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Michel Zévaco est mort il y a 100 ans

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8 août 2018

Michel Zévaco, né le 1er février 1860 et mort le 8 août 1918, il y a tout juste 100 ans, fut un journaliste très engagé à gauche, avant de devenir l’auteur de nombreux romans-feuilletons, souvent adaptés et populaires aujourd’hui encore, notamment le célèbre cycle de cape et d'épée Les Pardaillan.

Michel Zévaco poursuit au début du XXe siècle la tradition du roman-feuilleton d’aventures du XIXe siècle, illustré par Alexandre Dumas, puis Paul Féval et bien d’autres. Mais il est aussi pleinement de son temps et profondément influencé par les combats politiques qu’il mène. Le romancier ne cherche pas à faire preuve d’originalité par rapport à ses devanciers dont il réutilise, avec beaucoup de talent, toutes les ficelles. Il respecte les règles du genre, dans des récits efficaces où se multiplient les coups de théâtre, les duels, les enlèvements, les trahisons et les vengeances, tout l’arsenal du mélo adapté à l’écriture romanesque. Les personnages sont souvent des archétypes qui personnifient l’avarice, la ruse, la noblesse ; ils sont infâmes ou merveilleux, rarement ambigus, toujours excessifs.

Zévaco possède pourtant un ton qui n’appartient qu’à lui, notamment grâce à son humour singulier mais aussi à sa façon de pratiquer un va-et-vient constant entre l’évidence de l’intrigue et le secret à demi révélé de son symbolisme psychologique, social et politique. Si les récits de Michel Zévaco ont mieux survécu que ceux des autres auteurs tardifs de cape et d'épée, c'est parce qu'il a su créer et exploiter des personnages assez originaux et complexes pour intéresser durablement les lecteurs et lectrices, Pardaillan et Fausta notamment. C’est aussi et surtout parce qu'il a réussi à redonner du sens aux principes du roman d'aventures historique en y transposant ses convictions politiques. C’est ainsi une IIIe République libertaire qui surgit sous Charles IX, en un second degré encore plus « populaire » que le premier. Ce ton très moderne lui vaudra d'ailleurs d’être redécouvert et apprécié quelques décennies après sa mort, à partir de 1950. Jean-Paul Sartre relève par exemple avec humour dans Les Mots (p. 72-73) le caractère politique des héros de la série des Pardaillan, qu’il dévorait avec passion, enfant :

« Surtout, je lisais tous les jours, dans Le Matin, le feuilleton de Michel Zévaco : cet auteur de génie, sous l’influence de Hugo, avait inventé le roman de cape et d’épée républicain. Ses héros représentaient le peuple ; ils faisaient et défaisaient les empires, prédisaient dès le XIVe siècle la Révolution française, protégeaient par bonté d’âme des rois enfants ou des rois fous contre leurs ministres, souffletaient les rois méchants. Le plus grand de tous, Pardaillan, c’était mon maître : cent fois, pour l'imiter, superbement campé sur mes jambes de coq, j’ai giflé Henri III et Louis XIII. » (Jean-Paul Sartre, Les Mots)

Michel Zévaco par son ami le dessinateur Oswald Heidbrinck. Le Courrier Français, 3 mai 1891.
 

Né à Ajaccio, le 1er février 1860, fils d'un militaire, Michel Zévaco, après une enfance corse assez « sauvage », passe son adolescence en internat et obtient son baccalauréat en 1878, commence des études de lettres puis y renonce. La première partie de sa vie adulte est ensuite assez mouvementée. D’abord professeur de lettres à Vienne, dans l’Isère, il doit très vite quitter son poste, en 1881, après un scandale : il a séduit et « enlevé », comme on dit alors, une femme mariée. Il s’engage alors dans l'armée où il reste quatre ans comme sous-lieutenant des Dragons. Il goûte assez peu la discipline militaire et est sanctionné à bien des reprises. Pourtant il restera attaché à certaines valeurs de l'armée, celles de l'héroïsme et de l'esprit de corps. Libéré de toute obligation militaire en juillet 1886, il s’installe à Paris. De cette période militaire, Zévaco tire la matière d’une série de récits dans lesquels il décrit avec affection les hommes du rang, dans leur simplicité, Le Boute-Charge : physiologie du quartier (1888).
 

L'Égalité publie chaque jour quatre romans. Affiche

Attiré à la fois par les lettres et la politique, Michel Zévaco devient journaliste, puis secrétaire de rédaction à L’Égalité, que dirige alors le socialiste révolutionnaire Jules Roques, dont il dressera plus tard le portrait. Ce journal de gauche révolutionnaire lui permet de faire ses premières armes dans le feuilleton politique avec Roublard et Cie (1889), sous-titré Les tripoteurs du socialisme, et plusieurs autres textes. Il se lance dès lors dans les combats politiques de l'époque, en se radicalisant de plus en plus. Il participe à la fondation de syndicats et se présente sans succès aux élections législatives de 1889 pour la Ligue socialiste de Roques. À cette époque, il rencontre Louise Michel, Aristide Bruant, Séverine, Sébastien Faure, Émile Pouget, Charles Malato, Emmanuel Chauvière, etc.

 

Atget. Prison Ste Pélagie, évacuée en août 1898, démolie en mai 1899

En raison de la virulence de ses propos, en pleine période d’attentats anarchistes, Michel Zévaco est condamné à plusieurs séjours à la prison Sainte-Pélagie. En avril 1890, il est arrêté pour « provocation au meurtre » en raison d'un éditorial de L’Égalité visant le ministre de l'Intérieur Ernest Constans, et condamné à quatre mois de prison. Libéré fin août, il est à nouveau arrêté à la suite d'un autre éditorial où il incitait les soldats à faire justice eux-mêmes auprès de leurs officiers. Il est également condamné le 6 octobre 1892 par la cour d'assise de la Seine pour avoir défendu le terroriste Ravachol et déclaré dans une réunion publique à Paris : « Les bourgeois nous tuent par la faim ; volons, tuons, dynamitons, tous les moyens sont bons pour nous débarrasser de cette pourriture ».

De socialiste, en effet, Zévaco est rapidement devenu anarchiste, défendant l'amour libre et pourfendant inlassablement l'église et ses représentants. Il publie notamment un pamphlet intitulé Les Jésuites contre le peuple : la nouvelle Inquisition (1899) ainsi qu’un roman-feuilleton historique au sujet de l'un des fameux martyrs des guerres de religions, Le Chevalier de la Barre. Il militera d'ailleurs en 1901 pour qu’on élève à Montmartre une statue  au Chevalier de la Barre. Durant les dernières années du XIXe siècle, Zévaco est l'un des journalistes les plus actifs de la presse d'extrême gauche. Il collabore au Courrier français (dirigé également par Jules Roques) de 1892 à 1896. On pouvait lire en mai 1891 un dans ce même journal un portrait de Zévaco par Jules Bois citant Jules Roques :

« C’est un fanatique. À d’autres époques, c’eût été un mystique, un illuminé. Aujourd’hui, un athée dératé. »

Il participe aussi au Journal du peuple et à la Petite République socialiste, codirigée par Jean Jaurès, et tente de fonder un journal baptisé Le Gueux. Semences de révolte libre, en mars 1892. En 1898, Zévaco s'engage pour la cause dreyfusarde, dénonçant dans l'une de ses dernières publications politiques « le complot des jésuites » contre Dreyfus et les juifs.

 

Borgia. Michel Zévaco. 1948
 

Au début du XXe siècle, Michel Zévaco abandonne peu à peu le journalisme politique pour se consacrer à l'écriture de romans-feuilletons. Il poursuit sa carrière de feuilletoniste d’abord dans la Petite République socialiste, où il fait paraître ses premiers feuilletons d'importance, débutant en 1900 par Borgia et Triboulet (1900-1901), suivis rapidement par Le Pont des soupirs (1901) puis le début du cycle des Pardaillan (publié d'abord en 1902 sous le titre éloquent de Par le fer et par l'amour).

Il devient assez vite un des grands du feuilleton et entre au Matin, quotidien bourgeois et ouvert à un plus grand public, dont il devient très vite l’un des feuilletonistes vedettes, avec Gaston Leroux et Paul d’Ivoi. Les feuilletons font l’objet d’un véritable marketing publicitaire de la part du journal, avec un teasing quotidien ; au point que le journal doit parfois s’excuser d’avoir publié un déshabillé trop osé !
 

La reine Isabeau : roman de cape et d'épée. Michel Zévaco. 1918

Entre 1905 et 1918, Le Matin publie neuf de ses feuilletons dont Le Capitan (1906), sur lequel le quotidien publie aussi les « propos ingénieux et profitables » de critiques reconnus. On peut ensuite y lire notamment Nostradamus (1907), l’Héroïne (1908), l’Hôtel Saint-Pol (1909) et la suite des Pardaillan : Pardaillan et Fausta (1912), Les amours du Chico et Le fils de Pardaillan : grand roman de cape et d'épée. Ces feuilletons sont la plupart repris en volumes par Arthème Fayard dans sa collection « Le livre populaire » à partir de 1906, puis par Tallandier dans la collection « Le Livre national » à partir de 1913.
 

Les Pardaillan. Fausta vaincue. Michel Zévaco. 1926

Durant la Première Guerre mondiale, Michel Zévaco quitte Paris et Pierrefonds, où il vivait depuis la fin du siècle, pour s’installer à l’abri à Eaubonne, dans le Val-d'Oise, où il meurt le 8 août 1918, sans doute d’un cancer. Le Gaulois salue la perte de l’un des « meilleurs représentants » du « roman populaire ». Plusieurs romans seront encore publiés à titre posthume, notamment La Fin de Pardaillan et La Fin de Fausta (Tallandier, 1926). Le théâtre, des opérettes, et surtout le cinéma ont aussi beaucoup contribué à populariser son œuvre, avec notamment les adaptations de Pardaillan et du Capitan avec Jean Marais dans le rôle titre.
 

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Portrait promotionnel paru dans Le Matin
 

Pour aller plus loin

- Michel Zévaco à la BnF
- Lire Michel Zévaco dans Gallica
- Lire Les Pardaillan en libre accès dans les salles H et V
- Découvrir de nombreux romanciers populaires du XIXe siècle dans le blog Gallica

- Consulter le site du Centre international Michel Zévaco
- et celui de Matthieu Letourneux.

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