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George Sand et la Révolution de 1848

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12 mars 2018

Dans le cadre du cycle de manifestations sur les écrivains et la presse, le blog Gallica publie deux billets sur l’œuvre journalistique de George Sand pour préparer la rencontre avec Marie-Ève Thérenty et Jean Rime le 15 mars prochain. Ce second billet sera consacré à l'implication politique de George Sand autour de 1848.

George Sand, journaliste féminine mais pas féministe, dans Le Journal amusant (1895)

 

Comme beaucoup de grands hommes de son temps, George Sand est journaliste : sa vie est ponctuée de publications dans la presse, et notamment d’articles politiques. Mais justement, elle n’est pas un grand homme mais une « grande femme » qui agit à sa façon avec et sur le bouleversement politique de 1848.

La politique dans le journal avant 1848

Très tôt, son rapport au journal prend un aspect politique : elle publie les Lettres à Marcie en 1837, dans Le Monde de Lamennais, journal ultramontain qui s’oppose notamment au journal fouriériste La Phalange. Une critique épistolaire s’y développe en réponse à son texte. Elle interrompra la publication, car l’abbé de Lamennais la censure.

C’est un peu plus tard, à partir de 1843, que son activité se développe dans les journaux. Elle s’illustre dans l’Almanach populaire de la France pour 1845, qui s’affirme comme instrument de propagande républicaine : elle y publie le « Père Va-Tout-Seul » dans lequel elle joue de la théâtralisation.

Le « Père Va-tout-Seul », publié dans l’Almanach populaire de la France en 1845
 

Elle affirme sa prise de position politique en s’impliquant fortement dans certains journaux. Sand soutient La Revue indépendante financièrement, et également en y publiant des romans. Il en est de même pour L’Eclaireur de l’Indre qu’elle aide à voir le jour. C’est pour elle l’occasion de prendre la parole dans des « premiers-Paris », véritables articles de politique dont le plus important est, en 1844, « La Politique et le socialisme. » La presse régionale lui permet de recentrer le discours sur les véritables problèmes de la société.

En parallèle, elle écrit dans le journal républicain La Réforme, et propose des romans publiés en feuilleton dans Le Constitutionnel et La Presse. Dans ce dernier, elle publiera par la suite l’Histoire de ma vie – dont la parution, envisagée dès 1847, est retardée par Henri de Latouche. Le roman dans le journal est un moyen pour elle de donner une voix aux opprimés : le scandale qu’elle provoque avec la publication de Fanchette dans La Revue indépendante est un vibrant plaidoyer pour l’égalité.
Cette activité se poursuit et s’intensifie avec le renforcement des  libertés de la presse en mars 1848 : c’est l’explosion, le temps d’un bref moment d’universalité.

L’effervescence du printemps 1848

Alors que la liberté de la presse est en plein essor, George Sand participe de bien des manières à l’effervescence politique. Elle ne fait pas partie des commissions politiques officielles, mais elle en connaît tous les acteurs, comme Pierre Leroux, co-fondateur du Globe, élu député en 1848.
Pour sa part, elle participe à l’événement, mettant au point des textes qu’elle souhaite réactifs, bien que son style ample la pousse surtout vers la revue, plus adaptée à de longs articles. C’est ainsi qu’elle crée avec Victor Borie, en avril 1848, La Cause du Peuple, qui après 3 numéros disparaît faute de moyens, et où elle développe ses idées. En parallèle, elle participe à La Vraie République de Thoré, journal rapidement interdit par Eugène Cavaignac.

 

Son intense activité ne s’arrête pas là : elle en revient à la forme théâtrale, inaugurée avec le « Père Va-Tout-Seul » en 1845. Dans La Cause du Peuple, elle publie Le Roi Attend, une pièce qui met en scène l’avènement du peuple souverain. En mars, fidèle à son ancrage régional, elle publie dans les Petites affiches de la Châtre. Mais c’est sans doute en avril qu’a lieu l’apogée de son action politique : en écrivant les Bulletins de la République elle devient la voix de la République, et peut défendre dans un texte lu de tous des idées telles que le droit à l’insurrection.
 

Ce fort engagement amène son lot de critiques. C’est le cas dans la série de romans satyriques et sociaux Jérôme Paturot de Louis Reybaud où, en octobre, alors qu’elle s’est retirée de la politique, elle est présentée comme une imposante « muse » républicaine. De même, une charge d’Eugène Gaucher dans Le Monde illustré la montre « gigogne » protectrice d’hommes de peu d’envergure.

La « muse » qui « engraisse » dans Jérôme Paturot et la « Gigogne politique » par Eugène Gaucher

La « plaisanterie » de la candidature à l’Assemblée nationale

La période qui suit la Révolution de 1848 est également un moment de brève explosion de la presse féministe. De grands journaux d’opinion féminins se créent, comme par exemple L’Opinion des femmes autour de Jeanne Deroin dont le coup d’éclat est de se présenter le 13 mai 1849 aux élections législatives.

Mais, justement, George Sand n’écrit ni comme femme, ni pour les femmes. Quand Eugénie Niboyet, féministe saint-simonienne puis fouriériste, annonce le 6 avril dans le journal La Voix des femmes sa candidature aux élections, Sand multiplie les déclarations de mise à distance vis-à-vis de cette « plaisanterie ». Elle le fait savoir dans La Réforme, mais aussi dans La Vraie République et La Ruche de Dordogne, affirmant qu’elle n’a rien à voir avec ces groupes féminins. Elle restera résolument non-candidate.

Cette prise de position surprend aujourd’hui, et contribue à l’époque à forger de l’écrivaine une image masculine, à distance des autres femmes, jusqu’à une forme de misogynie supposée. C’est ce que l’on devine dans la présentation qu’Adolphe Pictet en fait lors d’un voyage fictif avec Sand.

Portrait tiré du Monde illustré du 16 août 1884

Cette période très politique chez George Sand prend fin avec les journées sanglantes de juin, et l’interdiction de certains journaux, dont La Presse, pendant plusieurs semaines. En été 1848, elle se replie à Nohant et ne prend part à la politique que pour critiquer Louis Napoléon Bonaparte, dans La Réforme ou dans une publication collective. L’expérience de 1848, et notamment la violence des journées de juin, l’ont amenée à renoncer à l’idée d’une médiation directe avec le peuple par la presse. Elle n’en reprendra pas moins la plume pour écrire dans les journaux, mais l’idéal de communication qui la soutenait en 1848 est perdu.
 

Pour aller plus loin :

Voir la bibliographie "Les écrivains et la presse" et le billet sur "George Sand et la presse".

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