Fille d’un général russe, Sophie Rostopchine arrive à Paris en 1816, où elle épouse le comte Eugène de Ségur, qui la délaisse bientôt. Elle se consacre alors totalement à ses huit enfants, puis à ses petits enfants pour lesquels elle écrit des histoires qui connaissent un immense succès. Ses Nouveaux contes de fées (1856), illustrés par Gustave Doré, paraissent dans la nouvelle collection vendue dans les Chemins de fer de l'Est dirigés par son mari. Elle publie vingt titres en « Bibliothèque rose », sans compter des ouvrages religieux ou pédagogiques. Le succès de ses récits, publiés dans la revue la Semaine des enfants avant de paraître dans la « Bibliothèque rose illustrée » favorise la nouvelle orientation de l’éditeur Hachette, qui après avoir assis sa fortune sur le livre élémentaire, se tourne aussi vers le livre de « récréation » pour la jeunesse. Ses œuvres, souvent dédiées ou liées à son univers familial, se caractérisent par un air de simplicité et de naïveté, un conservatisme social apparent démenti par une ironie sous-jacente, et un univers enfantin contradictoire, fait de bonheurs autant que de violences.

Pour aller plus loin :

Marcoin, Francis, article « Sophie de Ségur ». Dans Isabelle Nières-Chevrel, Jean Perrot (dir.), Dictionnaire du livre de jeunesse : la littérature d'enfance et de jeunesse en France. Paris : Éd. du Cercle de la librairie, 2013.

Michel Legrain, La comtesse de Ségur : mots, silences et stéréotypes. Paris : Honoré Champion, 2011 (Passeurs d'idées).

Babar, Harry Potter & Cie : livres d'enfants d'hier et d'aujourd'hui : [exposition, Paris, Bibliothèque nationale de France, site François Mitterrand, du 14 octobre 2008 au 11 avril 2009] / sous la direction d'Olivier Piffault. Paris : Bibliothèque nationale de France, 2008.

La Comtesse de Ségur sur France Culture : épisodes 1, 2, 3 et 4

Les malheurs de Sophie (1859)

La « trilogie de Fleurville » (Les malheurs de Sophie, Les petites filles modèles, Les vacances) déroule les plaisirs et les jours de familles aristocratiques vivant bourgeoisement sans autre souci que d’éduquer leurs enfants. Les Malheurs de Sophie (1859) paraissent après Les Petites filles modèles (1858) : l'auteur a décidé d'exploiter le succès inattendu de son premier roman en offrant à son public juvénile le suspense haletant d'une trilogie. Dans son manuscrit, elle donne son prénom et ses traits au personnage de la turbulente Sophie qui trouve qu'il est « si ennuyeux d'obéir ». Horace Castelli (1825-1889) a illustré huit livres de la comtesse dont il était l'illustrateur favori : il se concentre sur les personnages, leurs mouvements et l'expression de leurs sentiments.

Les petites filles modèles (1858)

La « Bibliothèque rose » est la plus ancienne collection encore vivante de l'édition française. Après avoir obtenu le monopole des ventes de livres dans les Chemins de fer, Louis Hachette y diffuse à partir de 1853 la « Bibliothèque des chemins de fer ». Découpée en séries thématiques identifiées par les couleurs des couvertures, elle comprend une collection de couleur rose, la sixième, de « Livres illustrés pour les enfants ». Dès 1857 apparaît la « Bibliothèque rose illustrée » brochée ou cartonnée de percaline rouge avec une plaque dorée. Le premier roman de la comtesse, Les petites filles modèles, paraît en 1858 en « Bibliothèque rose illustrée » après une parution fugitive dans la « Bibliothèque des chemins de fer ». A l'opposé du merveilleux des Nouveaux contes de fées, ce texte définit l'univers romanesque ségurien dans une Normandie centrée sur le domaine « idéal » de Fleurville.

Les vacances

Dans ce troisième opus de la « trilogie de Fleurville », tous les enfants se retrouvent pour les vacances, en compagnie de leurs cousins. Ils se livrent avec entrain aux distractions de leur âge, de la chasse aux papillons à la construction de cabanes. La partie centrale du roman est occupée par « une robinsonnade », le récit du naufrage et de la vie chez les « sauvages » de M. de Rosbourg et de Paul. Le roman pour petites filles modèles devient une épopée pour adolescents épris d’aventures.

Les mémoires d'un âne (1860)

Avec humour, la comtesse fait rédiger par l’âne savant Cadichon, le héros du roman, la dédicace à son petit fils. Cadichon rédige ses Mémoires pour conter les multiples aventures qui l’ont fait rencontrer plusieurs maîtres, tantôt cruels, tantôt attentionnés. A travers lui, la romancière entend motnrer que l’on peut se repentir  et faire le bien après avoir fait le mal, qu’on peut avoir eu une enfance malheureuse et donner du bonheur aux autres à l’âge adulte.

Un bon petit diable (1865)

Il s’agit du seul roman de la comtesse dont le héros principal soit un garçon. Elle y fustige les riches qui ne viennent pas en aide aux plus démunis et caricature les pensionnats. Mme Mac’Miche, d’une avarice sordide, maltraite son jeune cousin turbulent Charles. La seule consolation du jeune homme vient de la domestique Betty et de ses cousines pauvres Marianne et Juliette. Malgré ce climat de maltraitance, la bonté et la piété finissent par remettre Charles dans le droit chemin.