

"Je m’appelle Jean-Louis"... Encre de Chine sur crayon graphite, inachevé, début des années 1960.

Ce large panorama permet d’apprécier la grande diversité de style et d’inspiration de l’artiste. L’ensemble constitue un creuset d’une grande richesse pour saisir l’esprit d’une France de la deuxième moitié du 20e siècle, libérée de ses chaînes morales et prise dans de nouvelles contradictions. Importante matière à réflexions pour les futurs chercheurs.

Voir tous les dessins de Georges Wolinski numérisés dans Gallica.
Découvrir ce fonds classé par période et par titre de presse.

Pour aller plus loin, une sélection de documents sur Georges Wolinski et sur la caricature dans les "Gallica vous conseille" qui leur sont consacrés.

Commentaires

Soumis par Feuerhahn le 14/03/2019

Formidable initiative du secteur consacré au dessin de presse de laBnf.
Bravo à Martine Mauvieux qui travaille sans relâche avec enthousiasme et générosité avec de beaux résultats !

Soumis par Monique Marcasse le 18/03/2019

Un Super giga-travail qui mérite toutes mes félicitations.
Merci à vous.

Soumis par Jacques RAOUX le 20/03/2019

Œuvre formidable. A souligner le travail graphique des années 60, et le talent fou pour un graphisme qui n'a pas été suffisamment exploité.

Soumis par Nadine Gudimard le 30/03/2019

Rien de plus à dire...

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