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Lawrence d'Arabie dans la presse française

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1 octobre 2018

Le 13 mai 1935, Thomas Edward Lawrence roule dans la campagne anglaise sur sa moto Brough Superior baptisée « George VII ». À plus de 100km/h, il perd le contrôle de son véhicule en voulant éviter deux jeunes cyclistes. Après quatre jours passés dans le coma, il décède des suites de ses blessures à l’âge de 46 ans.

Lawrence, Thomas Edward (1888-1935)
 

Cette mort brutale est l’occasion, pour la presse française de l’époque, de dresser le portrait de cet homme controversé. Son action, notamment pendant la révolte arabe du Hedjaz contre l’empire ottoman entre 1916 et 1918, a suscité une fascination durable.
 

Un personnage romanesque

L’Intransigeant du 21 mai 1935 présente en une « La vie extraordinaire du colonel Lawrence, roi des espions. » La dimension romanesque du personnage est mise en avant à travers un style qui l’est tout autant : « Sur le lit de fer de l’hôpital militaire, le colonel Lawrence lutte contre la mort…Elle vient de le vaincre. Fin logique d’une vie extraordinaire ! ». On note au passage que les deux cyclistes se sont transformés en « une voiture roulant à toute vitesse… ». La légende se satisfait toujours de quelques approximations.

 

Dans Le Journal du 20 mai 1935, l’article de Maurice Morin revient sur quelques aspects plus détaillés de « la prodigieuse carrière » du colonel Lawrence. On apprend qu’il a achevé de brillantes études d’histoire à Oxford par « une mention d’honneur de première classe pour une thèse sur les Croisades ». Il effectue, entre 1909 et 1911, plusieurs séjours dans les provinces ottomanes de Syrie et de Palestine où il se mêle aux populations arabes locales dont il apprend la langue et les coutumes. Dans Le Matin du 20 mai 1935, il est même qualifié de « véritable génie linguistique ».

Le Populaire du 20 mai 1935 nous apprend qu’il veut s’engager dès le début de la Première Guerre mondiale mais que l’armée refuse tout d’abord ses services « en raison de son apparence frêle et chétive ». Il est toutefois envoyé « au Caire, comme attaché au service cartographique de l’armée ». Ses connaissances remarquables le désignent comme un interlocuteur privilégié pour rentrer en contact avec les populations arabes, et plus particulièrement l’émir Fayçal, et accompagner leur soulèvement contre l’occupant ottoman. « C’est à ce moment qu’il entre dans l’histoire et dans la légende ».

 

Recueil. Portraits de Thomas Edward Lawrence (1888-1935)

 

L’entrée dans la légende

« Ce jeune anglais de 29 ans, drapé dans un burnous de soie blanche brodé d’or » (Le Temps, 20 mai 1935) fédère les tribus arabes et prend la ville d’Akaba en août 1917. Le 3 octobre 1918, « entrant triomphalement à Damas, à la tête des troupes, en compagnie de l’émir Fayçal, Lawrence réalisait ses rêves de jeune étudiant » (Le Monde illustré, 25 mai 1935). La tactique militaire de guérilla et de harcèlement adoptée par Lawrence résulte d’une analyse fine de la situation ainsi que d’une connaissance acquise par ses « vieilles lectures de Clausewitz et de Maurice de Saxe » (Le Temps, 20 mai 1935), notamment ses Rêveries ou mémoires sur l’art de la guerre.

« Jugeant […] que l’Angleterre n’avait pas tenu les promesses qu’elle avait faites aux Arabes pour les entraîner à la guerre contre les Turcs (Le Petit Parisien du 20 mai 1935) », Lawrence accompagne l’émir Fayçal lors des pourparlers de paix à Paris en 1919 afin de faire prévaloir ses intérêts auprès des grandes nations occidentales. Le 12 septembre 1919, il envoie au Times qui la publie une lettre qui rappelle les promesses faites par l’Angleterre aux Arabes et la nécessité de les faire participer aux pourparlers de paix aux côtés de la France et de l’Angleterre. (La Croix, 13 septembre 1919 et La Correspondance d’Orient, 15 octobre 1919).

Mécontent du traité de paix qui entamait son espoir d’une Arabie unifiée, « Le colonel demanda une audience au roi d’Angleterre et déposa aux pieds de George V les décorations reçues pendant la guerre et dont il ne voulait plus. » (La Croix, 28 septembre 1930).

 

Recueil. Portraits de Thomas Edward Lawrence (1888-1935)

 

La fuite dans l’anonymat

Il abandonne son grade de colonel pour se réengager en septembre 1922 « sous le nom de Ross comme simple soldat dans l’aviation […] mais dut démissionner lorsque sa véritable identité fut découverte. » (Le Petit Journal, 20 mai 1935). Il s’engage à nouveau sous le nom de Shaw « qu’il avait adopté parce qu’un jour qu’il se trouvait avec le célèbre écrivain, on l’avait pris pour le fils de ce dernier, et sous lequel il demeura connu officiellement jusqu’à sa mort ». (Le Petit Journal, 20 mai 1935). Une autre version apparaît dans L’Intransigeant du 24 novembre 1936 : « En 1927, Lawrence change de nom (rien n’est plus facile en Angleterre), devient Thomas Edward Shaw (le premier nom trouvé en ouvrant au hasard un annuaire dans l’antichambre du ministère de la Guerre) ».

 

Le Petit Journal, 20 mai 1935

La fascination pour le personnage est telle que certains doutent de sa mort. Henry de Monfreid, le célèbre contrebandier et aventurier, s’interroge dans Marianne du 29 mai 1935 : « j’ai aussitôt pensé à quelque stratagème de sa façon pour détourner l’attention de ceux qui veillent sur lui et lui permettre d’agir en toute liberté. »

L’Écho d’Alger du 7 juillet 1935 titre : « Le colonel Lawrence que l’on croit mort serait en réalité dans le sud de l’Éthiopie ».

Un an après sa disparition, L’Intransigeant propose à ses lecteurs, du 13 novembre au 28 novembre 1936, une série d’articles rédigés par Léon Boussard et intitulée : « Le vrai visage du colonel Lawrence, le roi sans couronne d’Arabie ». Preuve que l’intérêt pour le personnage n’est pas près de s’éteindre, dans la presse et ailleurs.

 

Série "Le vrai visage du colonel Lawrence", L'Intransigeant, 17 novembre 1936
 

 

Pour aller plus loin

"Un aventurier et une aventure de grand style : le colonel Lawrence et la révolte arabe", Louis Jalabert, Études, octobre 1928
"Hamlet en Arabie", Matila G. Ghyka, La Revue de Paris, janvier 1936

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