Jean-Etienne Guettard : aux prémices de la géologie

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Publié par Marie Boissière le 27 janvier 2015 dans Collections

Quelque peu oublié aujourd’hui, Jean-Etienne Guettard (1715-1786) fait pourtant partie des premiers naturalistes à s’intéresser à l’histoire de la terre. De la découverte des volcans d’Auvergne à l’intuition des strates géologiques, il démontra ses talents d’observateur en minéralogie et en géologie, et prit une part importante dans la naissance de la discipline géologique en France.

 

Carte minéralogique de France, où sont marqués les différents terrains principaux qui partagent ce royaume et les substances particulières qu'il renferme.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8440697j/f1.item

 

Élève et collaborateur de Réaumur, c’est en tant que naturaliste que Guettard commence sa carrière. En 1743, c’est encore comme botaniste qu’il est élu à l’Académie des sciences, puisque la discipline géologique n’existe pas encore. Celle-ci émerge en tant que science distincte à la fin du 18e siècle, voire au début du 19esiècle, notamment grâce aux études de naturalistes tels que Réaumur ou Guettard  sur les fossiles ou les minéraux.

En 1746, à l’occasion d’un voyage en Normandie, Guettard découvre le premier gisement français du kaolin, matière première indispensable pour la fabrication des porcelaines. Si, dans le domaine de la peinture sur porcelaine, les ateliers européens sont à l’époque considérés (par les Européens eux-mêmes…) comme supérieurs aux autres, ils font en réalité pâle figure face aux porcelaines chinoises. Ces dernières bénéficient en effet d’une pâte de bien meilleure qualité dont on connaît la composition sans pouvoir la reproduire. En découvrant des gisements de kaolin en France, Guettard démontre par la même occasion que la terre utilisée jusqu’alors se confond certes avec le kaolin mais n’en est pas.

C’est également en 1746 que Guettard présente devant l’Académie des sciences son « Mémoire et carte minéralogique sur la nature & la situation des terreins qui traversent la France et l'Angleterre », première étape dans les ambitions cartographiques qu’il développe.

Carte minéralogique où l'on voit la nature et la situation des terreins qui traversent la France et l'Angleterre.
 

Il publie ensuite de nombreux mémoires par le biais de l’Académie des sciences, notamment une « Description minéralogique des environs de Paris » en 1756 et se décide finalement à réaliser un atlas minéralogique du royaume à grande échelle.

Guettard est le premier à sentir la nécessité de créer des cartes minéralogiques et à les développer de manière élaborée. Cependant, son but est alors davantage pratique que géologique. Aussi distingue-t-il non pas des strates mais des « bandes » de terrains de nature différente (« marneuse », « sablonneuse », et « shiteuse » ou métallique).

Pour ses recherches, Guettard parcourt la France entière. C’est ainsi que, durant l’été 1751, il se retrouve à voyager avec Malesherbes en Auvergne où, en observant la pierre particulière de la région de Volvic, il comprend que les puys qu’il parcourt sont d’anciens volcans. Guettard initie ainsi les études volcaniques en France et s’empresse de publier ses réflexions dans un mémoire lu à l’Académie Royale des Sciences en mai 1752 : « Sur quelques montagnes de France qui ont été des volcans ».

Pour conclure sur l’apport de Guettard à la science, laissons la parole à Condorcet qui rédige son éloge en 1786 :

« Un jour sans doute, de telles cartes seront exécutées pour toutes les parties du globe, et c’est alors seulement qu’on pourra déterminer les lois générales que la Nature a suivies dans la distribution des substances minérales. Pour remonter ensuite de ces lois à la connaissance des causes de cette distribution, et donner une théorie de la Terre, il restera encore un pas immense à franchir ; mais pour le franchir avec succès, […] il faut pouvoir s’aider de ces matériaux épars, de ces résultats minutieux d’une recherche pénible que M. Guettard s’occupait à rassembler : et il a plus fait pour avancer la véritable théorie de la Terre sur laquelle il n’a jamais osé se permettre une seule conjecture, que les philosophes qui ont fatigué leur génie à imaginer ces brillantes hypothèses, fantômes d’un moment, que le jour de la vérité fait bientôt rentrer dans un néant éternel. »

Marie Boissière, département Sciences et techniques

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