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Caporetto : 24 octobre-9 novembre 1917

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6 novembre 2017

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Il est 2 heures du matin le 24 octobre 1917 lorsque l’artillerie austro-hongroise et sept divisions d’élite allemandes (entre autres, les bataillons des Alpenkorps  menés par le commandant Rommel) ouvrent le feu sur les soldats italiens positionnés entre Tolmino et Plezzo, dans le Frioul. C’est le commencement de la douzième bataille de l’Isonzo (Schlacht von Karfreit, pour les Allemands).

Les défenses italiennes s’effondrent à proximité de Caporetto (l’actuel Kobarid, en Slovénie), point de jonction des différents commandements militaires italiens. Trois semaines plus tard, la bataille qui vient de se terminer n’est plus simplement considérée comme une lourde défaite mais comme la plus sanglante débâcle qu’ait connue l’armée italienne : 300.000 soldats faits prisonniers, 350.000 en déroute, 40.000 morts et blessés, 400.000 civils obligés de fuir le Frioul et la Vénétie, des milliers de canons et de mitrailleuses récupérés par l’ennemi et 10.000 Km2 de territoire envahi par l’armée ennemie qui se positionne sur le Piave, aux portes de Venise.

Dans la mémoire collective italienne, Caporetto représente une blessure permanente. Elle évoque les sacrifices inutiles de deux ans de guerre, l’impréparation morale et militaire d’une toute jeune armée composée essentiellement de paysans illettrés n’ayant aucune connaissance de l’art de la guerre.  Caporetto résume les erreurs tactiques et stratégiques de généraux autoritaires, tel que Luigi Cadorna, et les hésitations d’une classe politique profondément divisée.  Mais Caporetto marque également un retournement de situation et un point de non-retour : la guerre change de nature puisque de guerre offensive elle devient guerre de défense acharnée du sol national modifiant ainsi la perception du conflit dans la population, jusqu’à là largement pacifiste . Entre-temps l’échiquier militaire européen et les rapports de force ont changé : la Russie étant sortie du conflit, le maintien du front italien  devient capital, toute percée des Empires centraux vers la plaine du Pô étant préjudiciable aux efforts des Alliés. Aussi, des troupes anglo-françaises  sont-elles envoyées vers la Vénétie en renfort.

Le gouvernement de P. Boselli tombe et  lui succède celui de Vittorio Emanuele Orlando. Le général en chef L. Cadorna, qui avait attribué la défaite à la couardise des soldats de la IIème armée, est destitué de ses fonctions. Le général Armando Diaz, plus  jeune, ouvert à la collaboration avec le pouvoir politique et, surtout, très sensible à l’élément humain du conflit, lui succède. Dans l’espace de sept mois, l’armée italienne est complètement remaniée dans sa structure (unités plus petites mais mieux encadrées et création des groupes d’assaut Les Arditi et dans l’organisation de sa hiérarchie (l’État-major délègue maintenant les décisions aux commandements  qui sont sur le terrain).
 

Grâce à l’effort massif de l’industrie italienne (développement de l’aéronautique) et à l’envoi de masques à gaz de fabrication anglaise, la qualité de l’équipement italien égale celui de l’armée austro-hongroise.
Pour soutenir le moral des  troupes, A. Diaz ouvre le bureau P. (Propagande) où écrivains et artistes (G. D’Annunzio, G. Ungaretti, G. Prezzolini, Ugo Ojetti, C. Malaparte…) collaborent à la rédaction de journaux et organisent des spectacles pour les soldats qui, de plus, peuvent maintenant compter sur un service postal journalier.

C’est dans cet élan patriotique de défense du sol national, et dans des conditions matérielles satisfaisantes, que l’armée italienne résiste au choc frontal avec l’ennemi lors de la bataille du Solstice (Offensive du Piave, juin 1918) , prélude à la victoire décisive de Vittorio Veneto (novembre 1918).

En trois ans de guerre, Caporetto fut la seule vraie défaite italienne. Pourtant, la majorité des analystes militaires étrangers de l’époque conclurent à l’ineptie de l’armée italienne, cliché qui reste  d’ailleurs encore assez répandu. Pour sa part, l’historiographie italienne considère le sursaut moral qui suivit Caporetto comme l’achèvement du long Risorgimento  : c’est dans la Babel des dialectes parlés dans les tranchées  et sur les cimes des  Alpes juliennes que se forge l’unité de l’Italie, entendue comme sentiment d’appartenance à une seule et même communauté géographique et linguistique.

Retrouvez ici tous les billets de la série "L'Italie dans la Grande Guerre"
 

Emanuela PROSDOTTI
Chargée de collections en histoire de l’Italie
Département Philosophie, Histoire, Sciences de l’homme

Commentaires

Soumis par LALLEMENT-SACCO... le 19/11/2017

Mes grands-parents maternels Fausto FRARE célibataire à l'époque et sa future épouse Maria Luigia CORAZZIN ont vécu ces épisodes, l'un comme soldat, médaillé pour avoir réparé les communications entre les supérieurs en rampant sous les barbelés, l'autre avec sa mère, son frère aîné Giovanni CORAZZIN,étant tombé en 1915 , tué par un éclat d'obus.Ils habitaient au bord du Piave, à Nervesa devenu Nervesa della Battaglia. Mariés en 1920, leur fille, ma maman est née dans les baraquements qui ont remplacé les maisons détruites pendant des années
Annie SACCO née LALLEMENT-FRARE

Soumis par ELIANE RICHARD le 28/07/2021

Mon grand oncle MARTIAL-AUGUSTE MENIANTE né en 1895 était parti en juin 1915 faire son service militaire en ITALIE car fils d'immigrés, il n'était pas naturalisé français. En avril 1917 il se trouvait à GERVASUTTA près de UDINE. Le 23 OCTOBRE 1917 (soit 1 jour avant la défaite de CAPORETTO) il est "tombé sous la mitraille autrichienne" comme il est écrit sur sa plaque commémorative posé sur notre tombeau de famille où il ne repose pas. Son corps n'a jamais était retrouvé... Un éclat d'obus disent certains, un coup de baïonnette disent d'autres... De cette famille où on ne parlait pas... Où on ne s'aimait pas en fait... je ne possède rien sur cette tragédie pourtant si prégnante qui nous a marqués à travers les générations.

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