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Coloriages pour la jeunesse (1) : l'univers de l'enfance

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À l’occasion de Partir en livre, la grande fête du livre pour la littérature jeunesse, et pour faire suite à l’exposition « Haut en couleurs, laboratoire du coloriage » à la médiathèque Françoise-Sagan en 2017-2018, Gallica vous présente quelques-uns de ces objets essentiels dans l’histoire de la culture enfantine.

Album à colorier, s.d.

Je sais que tous les petits enfants aiment dessiner, peindre surtout, car les couleurs attirent beaucoup plus leur imagination que le noir sur le blanc. […] S’ils y prennent goût et intérêt, j’en serai ravi, heureux d’avoir créé un peu de joie pour les petits et beaucoup de tranquillité pour leurs parents. » G. Vandières, Chansons de mon jardin à colorier, 1944.

Qu’est-ce qu’un coloriage ? Dans l’esprit commun, un exercice à destination des enfants, pour lequel la consigne, répétitive et rébarbative serait de « ne pas dépasser », de « recopier le modèle », de « bien s’appliquer ». C’est aussi une forme de récompense, à l’école, quand on a terminé tout son travail ; ou encore un jeu mathématique ou grammatical permettant de remplir des plages colorées qui, peu à peu, dessineront une scène figurative. Le livre de coloriage serait donc un modèle à recopier, une mise en couleur guidée (ou pas), un exercice de patience et de rigueur, une activité de délassement ludique ou au contraire d'apprentissages déguisés, dans le cadre scolaire...
À l’horizon des années 2000, les livres de coloriage pour tous les âges ont fait l’objet d’un large engouement. Parfois proche de l’enluminure pour la minutie qu'il réclame, l’album de coloriage se fait aussi exutoire libérateur, carnet de gribouillages, exercice de graphisme dont le propriétaire est invité à compléter le dessin.
Pourtant, c'est loin d'être une nouveauté ! Il s’agit en effet d’un genre peu conservé en bibliothèque, dont l’histoire reste à écrire, mais dans lequel les plus grands peintres et illustrateurs se sont illustrés. Ce sont des objets essentiels dans l'histoire de la culture enfantine, et dans la représentation de l'enfance. Les documents numérisés par la BnF et ses partenaires en attestent : Gallica vous invite, petits et grands, à retrouver l'enfant qui sommeille en vous pour sortir pinceaux, feutres, crayons de couleurs et à vous remettre à l'œuvre en quelques clics !

Dites-vous bien, chers amis, que peindre est un art délicat et assez difficile. Toutefois, pour prendre goût au dessin et à la peinture, il est bon de commencer par le coloriage, exercice utile, passe-temps agréable, qui vous réservera […] pas mal de surprises et de joies ». G. Vandières, Chansons de mon jardin à colorier, 1944.

Les premiers coloriages naissent avant l’apparition des feutres et des couleurs toutes faites. Il convient alors d’apprendre à maitriser les mélanges de couleurs, le dosage de l’eau, le maniement du pinceau. Dans un premier temps, ils ne s’adressent pas aux tout-petits. Les albums de coloriage sont parfois aussi de véritables livres-objets, fournissant la peinture et les pochoirs, ou prenant la forme d’une palette.
Les sujets proposés concernent principalement l’univers familier de l’enfant : la nature qui l’entoure (plantes, animaux et paysages), ses jeux et jouets, son environnement familial, mais peuvent aussi élargir ses horizons.

Pour les enfants sages, et notamment les jeunes filles, de nombreux titres s'intéressent aux fleurs ou aux fruits, qu'il s'agit de colorier d'après modèle, ou de reproduire dans des carnets de croquis appliqués. Il s'agit alors de tableaux colorés, certes, mais assez réalistes, qui peuvent servir de support à un apprentissage amusant de la botanique. Les études de paysages (villes, montagnes,  scènes bucoliques avec moulins, lacs, et ponts) sont également très souvent proposées. C’est aussi l’occasion de montrer à l’enfant le monde et sa géographie.

Du côté des animaux, très anciens compagnons de l’enfance, l’inspiration est double. Comme pour les plantes et les paysages, on trouve une veine réaliste qui représente les animaux dans leur milieu naturel et par grandes familles, sous forme de planches encyclopédiques, d’imagiers, de visite au Jardin des plantes ou de scènes de la vie sauvage.
Par ailleurs, la veine humoristique et caricaturale venue des fables médiévales traverse l’ensemble de la production. Les animaux anthropomorphisés sont nombreux : un singe conduit une carriole, les poules portent un chapeau du dimanche et la girafe des pantoufles, une chèvre joue du piano, un lapin prend en photo un dindon... Le jeu, le divertissement prennent ici le pas sur la leçon de choses.

L'album de coloriage est un objet archétypique de l'enfance : tout le monde ou presque en a eu, en a orné les pages, il éveille immédiatement une part de nostalgie, d'autant plus que les jouets et l'univers du quotidien, en sont souvent les vedettes. L'album de coloriage trouve ainsi sa place entre le manuel de lecture et le livre amusant, l'imagier et l'album : un archétype de l'enfance.
Le jeu sous toutes ses formes y est représenté : déguisements, colin-maillard, jeux de plein air, jeux d’imitation… y compris quelques bêtises. Les jouets sont également à l’honneur : corde à sauter, dinette, poupée, ballon, et autres cheval à roulettes.
 

« Et maintenant, jeunes artistes, il ne vous reste plus qu’à colorier ce paquet de Vitpris « alsa » et ce sachet de levure « alsa ». Afin que vous puissiez les mettre en couleur, demandez à votre maman d’acheter l’un et l’autre ». Le secret de Fanchette

La publicité a très tôt tiré parti du livre de coloriage pour imposer marques et produits dans l'esprit des enfants et pénétrer dans les familles. Cela commence dès le début du XXe siècle, avec l'essor des supports de communication sous forme papier, qu'il s'agisse de petits fascicules ou des simples images. Prenant tour à tour la forme de petite histoire édifiante (Le secret de Franchette pour réussir ses gâteaux vient évidemment de la levure Alsa) ou de documentaire (la publicité pour la Maïzena propose un éclairage sur la culture du maïs), les coloriages peuvent également servir de cadeaux publicitaires, comme ces albums des Grands magasins du Printemps ou du Louvre.

Comme l’ensemble de la littérature pour la jeunesse, les coloriages transmettent les valeurs d’une société à une époque donnée, certaines de ces valeurs pouvant aujourd’hui nous heurter. Entre 1870 et 1945, les représentations patriotiques et militaires accompagnent les enfants : uniformes, décorations militaires et drapeaux se prêtent bien à la mise en couleur tout en flattant le patriotisme des petits citoyens en devenir. Il n’est pas rare de voir les enfants se déguiser en soldats ou jouer à la guerre. La première guerre mondiale suscite une production importante, notamment sous forme de cartes postales. Le discours colonialiste y trouve aussi un terrain d’expression privilégié.

Pendant l’opération Partir en livre, Gallica fête la littérature pour la jeunesse.
Du mercredi 11 au mardi 17 juillet de 10h à 18h, au grand Parc d’attractions littéraires de La Courneuve, retrouvez les bestiaires à découper et à colorier de Gallica dans l’atelier "Range ton monde" de l’illustratrice Joëlle Jolivet.

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