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Marcel Proust dans la presse : les débuts (1890-1900)

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5 février 2018

Yuri Cerqueira dos Anjos vient de publier Marcel Proust et la presse de la Belle Époque aux éditions Champion. Ce jeune gallicanaute brésilien a recensé sur son blog Proust et la presse tous les articles de Proust numérisés dans Gallica. Il sera à la BnF le 10 février 2018 et nous parlera des débuts de Proust journaliste. En voici un premier aperçu :
 

Le jeune Proust peint par Jacques-Émile Blanche (1892)

Proust au-delà du roman

En France comme ailleurs, Marcel Proust est l’une des figures littéraires les plus connues et reconnues de son siècle. Cette consécration, d’ailleurs très justifiée, semble pourtant contribuer à la construction d’une image de Proust comme auteur d’une seule œuvre. Mais avant de devenir l’auteur de la Recherche, l’écrivain a participé activement à la vie littéraire à travers le plus important système de production, impression et circulation textuelles de son époque : la presse.

Félix Vallotton, « L’âge du papier » (Le Cri de Paris, 23 janv. 1898)

 
Dès ses années de lycée, il participe à des petites revues manuscrites (Le Lundi, La revue verte, La revue lilas) inspirées du vaste champ des publications artistiques et littéraires. En 1991, le chercheur Marcel Troulay a découvert et publié dans Écrits de Jeunesse les premiers articles de l’écrivain. En effet, dans Le Mensuel (1890-1891), le jeune Marcel écrit sur un large éventail de sujets (la mode, la peinture, le théâtre, la littérature, la vie mondaine) et il y pratique des genres divers (la chronique, le commentaire, la critique).
Cette multiplicité, qui caractérise les tous premiers écrits de presse de Proust, se révèle aussi à travers d’autres revues et journaux où il publie. Le corpus numérique de Gallica nous permet de mieux connaître les périodiques, les textes et les individus qui ont fait partie de ce moment fertile de la carrière de l’écrivain.
 

Autour des revues littéraires

Entre 1890 et 1900, la présence de Proust dans les périodiques se fait notamment dans deux revues littéraires : Le Banquet et La Revue blanche. Dans les pages de ces revues, l’auteur publie principalement des récits courts où figurent non seulement certains thèmes qui seront repris dans son roman, mais tout un vocabulaire et une esthétique liés au contexte de la revue littéraire de la fin du XIXe siècle.

Affiche de Toulouse-Lautrec, La Revue Blanche, 1895

 
On peut observer par exemple une ébauche des questions de l’absence, du fragmentaire, de la mémoire et l’idée de la création subjective de la réalité dans son étude dédiée à Gladys Harvey (La Revue Blanche, juil.–août 1893). Dans ce récit, la scène du capitaine retraité entouré d’objets dans sa petite maison est particulièrement significative :
« Il y avait dans tout cela des petites choses précises de sensualité ou de tendresse sur presque rien des circonstances de sa vie, et c’était comme une fresque très vaste qui dépeignait sa vie sans la raconter, dans sa couleur passionnée seulement, d’une manière très vague et très particulière en même temps, avec une grande puissance touchante. »
Dans ses articles l’auteur met aussi en lumière son intérêt pour la critique et la réflexion esthétique. Ainsi, Proust commente dans « Un conte de Noël » (Le Banquet, mars 1892) le récit de Louis de Ganderax intitulé « Les petits souliers », paru dans la Revue des deux mondes. D’autre part, le texte « Contre l’obscurité », publié en 1896 dans la Revue Blanche propose une réflexion plus large sur la scène littéraire. Et s’il s’agit parfois d’aborder des écrivains contemporains ou des questions plus abstraites, il n’hésite pas à parler du talent de ses amis. C’est le cas dans l’article « Robert de Flers » dans la Revue d’art dramatique paru le 20 janvier 1898.
 

L’intérêt pour la presse quotidienne

Au-delà des récits courts et de la critique (formes qu’il pratique notamment dans les revues), Proust s’intéresse aussi aux questions mondaines et à la presse quotidienne. À partir des années 1894-1895, il se consacre à ce sujet de façon plus systématique, et cette fois dans les pages d’un quotidien : Le Gaulois dirigé par Arthur Meyer.

Arthur Meyer (1844-1924)
 

Pour des textes allant de chroniques plus créatives comme « Un Dimanche au conservatoire » (14 janvier 1895) à de courtes notes, comme celle 18 juin 1896 sur le salon de Mme Madeleine Lemaire, Proust adopte des styles très variés.

 
 

 
Sa présence dans La Presse, journal quotidien à bon marché fondé en 1836 par Émile de Girardin, montre bien que Proust ne s’intéresse pas exclusivement aux publications littéraires et spécialisées. Un simple coup d’œil sur la première page de ce journal – avec sa superposition des textes, ses rubriques variées, sa mosaïque de points de vue – nous révèle un projet médiatique profondément différent de celui des revues littéraires mentionnées plus haut.

Première page de La Presse (11 août 1897)

 
Entre 1894 et 1899, Proust y publie six articles, dont un compte rendu d’une fête chez Robert de Montesquiou (2 juin 1894), un article d’opinion « Sur M. Alphonse Daudet » (11 août 1897) et, en collaboration avec Robert de Flers, la très intéressante série « Lettres de Perse et d’ailleurs », dont Proust signe celles du 19 septembre et du 12 octobre.
 
En parcourant ses articles de presse, il est possible à la fois de reconnaître des traits du Marcel Proust consacré et de repérer d’autres angles de son écriture, de sa pensée et de sa vie. Nous nous sentons – comme le capitaine de l’"Étude" de Proust dans La Revue blanche – devant une « fresque très vaste » qui nous raconte « d’une manière très vague et très particulière en même temps » l’histoire des premiers pas de l’écrivain dans le monde des lettres.
 

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