Une mission phonographique en Roumanie

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Publié par Audrey Viault le 20 septembre 2016 dans Collections

En 1928, une mission du Musée de la parole et du geste, dirigée par son directeur Hubert Pernot, part pour la Roumanie, sur une invitation du professeur Nicolae Iorga et du gouvernement roumain. Plus de 500 chants populaires et textes dialectaux des différentes provinces moldo-valaques seront enregistrés lors de cette mission.

Hubert Pernot et une interprète roumaine. Enregistrement dans les locaux de la faculté de Bucarest, 1928

En 1924, Hubert Pernot devient directeur des Archives de la Parole, succédant à Ferdinand Brunot et Jean Poirot. En 1927, l'Institut de phonétique souhaité par l'Université de Paris est doté de statuts, entraînant la transformation des Archives de la Parole en Musée de la parole et du geste, et leur déménagement en 1928 de la Sorbonne vers le 19 rue des Bernardins. Le travail d'Hubert Pernot opère un tournant épistémologique de la linguistique au "folklore musical". En 1928, sur une invitation du professeur Nicolae Iorga et du gouvernement roumain, une première mission du Musée de la parole et du geste, dirigée par Hubert Pernot, accompagné de deux ingénieurs de la maison Pathé, part pour la Roumanie.

La mission quitte Paris le 14 septembre 1928. Les appareils d'enregistrement laissés à Belgrade par M. Arrazau, ingénieur chez Pathé, lors d'une mission précédente, ont été acheminés sur Bucarest. Après un passage par Ploiești et Vălenii, la mission arrive à Bucarest le 17 septembre. Les enregistrements se feront à l'Université de Bucarest, dans une salle de la faculté à proximité du bureau du professeur Nicolae Iorga.
Après quelques déconvenues et problèmes logistiques, les enregistrements commencent enfin le 27 septembre (date d'arrivée des cires) et se poursuivent jusqu'au 28 octobre. Par l'intermédiaire de Nicolae Iorga et de ses connaissances, Hubert Pernot et ses collaborateurs vont enregistrer de nombreux chanteurs et musiciens originaires de Moldavie, de Transylvanie et de Valachie, mais aussi de cultures tsiganes et aroumaines. Ces participants peuvent être de simples agriculteurs, étudiants ou professeurs mais aussi des artistes populaires reconnus, tels que D. Ciorobea ou bien Alex. VasiliuMichel Vulpesco, célèbre baryton roumain, contribue également à cette collecte.

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D. Ciorobea. Cântecul Jiului : joué avec une écorce de bouleau (disque AP-3413)

Quelques discours sont aussi recueillis, en roumain et en français. A la demande d'Hubert Pernot, l'homme politique et futur premier ministre roumain Ion Gheorghe Duca, enregistre en français son discours donné lors du congrès de la Fidac (Fédération interalliée des anciens combattants), association promouvant la paix en Europe face à la montée des nationalismes. Ion G. Duca sera assassiné cinq ans plus tard par trois membres du mouvement de la Garde de Fer.

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Discours enregistré de M. Ion Gh. Duca (disque AP-3431)

Il est établi avec M. Lapedatu, ministre des Beaux-Arts, que cinq exemplaires de chaque enregistrement seront donnés à la Roumanie. Ces exemplaires seront livrés à la Légation de Roumanie de Paris, qui les fera parvenir à leur pays. Hubert Pernot demandera qu'un des cinq exemplaires soit donné à l'Université de Bucarest et que les matrices sur cuivre soient conservées par le Musée de la Parole et du Geste.

Les enregistrements de cette collecte et ses archives écrites et photographiques sont conservés par le département de l'Audiovisuel ainsi que l'ensemble des collections fondatrices et historiques des Archives de la Parole, du Musée de la parole et du geste, de la Phonothèque nationale et plus largement, de l'histoire de l'enregistrement sonore.

 

Audrey Viault et Pascal Cordereix, département de l'Audiovisuel.

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