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Des expositions internationales à la Biennale de Venise

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11 mai 2021

La Biennale de Venise a vu le jour autour de 1893 dans le but de promouvoir la créativité italienne tout en développant le tourisme dans la région, en s’inspirant du modèle des expositions universelles. Cette année, la 17e Biennale d’architecture s’ouvre en mai 2021 autour d’un questionnement sur notre faculté de vivre ensemble.

Pellerin, Promenade à l'Exposition Universelle de Paris, 1855

Les premières expositions internationales : un modèle ?

Symboles d’une modernité triomphante, les expositions universelles apparaissent durant la seconde moitié du XIXème siècle en Europe. De nombreuses nations visent à faire connaître leurs meilleures créations techniques, industrielles, artistiques et architecturales auprès des pays voisins. C’est à Londres en 1851 que naît la première exposition universelle : The Great Exhibition of the Works of Industry of all Nations. Pour cette occasion, le Crystal Palace est construit par Joseph Paxton à Hyde Park avec une architecture de métal et de verre majestueuse. Le public était au rendez-vous et pouvait déambuler au milieu des stands. Un million de visiteurs pu découvrir les différents pavillons. D’autres pays vont imiter la Grande-Bretagne afin de témoigner de leur puissance économique, à l’instar de la France, sous l’impulsion de l’empereur Napoléon III, dès 1855. Dès lors, l’organisation des expositions se succède. On notera celle de 1900, qui marque le tournant du siècle, ainsi que l’exposition coloniale de 1831, ou encore celle de 1937, qui met à l’honneur les territoires d’Outre-Mer. Mais face à une surenchère grandissante, on commence à se poser la question de l’utilité de ce type d’expositions, et certaines initiatives se recentrent sur les arts décoratifs ou sur les arts plastiques.
 


Agence Rol, Crystal Palace, Londres, 1913

Des expositions internationales dédiées aux arts décoratifs et à l’architecture

Dès 1850, une large place est accordée aux arts lors des expositions universelles, comme on peut le voir dans le Grand Salon carré en 1855. La section beaux-arts passionne les foules dans les capitales européennes, à Paris, à l’exposition universelle de Vienne en 1873, à l’exposition universelle d’Anvers en 1885, en 1889 avec le Pavillon des aquarellistes et le Palais des Beaux-arts de Paris ou encore à Bruxelles en 1910 et en 1935… Par ailleurs, les expositions universelles offrent de belles découvertes architecturales, dont la tour Eiffel construite pour l’exposition universelle de 1889 par Gustave Eiffel et ses collaborateurs en un temps record de deux ans. On découvre également en 1900 le Grand Palais, conçu par Charles Girault pour accueillir de grandes manifestations sous une voûte d’acier, de fer et de verre, qui semble s’inspirer du Crystal Palace. Au fil des années, les réalisations architecturales des expositions universelles prennent l’aspect de villes éphémères et colorées, prenant place à Paris autour du Champ de Mars et des Champs-Elysées.


Gustave Doré, Physionomie du Grand Salon carré à l'exposition universelle des Beaux-Arts, 1855

Frans Van Kuyck, Exposition Universelle d'Anvers sous le haut patronage de M. le Roi des Belges, mai 1885 - octobre : enseignement, arts libéraux, arts industriels, industrie, marine et commerce, pêche et pisiculture, électricité, agriculture et horticulture, beaux-arts, 1885

Neurdein frères, Exposition Universelle Paris 1889.
La Tour Eiffel et le Trocadéro, vue prise du Champ de Mars
, 1889


Neurdein frères, Exposition Universelle de 1900. Le Grand Palais, 1900

L’Esposizione biennale artistica nazionale

C’est en 1894 qu’a germé le projet d’une manifestation d’ampleur internationale à Venise. Les travaux de construction du Palais de l’Exposition furent menés dans les jardins du quartier de Castello sous la direction de l’architecte Enrico Trevisanato et de l’artiste vénitien Mario De Maria. Ouverte au public le 30 avril 1895, l’Esposizione Internazionale d'Arte della Città di Venezia fut saluée par la présence du roi et de la reine, Umberto I et Margherita de Savoie, et rassembla plus de 200 000 visiteurs. Cette initiative s’inspirait des expositions internationales, qui avaient lieu en France, en Angleterre, en Autriche et aux États-Unis et proposait au public de l’époque de découvrir les nouveautés des arts et de l’industrie. Le succès fut au rendez-vous dès la première édition et le public fut immédiatement fidélisé.


Exposition universelle 1889. Venez tous à Paris voir l'Exposition, 1889.

Une Venise attractive

Il faut se souvenir que Venise, à l’orée du XXe siècle, continuait de séduire les touristes sur les traces du Grand Tour. Nombre d’écrivains et d’artistes se rendaient sur la lagune pour admirer les trésors du passé et découvrir les nouvelles formes d’exposition, comme le rappelle le quotidien Les Potins de Paris en 1922 :

On ne saurait compter les voyageurs, artistes et écrivains désireux de se baigner dans son atmosphère propice à l’inspiration, tels John Ruskin, Théophile Gautier, Henri de Régnier et les peintres Manet, Whistler ou Félix Ziem, qui entreprirent le voyage dès 1842, ou encore Claude Monet.


Marthe de Fels, La vie de Claude Monet, Paris, 1929, p. 190.

Ces peintres recherchaient la proximité avec les grands modèles (Carpaccio, Le Tintoret, Véronèse) et faisaient grand usage de l’aquarelle à la fin du XIXe siècle. Le couple américain Daniel et Ariana Curtis recevait dans leur Palazzo Barbaro de nombreux artistes, parmi lesquels le poète anglais Robert Browning, Edith Wharton, Claude Monet et les peintres John Singer Sargent et Whistler. Ils hébergèrent à plusieurs reprises Henry James, qui avouait sans détour son affection pour Venise, où il séjourna dix fois entre 1869 et 1907 et qui fit de la cité le décor de son roman Les Ailes de la Colombe (1902).


James McNeill Whistler, Gondola under a bridge, 1886

Pour guider les artistes dans leur découverte des œuvres du passé, John Ruskin avait publié en 1851 son ouvrage Pierres de Venise, que Marcel Proust admirait lorsqu’il visita Venise en 1900 accompagné de sa mère à l’âge de 29 ans. Dans son œuvre, le narrateur associe le souvenir d’Albertine disparue à un séjour à Venise :


Marcel Proust, À la recherche du temps perdu ; 7. Albertine disparue. Tome 7, vol. 2. Paris : Gallimard, 1925, p. 133.

Par ailleurs, il invite ses compatriotes à modifier leur appréhension de Venise en s’inspirant de la lecture de Pierres de Venise, afin de renouveler leur regard sur la cité illustre :


Marcel Proust, La Chronique des arts et de la curiosité : supplément à la Gazette des beaux-arts, Paris, 5 mai 1906, p. 147.

L’extension des pavillons internationaux


Louis Hautecoeur, « La XIXe Biennale de Venise », Les Cahiers de Radio-Paris : conférences données dans l’auditorium de la Compagnie française de radiophonie, Paris, 15 janvier 1934, p. 784.

 

Au gré des succès des différentes Biennales, des pavillons à destination des artistes de l’étranger sont construits dans les Giardini. La Belgique inaugure son pavillon en 1907, suivi par la Hongrie et la Grande-Bretagne en 1909, la France en 1912 et la Russie deux ans plus tard. En 1932, la Biennale s'étend finalement au-delà des Giardini, avec la construction d'un complexe de pavillons dédiés à la Pologne, la Suisse, la Yougoslavie et la Roumanie sur l'île adjacente de Sant'Elena, accessible par une passerelle. Le pavillon autrichien et celui de la Grèce sont inaugurés en 1933 et 1934. Puis, en 1937, la construction du Palazzo del Cinema sur le Lido élargit encore le périmètre de la Biennale au 7e art. Comme le souligne Fanette Roche-Pézard, Venise et ses Biennales continuent de fasciner durant la seconde moitié du XXe siècle :

Revue d'histoire moderne et contemporaine, Société d'histoire moderne et contemporaine, Paris : Belin, juillet 1983, p. 475.

Enfin, la Biennale s’élargit aux arts de la musique et du théâtre dès 1932 et de l’architecture, qui s’expose, dès 1980, dans les anciens bâtiments de l'Arsenale. En 1999, la danse rejoint la programmation.

La consécration d’une architecture à l’ère post-moderne

Liliane Voyé nous rappelle, en 1989, l’importance de cette première Biennale consacrée à l’architecture, qui consacre son rôle social à travers la notion de « Strada Novissima » :


Liliane Voyé, « Les images de la vile, questions au post-modernisme »,
Espaces et sociétés : revue critique internationale de l'aménagement, de l'architecture et  de l'urbanisation, Paris, 1989, p. 78.

Cette année, c’est dans un contexte d’inégalités économiques et de divisions politiques que le commissaire, Hashim Sarkis, propose de réfléchir sur la notion de vivre ensemble. Architectes, mais aussi artistes, constructeurs, artisants, journalistes, sociologues et citoyens sont invités à collaborer à cette réflexion « How will we live together ? ». 65 participations nationales prennent place dans les pavillons des Giardini, à l’Arsenale et dans divers lieux du centre de Venise.

Pour aller plus loin

 

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