Diabètes et savants : de l’urine à l’insuline

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Publié par Gilles Kremer, Rosa Razafiarivelo le 27 décembre 2016 dans Collections

Le diabète est une maladie qui se caractérise par une quantité trop importante de sucre dans le sang (hyperglycémie). Le blog Gallica vous propose de partir à la découverte de quelques savants et personnages ayant participé à son histoire.

Sir Frederick G. Banting

Le diabète est mentionné dans des ouvrages de médecine chinoise dès 4000 ans avant notre ère : il y est appelé xiaoke, c'est-à-dire « perte-soif » ou « dispersion soif » et décrit par ses deux principaux symptômes physiques observables : une très grande élimination d’urine et une soif inextinguible. On en trouve trace dans le livre de médecine de l’empereur jaune, l’un des deux empereurs de Chine qui auraient établi les premières règles de la médecine chinoise.

Le papyrus d’Ebers (1500 avant J.C), du nom de l’égyptologue qui en fit la première traduction, décrit la maladie par des symptômes quasi identiques : une soif intense, de fortes émissions d’urines et un amaigrissement du patient. Les mêmes observations se retrouvent dans  l’antiquité grecque, notamment avec Claude Galien (129-216) qui constate que le patient ne peut s’empêcher de boire, et que les reins et la vessie ne cessent d’émettre des urines.  

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Claude Galien          

C’est Arétée de Capadoce, autre médecin grec, qui aurait donné son nom de diabète, signifiant couler au travers, à la maladie en référence aux deux principaux symptômes.

Les siècles passent mais peu de progrès sont réalisés tant dans l’observation que dans les causes de la maladie jusqu’aux travaux de Thomas Willis au XVIIe. Ce médecin anglais est le premier à établir la distinction entre deux types de diabètes, le diabète insipide (Diabetes insipidus) et le diabète sucré (Diabetes mellitus). Afin d’asseoir cette distinction, rien de tel que la pratique par l’expérimentation : aussi goûte-il l'urine de ses patients. 

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Thomas Willis (1621-1675)

Thomas Willis note que certains patients rendent jusqu’à deux fois la quantité d’eau prise et met en avant le goût sucré existant dans les urines mais ne progresse ni sur les véritables causes, ni sur des traitements efficaces de la maladie.

Un siècle plus tard, en 1775, un de ses compatriotes, Matthew Dobson, isole le sucre présent dans l’urine et, démontrant que ce sucre se retrouve aussi dans le sang, suggère que la maladie n’est pas localisée dans les reins comme on le suppposait jusque-là. Ce sucre est en fait le glucose découvert en 1747 par le chimiste allemand Andreas Marggraf. Le traitement du diabète va dès lors être le théâtre de recherches plus poussées, notamment du point de vue de la diététique. John Rollo, chirurgien écossais, publie en 1798 un ouvrage novateur sur le diabète sucré  et émet l’hypothèse que le diabète est un dysfonctionnement de l’estomac ; il propose un régime carné qui se révélera cependant inefficace. 

Au début du XIXe, siècle de nombreuses discussions et critiques font avancer les recherches. M. Pharamond, médecin français, note ainsi en 1829 un manque de discernement de ses confrères quant à de nombreux traitements inutiles, lié à une méconnaissance des causes réelles de la maladie. Ces causes sont par la suite mieux décrites par Claude Bernard, qui dès 1855, entreprend de démontrer le rôle de l’alimentation, faisant du diabète « un trouble général de la nutrition ».

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Claude Bernard

Claude Bernard découvre, notamment par l’expérience du « foie lavé », le rôle de cet organe dans le stockage du glucose sous forme de glycogène mais également son rôle inverse, à savoir la retransformation du glycogène en glucose à nouveau disponible pour le corps. Claude Bernard est aussi un des premiers à utiliser des observations plus générales sur le système nerveux, les poumons et les reins, afin de comprendre le mécanisme du « diabète artificiel ».

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...pour comprendre le diabète artificiel :

Leçons de physiologie expérimentale appliquée à la médecine, faites au Collège de France, Claude Bernard, 1855

En 1869 une avancée primordiale est faite par un étudiant allemand, Paul Langherhans, qui travaille sur le pancréas : la découverte de minuscules masses de cellules, les ilots de Langherans produisant des hormones (substances sécrétées par un organe et agissant à distance via le sang sur la régulation des fonctions physiologiques d’autres organes). Le lien entre ces hormones et la régularisation du taux de glucose dans le sang sera mis en évidence grâce à cette découverte.

 

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Pancréas, Experimentia nova circa pancreas, par Johann Konrad Brunner,1722

Quatorze ans plus tard, en 1883, le médecin français A. Bouchardat publie un traité et fait progresser les mesures diététiques entrant dans la thérapie médicale du diabète.

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Appolinaire Bouchardat (1806-1886)

A la fin du XIXe siècle des travaux s'intéressent à une autre composante de la maladie : l’aspect mental. Il faudra cependant attendre 1921 et les travaux de trois Canadiens, Frédérick G. Banting , Charles Best, et John James Rickard Macleod pour isoler l’hormone pancréatique découverte par Paul Langherans : l’insuline (du latin insula qui signifie île) en référence aux ilôts de Langherans qui la produisent. En 1922, Leonard Thompson, un jeune américain de 14 ans qui semble condamné, est le premier patient traité avec succès par un extrait pancréatique contenant de l’insuline, ce qui lui permet de vivre 13 ans encore. Ces travaux sont reconnus en France en 1923 et l’insuline dès lors admise en tant que thérapie efficace contre le diabète.

De nos jours l’insuline reste le principal remède pour cette pathologie sucrée. Les recherches se poursuivent dans l’espoir de trouver d’autres solutions pour lutter plus efficacement encore contre cette maladie.

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